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Pourquoi un grand mouvement Macron-Bayrou-Juppe n’aurait rien de "central" contrairement à ce qu’en pensent ses promoteurs

Même s'il dément toute implication dans le projet, Alain Juppé aurait laissé entendre qu'il préparait une plateforme commune pour les partis du centre à l'occasion des Européennes. Un projet beaucoup moins central que prévu.

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Pourquoi un grand mouvement Macron-Bayrou-Juppe n’aurait rien de "central" contrairement à ce qu’en pensent ses promoteurs

Atlantico : Malgré un démenti concernant ses intentions, Alain Juppé a été au centre des débats politiques ce dimanche 12 novembre, en laissant planer l'idée d'une possible alliance, entre le centre droit et les troupes d'Emmanuel Macron pour la formation d'un "grand mouvement central" dans la perspective des élections européennes de 2019. Une idée qui a également été approuvée par Manuel Valls. En quoi une telle alliance correspondrait-elle réellement à un "grand mouvement central"? Quels sont les intérêts défendus par un tel "mouvement", et quelles en sont les conséquences pour une classification politique ? 

Christophe Bouillaud : Si l’on veut rester réaliste, il ne faudrait pas parler  à ce propos de « mouvement central », mais bien plutôt de mouvement centriste, soit un mouvement qui rassemblerait officiellement, et non plus officieusement comme aujourd’hui, les modérés des deux camps historiques de la droite et du centre d’un côté, et de la gauche de l’autre.

Un tel mouvement, qui élargirait le périmètre déjà couvert par LREM, à sa droite et au centre, en s’alliant à tous ceux qui refuseront le leadership à la Viktor Orban de Laurent Wauquiez, et éventuellement à sa gauche en récupérant encore des restes du PS, risque cependant de regrouper uniquement les partis, les hommes et les femmes politiques, qui représentent les satisfaits de notre société. En se coupant des extrêmes, ou simplement des convaincus des deux camps historiques de droite et de gauche, ce « mouvement central » n’attirerait probablement les suffrages que de la France satisfaite, celle qui vit encore plutôt bien, qui trouve le statu quo actuel de la société acceptable, qui aime dans le fond l’Union européenne et la globalisation, car elle en profite plus qu’elle n’en souffre. En même temps, ce mouvement de rassemblement du centre-droit et du centre-gauche correspond tout à fait à ce qu’on voit se dessiner dans les sondages actuels d’un Emmanuel Macron qui séduit de plus en plus dans le cœur de la droite modérée et de moins en moins à gauche. Les classes populaires, ces éternels insatisfaits d’une vie qu’ils ne savent pas gérer ou prendre du bon côté,  seraient donc abandonnées aux séductions des adversaires populistes de droite et de gauche. 

Jean Petaux : On peut proposer plusieurs explications possibles pour comprendre les propos d’Alain Juppé, dès lors que l’on ne retient pas l’erreur de transcription journalistique (plusieurs journalistes de la presse diplomatique ont assisté à l’entretien) et qu’on écarte, encore plus sûrement, l’égarement mental de l’auteur des propos.

Première hypothèse : il s’agit d’une menace à peine cachée adressée, sans frais, à Laurent Wauquiez.  Alain Juppé ne supporte pas de voir Laurent Wauquiez en position de prendre la présidence de LR. Une de ses premières « saillies droitières » contre les « dérives de l’assistanat », le 8 mai 2011, alors qu’il était secrétaire d’Etat aux Affaires européennes avait durablement choqué Alain Juppé. Ce dernier est parfaitement conscient que Laurent Wauquiez, brillant esprit et brillant sujet, totale incarnation de ces élites intellectuelles qu’il pourfend aujourd’hui parce qu’il en est totalement le produit, est capable de dire tout et son contraire dès lors que cela est censé le faire gagner. Sur l’Europe, Wauquiez qui fut pourtant, en Haute-Loire, l’héritier du grand Européen que fut Jacques Barrot, suit actuellement une pente dangereuse voire totalement irresponsable. Alain Juppé, comme tout le monde, le sait. Et il ne s’interdit pas de multiplier les mises en garde. Celle visant à constituer une alliance avec les troupes de Macron en est une. En clair : par sa proposition, Juppé met la pression sur Wauquiez dans le cadre de la campagne interne pour la présidence de LR.

