Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 08 Décembre 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi le grand mufti d’Arabie saoudite est d’une rare hypocrisie en qualifiant maintenant les califoutraques islamiques d’ennemis numéro un de l’islam

Après avoir contribué à l'émergence de l’État islamique, l'Arabie saoudite a bien été obligée de condamner officiellement la créature qui a échappé à son influence. C'est ainsi que la plus haute autorité religieuse du pays, Abdel Aziz Al-Cheikh, a qualifié le groupe terroriste "d'ennemi numéro un de l'islam".

Marche arrière

Publié le - Mis à jour le 22 Août 2014

En quoi le califat menace-t-il aujourd'hui l'Arabie saoudite ? 

Comme Al-Qaida, l'EI conteste la famille royale saoudienne en prétendant que ses membres sont des corrompus aux ordres des Etats-Unis et d'Israël. Le souhait du calife Ibrahim est de renverser la famille royale pour y étendre son califat. Cette terre de djihad n'est pas aujourd'hui à l'ordre du jour du califat qui essaye de consolider sa "base arrière” située à cheval sur la Syrie et l'Irak. Ses objectifs à moyen terme sont plus le Liban, la Jordanie et le Sinaï. De cette dernière terre, il pourra s'en prendre au régime égyptien et à Israël, la cause palestinienne semblant être un de ses moteurs alors qu'Al-Qaida ne s'y est jamais vraiment intéressé. Le problème pour l'EI est qu' Al-Qaida est très influent au Yémen via son mouvement franchisé, Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA). Ce pays peut constituer la "base d'assaut" pour conquérir l'Arabie saoudite. Il est symptomatique de constater qu’AQAP a déclaré sa « solidarité » avec des « frères de l’EI » qui combattent en Irak et en Syrie.

Si ce n’est pas encore un signe d’allégeance, c’est peut-être le début d’un rapprochement qui pourrait aboutir à une alliance. Il ne faut pas oublier que c'est un combat de longue haleine. La notion du temps n'est pas la même en Orient qu'en Occident. Ce n'est pas un hasard si l'on voit des jeunes enfants dans les rangs de l'EI. Ils constituent la génération qui poursuivra le djihad de leurs pères. Ces derniers n'ont aucun espoir d'en voir le bout.

En revanche, ne peut-on pas considérer que l'Arabie Saoudite joue avec le feu, sachant que certains de ses citoyens financent le califat ?

Riyad a décidé, depuis un an environ, de condamner ceux qui vont mener le djihad en Syrie sans son approbation. Il faut inclure les combattants mais aussi les financiers. La menace est considérée comme trop importante par le régime pour qu'il persiste à tergiverser. D'ailleurs, il semble que les "riches donateurs" sont maintenant plus issus du Koweït que d’Arabie saoudite. Cela dit, il est difficile de contrôler étroitement tous les cheikhs saoudiens dont certains ne portent pas la famille royale dans leur coeur.

Si le djihad mené par Abou Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé, menace l'Arabie Saoudite, d'un point de vue théologique, l'islam revendiqué par le califat est-il réellement différent de l'orthodoxie wahhabite ?

Sur le plan théologique, c'est identique. Riyad fait preuve de pragmatisme, c'est tout. La différence entre wahhabisme et salafisme est ténue.

Quelles sont les autres sources du développement d'un islam radical au Moyen Orient ? 

De moins en moins d'instances étatiques soutiennent l'islam radical combattant au Moyen Orient car elles savent qu'elles sont considérées comme "corrompues". L'objectif des djihadistes internationalistes est de les abattre. Cela dit, des individus isolés semblent encore y trouver leur compte. L'EI tire beaucoup de ses revenus des productions des installations pétrolières qu'il a saisies. Il se livre également à un important trafic de pièces archéologiques.

Quelle importance les tensions entre les chiites et les sunnites ont-elles dans ce développement ?

Globalement, les sunnites haïssent les chiites, considérés comme des "apostats", c'est-à-dire des traîtres à l'islam. L'inverse n'est pas vrai, mais les chiites, via l'Iran, ont tenté d'étendre leur influence dans le monde, ce qui a été très mal perçu par les sunnites. Ces derniers se sont sentis agressés. Le phénomène de "peur" est une récurrence dans l'Histoire.  

Quel fut le rôle joué par la révolution islamique chiite de 1979 en Iran dans l'attitude prosélyte de l'Arabie saoudite ? Qu'en est-il de l'invasion de l'Irak en 2003 ?

