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Pourquoi le grand mufti d’Arabie saoudite est d’une rare hypocrisie en qualifiant maintenant les califoutraques islamiques d’ennemis numéro un de l’islam

Après avoir contribué à l'émergence de l’État islamique, l'Arabie saoudite a bien été obligée de condamner officiellement la créature qui a échappé à son influence. C'est ainsi que la plus haute autorité religieuse du pays, Abdel Aziz Al-Cheikh, a qualifié le groupe terroriste "d'ennemi numéro un de l'islam".

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Publié le - Mis à jour le 22 Août 2014
Pourquoi le grand mufti d’Arabie saoudite est d’une rare hypocrisie en qualifiant maintenant les califoutraques islamiques d’ennemis numéro un de l’islam

Le grand mufti d'Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh, estime que les jihadistes de l'Etat islamique et d'Al-Qaïda, sont l'"ennemi numéro un de l'islam". Crédit REUTERS/Ali Jarekji

Cet article est une mise à jour d'une précendente publication sur Atlantico.

Atlantico : Mardi 20 août, le grand mufti d'Arabie Saoudite a violemment condamné l'Etat islamique d'Irak et du Levant, en le qualifiant "d’ennemi numéro un de l’Islam". Au regard de leur responsabilité dans les troubles que vit l’Irak, notamment du fait des nombreuses initiatives prises pour implanter le wahhabisme dans la région, en quoi cette déclaration est-elle paradoxale ?

Alain Rodier : Il est évident que le Cheikh Abdulaziz Al al-Cheikh, la plus importante autorité religieuse en Arabie saoudite qui est la gardienne des lieux saints de la Mecque et de Médine ne doit rien au hasard.

Elle avait été précédée par d’autres déclarations condamnant l’EI mais cette dernière est la plus virulente : "les idées extrémistes, militantes et terroristes qui répandent la ruine sur la terre détruisant la civilisation humaine, ne font en aucune façon partie de l’Islam mais sont son premier ennemi et les musulmans en sont ses premières victimes". Cette déclaration a certainement été faite avec l’accord (peut-être même sur ordre) de la famille royale saoudienne.

Il convient de combattre le "califat islamique" sur le plan des idées et donc, sur celui de la religion qu’il met en avant. En effet, le pouvoir attractif de l’EI est le phénomène le plus inquiétant. Sous prétexte d’une application pure et dure de la loi islamique, il attire de plus en plus de volontaires : des combattants provenant d’autres mouvements - particulièrement syriens - et des nouvelles recrues. Il faut donc affirmer à ces volontaires qu’ils sont dans l’erreur et qu’ils deviennent à leur tour des "apostats" s’ils rejoignent ce mouvement. D’ailleurs, au niveau des idées religieuses, d’autres hauts responsables sunnites ont aussi condamné l’EI : le grand mufti de la très influente Université égyptienne d’Al Azhar (Shawqi Allam) et Youssef al-Qaradawi, le guide spirituel officieux des Frères musulmans qui vit au Qatar.

Il est donc intéressant de voir se dessiner une "union sacrée" qui se dessine entre factions rivales du sunnisme (Arabie saoudite d’un côté et Qatar et Frères musulmans de l’autre) contre l’ennemi commun : le calife Ibrahim (Abou Bakr al-Baghdadi).

Depuis la fin de la Guerre froide, de nombreuses mosquées et écoles coraniques wahhabites ont été financées par l'Arabie saoudite dans les Balkans, modifiant ainsi la culture musulmane locale d'inspiration soufie vers le wahhabisme, pratique radicale de l'islam, rapporte un article du Financial Times (lire ici en anglais). Dans quelle mesure l'Arabie saoudite, dans son approche du wahhabisme, a-t-elle participé au développement d'un terrain favorable pour des groupes comme l'Etat islamique en Irak et au levant ? Quels sont les précédents historiques ?

