Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Lundi 20 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi les inégalités visibles et invisibles ont bien été la clé de la présidentielle 2017

A l'occasion des fêtes, Atlantico republie les articles marquants de l'année qui s'achève. Après le premier tour de l'élection présidentielle, Laurent Chalard est revenu sur une France "coupée en deux."

Best of Atlantico 2017

Publié le
Pourquoi les inégalités visibles et invisibles ont bien été la clé de la présidentielle 2017

Article initialement publié le 25 Avril 2017

Atlantico : La carte de vote de ce 1er tour par départements révèle une forte opposition territoriale des choix politiques. Quels sont les principaux enseignements à en tirer ?

Laurent Chalard : Il saute aux yeux à l’analyse de la carte de la répartition géographique des candidats arrivés en tête par département au 1° tour de l’élection présidentielle de 2017 qu’il existe deux France, séparées par une ligne imaginaire qui relierait Le Havre à Marseille, opposant d’un côté, une France de l’Est, qui accorde préférentiellement ses suffrages à Marine Le Pen du Front National, à, d’un autre côté, une France de l’Ouest, où Emmanuel Macron d’En Marche l’emporte.

Pour tout géographe, cette carte fait immédiatement penser à l'opposition historique, le long de cette même ligne, entre une France industrielle et urbaine à l'est et une France agricole et rurale à l’ouest. Or, comme nous l’avions montré dans un article de la revue Population & Avenir paru en 2011[1], nous assistons à un processus de retournement des dynamiques territoriales hexagonales, la croissance de l’emploi étant désormais plus forte à l’ouest qu’à l’est de cette ligne depuis les années 2000. En effet, les anciennes régions de tradition industrielle de l’est ont fortement souffert de la désindustrialisation, qui a touché prioritairement les industries traditionnelles (textile, métallurgie, automobile) alors que l'ouest, historiquement moins industrialisé, a moins été touché par ce processus tout en bénéficiant de l’installation d’industries de nouvelle génération (par exemple, l’aéronautique) et de la tertiarisation de l’emploi.

En conséquence, il s’ensuit qu’assez logiquement, dans la France déclinante, grande perdante de la mondialisation, la candidate de l’extrême-droite fasse ses meilleurs scores (à l’exception des métropoles), alors que dans la France qui se porte mieux, le candidat au discours le plus optimiste vis-à-vis de la mondialisation, en l’occurrence Emmanuel Macron, soit plébiscité.

Peut-on expliquer le fort vote "macroniste" dans l'Ouest par le biais d'une présence moins forte des inégalités, plus dans un sens historique qu'actuel ? En quoi la stratification sociale y est différente de l'est ? Quels sont les enjeux relatifs à l'immigration qui peuvent également avoir un impact ?

Effectivement, du fait d’un héritage industriel moins important et plus récent (il remonte aux Trente Glorieuses), la stratification sociale à l’ouest de la ligne Le Havre – Marseille est, en règle générale, moins forte qu’à l’est, avec des oppositions sensiblement moins marquées entre les « riches », peu nombreux à l’ouest du fait de la faiblesse des grandes entreprises capitalistes, et les « pauvres », eux aussi moins nombreux car l’emploi progresse et le chômage est plus faible. Ce contexte de moindres inégalités de revenus rend le modèle économique dominant plus attractif que dans les territoires de l’est où elles sont flagrantes, favorisant le vote pour le candidat perçu comme « optimiste ».

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant, membre du think tank European Centre for International Affairs.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€