L'Arabie saoudite n'a pas apprécié la volonté expansionniste de l'Iran après la révolution de 1979. En réalité, sa première réaction a été défensive (le fameux phénomène de "peur"). Mais la meilleure défense étant dans l'attaque ...

L'invasion de l'Irak en 2003 par les Etats-Unis a été provoquée et aidée par les services de renseignement iraniens. Le pouvoir en place à Téhéran était ravi de voir les Etats-Unis s'embourber en Irak (la menace que Washington faisait peser sur l'Iran avait diminué d'autant) et surtout, cela leur permettait de se débarrasser de leur vieil ennemi Saddam Hussein.

Les Etats-Unis, et plus largement l'Occident, alliés de Riyad, n'ont-ils pas également une part de responsabilité dans la situation actuelle ? 

Tout le monde a une responsabilité dans ce qui se passe aujourd'hui. La vision droit de l'hommiste sélective occidentale (qui s'est inquiété d'un quelconque respect des règles démocratiques en Arabie saoudite et dans les Etats du Golfe persique ?) a provoqué des déstabilisations de bon nombre d'Etats. En fait, les dirigeant occidentaux raisonnent à l'émotion, ce qui ne fait pas la base d'une politique étrangère. La prospective à long terme semble être absente des préoccupations des dirigeants occidentaux.  

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Karg se - 20/08/2014 - 09:04 - Signaler un abus Mensonge

    "A noter que Damas, qui avait favorisé l'émergence de l'EIIL à des fins tactiques (pour affaiblir les rebelles en les divisant) en libérant nombre de prisonniers qui l'ont rejoint et en ne le combattant pas énergiquement, s'en mord les doigts aujourd'hui" Il suffit de regarder une carte pour comprendre pourquoi l'état syrien n'a pas combattu Daesh frontalement: les rebelles les plus dangereux étaient à Damas, Homs, aux frontières avec la Turquie, le Liban et la Jordanie et Alep. Daesh est surtout positionné à l'Est, vers la frontière irakienne. Toutes ses zones étaient occupés par le FI et JaN, sauf à Alep. Assad a d'abord sauvé sa tête et reconquis la Syrie utile.

  • Par Karg se - 20/08/2014 - 09:04 - Signaler un abus Mensonge

    "A noter que Damas, qui avait favorisé l'émergence de l'EIIL à des fins tactiques (pour affaiblir les rebelles en les divisant) en libérant nombre de prisonniers qui l'ont rejoint et en ne le combattant pas énergiquement, s'en mord les doigts aujourd'hui" Il suffit de regarder une carte pour comprendre pourquoi l'état syrien n'a pas combattu Daesh frontalement: les rebelles les plus dangereux étaient à Damas, Homs, aux frontières avec la Turquie, le Liban et la Jordanie et Alep. Daesh est surtout positionné à l'Est, vers la frontière irakienne. Toutes ses zones étaient occupés par le FI et JaN, sauf à Alep. Assad a d'abord sauvé sa tête et reconquis la Syrie utile.

  • Par Anguerrand - 20/08/2014 - 10:55 - Signaler un abus Le PS aura le même type de " surprise"

    avec l'immigration. Actuellement rien n'est assez beau pour accueillir l'immigration musulmane dans le but évident et à court terme d'en faire de nouveaux électeurs pour le PS. Mais ce calcul est erroné à long terme car comme cela s'est produit en Belgique, les musulmans créeront leur propre parti et déserterons le PS. À ce moment ils n'auront plus aucuns pouvoir sur ce nouveau parti et soyons en sur prospère dans un France islamisé, et ils auront contribué à cette expansion et pleurerons de constater que ça se retourne contre eux. Il sera trop tard ! Trop tard pour le PS et surtout trop tard pour la France et les français. Il faudra obéir aux beaux préceptes de cette religion " progressiste!"

  • Par vangog - 20/08/2014 - 14:27 - Signaler un abus Comme Frankenstein...

    Le grand Mufti d'Arabie Saoudite, porte-parole de la famille royale, a créé un monstre...et cherche maintenant à le liquider!

  • Par Benvoyons - 20/08/2014 - 16:06 - Signaler un abus Ce qu'il faut retenir tout de même c'est ce qu'a dit

    Le grand mufti d'Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh. Il a dit en citant un verset du Coran appelant à "tuer" les auteurs d'actes préjudiciables à l'islam. Donc le Coran permet tout à chacun(donc même E.I. et Al Quaïda, Acmi etc...) d'utiliser le même verset pour son raisonnement propre. Comme quoi le Diable se mort la queue!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr (uniquement en version électronique); en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€