Le financement des groupes djihadistes par l'Arabie saoudite a débuté lors de la guerre menée contre les soviétiques qui ont envahi l'Afghanistan en 1979. Le but était de bouter les infidèles russes hors de ce pays musulman. Cela s'est fait avec la coopération des Pakistanais avec lesquels Riyad a toujours entretenu d'excellentes relations. Toutefois, les Saoudiens ont également soutenu par la suite des mouvements islamistes opposés au pouvoir en place à Islamabad. Il est vrai que cette aide destinée aux populations des zones tribales pakistanaises (situées au nord-ouest du pays) était parfois détournée à l'insu de ses donateurs.

 
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  • Par Karg se - 20/08/2014 - 09:04 - Signaler un abus Mensonge

    "A noter que Damas, qui avait favorisé l'émergence de l'EIIL à des fins tactiques (pour affaiblir les rebelles en les divisant) en libérant nombre de prisonniers qui l'ont rejoint et en ne le combattant pas énergiquement, s'en mord les doigts aujourd'hui" Il suffit de regarder une carte pour comprendre pourquoi l'état syrien n'a pas combattu Daesh frontalement: les rebelles les plus dangereux étaient à Damas, Homs, aux frontières avec la Turquie, le Liban et la Jordanie et Alep. Daesh est surtout positionné à l'Est, vers la frontière irakienne. Toutes ses zones étaient occupés par le FI et JaN, sauf à Alep. Assad a d'abord sauvé sa tête et reconquis la Syrie utile.

  • Par Karg se - 20/08/2014 - 09:04 - Signaler un abus Mensonge

    "A noter que Damas, qui avait favorisé l'émergence de l'EIIL à des fins tactiques (pour affaiblir les rebelles en les divisant) en libérant nombre de prisonniers qui l'ont rejoint et en ne le combattant pas énergiquement, s'en mord les doigts aujourd'hui" Il suffit de regarder une carte pour comprendre pourquoi l'état syrien n'a pas combattu Daesh frontalement: les rebelles les plus dangereux étaient à Damas, Homs, aux frontières avec la Turquie, le Liban et la Jordanie et Alep. Daesh est surtout positionné à l'Est, vers la frontière irakienne. Toutes ses zones étaient occupés par le FI et JaN, sauf à Alep. Assad a d'abord sauvé sa tête et reconquis la Syrie utile.

  • Par Anguerrand - 20/08/2014 - 10:55 - Signaler un abus Le PS aura le même type de " surprise"

    avec l'immigration. Actuellement rien n'est assez beau pour accueillir l'immigration musulmane dans le but évident et à court terme d'en faire de nouveaux électeurs pour le PS. Mais ce calcul est erroné à long terme car comme cela s'est produit en Belgique, les musulmans créeront leur propre parti et déserterons le PS. À ce moment ils n'auront plus aucuns pouvoir sur ce nouveau parti et soyons en sur prospère dans un France islamisé, et ils auront contribué à cette expansion et pleurerons de constater que ça se retourne contre eux. Il sera trop tard ! Trop tard pour le PS et surtout trop tard pour la France et les français. Il faudra obéir aux beaux préceptes de cette religion " progressiste!"

  • Par vangog - 20/08/2014 - 14:27 - Signaler un abus Comme Frankenstein...

    Le grand Mufti d'Arabie Saoudite, porte-parole de la famille royale, a créé un monstre...et cherche maintenant à le liquider!

  • Par Benvoyons - 20/08/2014 - 16:06 - Signaler un abus Ce qu'il faut retenir tout de même c'est ce qu'a dit

    Le grand mufti d'Arabie saoudite, Abdel Aziz Al-Cheikh. Il a dit en citant un verset du Coran appelant à "tuer" les auteurs d'actes préjudiciables à l'islam. Donc le Coran permet tout à chacun(donc même E.I. et Al Quaïda, Acmi etc...) d'utiliser le même verset pour son raisonnement propre. Comme quoi le Diable se mort la queue!

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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