 
Commentaires

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  • Par Bobby Watson - 14/11/2017 - 09:26 - Signaler un abus Du vent

    5 pages de réflexions alambiquées pour masquer une réalité politique: Macron sait que LREM est incapable de gagner les prochaines élections ( Le Figaro parlait de reporter les municipales...). Et qu'il appelle au secours son ami Juppé après avoir constaté que les attaques de Darmanin contre Wauquiez laissaient les adhérents de LR indifférents ( pour être poli)

  • Par cloette - 14/11/2017 - 09:36 - Signaler un abus Mais oui,

    Juppé, Macron, Bayrou, c'est du kif kif, non portés par la population française, aucun des trois ne suscite d'enthousiasme, le plus neuf étant Macron, les deux autres sont parfaitement périmés . On verra bien la suite .... l'ambiance n'est pas à la liesse, de quoi a besoin la France en ce moment ? de ce trio ? Poser la question , c'est y répondre .

  • Par Atlante13 - 14/11/2017 - 09:55 - Signaler un abus Le centre n'existe pas,

    ce n'est qu'une utopie éphémère, un instant d'équilibre infinitésimal avant de sombrer dans la réalité quotidienne. Le centre, c'est l'art de ne prendre aucune décision, il se garde à gauche, il se garde à droite, il renie le passé et se méfie de l'avenir. C'est un état de survie artificiel.

  • Par assougoudrel - 14/11/2017 - 10:04 - Signaler un abus C'est au centre qu'on trouve

    le fion. Pardon; l'entrée du trou de la sortie.

  • Par gilbert perrin - 14/11/2017 - 10:21 - Signaler un abus gauche droite centre n'existent plus....

    TOUT CELA, c'est de la politique politicienne, LA FRANCE doit défendre ses valeurs en dehors de ces notions vieillottes, ou les adhérents passent d'une grande surface à une autre par intérêts... le PATRIOTISME, libre et indépendant est la valeur primaire de chaque individu : AIMER la FRANCE, n'a pas de couleur ni de parti... c'est avant tout une NOTION d'AMOUR et de RESPECT de son PAYS, de ses VALEURS et de ses CITOYENS... N'est pas patriote qui veut, on n'est pas patriote parce qu'on se dit gaulliste, mais parce que l'on poursuit l'œuvre de Charles de GAULLE pour la FRANCE et son PEUPLE ... UN POINT c'est TOUT .... ne croyez surtout pas les usurpateurs ?

  • Par tapio - 14/11/2017 - 12:06 - Signaler un abus A crétin, crétin et demi

    "Banquier chez Rothschild » (un petit coup d’antisémitisme ça n’a jamais nuit)". C'est aussi pourquoi je me garde de dire du mal de madoff, weinstein, les truands de la taxe carbone ..., ce qui rappellerait immanquablement les heures les plus sombres etc ... Et puis, puisqu'on est dans le sujet, "ça n’a jamais nuit", moi ça m'évoque immédiatement Nuit et Brouillard ...

  • Par vangog - 14/11/2017 - 13:42 - Signaler un abus Un grand mouvement central...de girouette?

    C’est signe de tempête en Macronie, toutes ces rotations...

  • Par Deudeuche - 14/11/2017 - 13:44 - Signaler un abus Article signé

    Juppé (ou son porte plume) ?

  • Par Patrick LOUVET - 14/11/2017 - 14:19 - Signaler un abus Le vieux devient senile

    Vivement que WAUQUIEZ arrive au povoir chez LR , au moins on aura un homme convainu et convaincant au manettes.

  • Par A M A - 14/11/2017 - 15:57 - Signaler un abus Un centre mou, informe,

    Un centre mou, informe, adipeux, gluant, dans lequel la réactivité apparente de Macron, l'homme neuf, le messie, va se diluer. Enfin tranquille chez soi dira t'on au LREM.

  • Par kelenborn - 14/11/2017 - 16:03 - Signaler un abus oui

    Oui mon cher Watson!!! Du vent et c'est normal quand on s'appelle Petaux! Macroléon faisait l'apologie de Clemenceau qui disait à ses collaborateurs: un sujet, un verbe , un complément d'objet et pour l'adjectif on verra plus tard! C'est an galimatias , une salade d'évidences , de banalités , de propos de comptoirs et , on se demande, si Jaquet n'a pas raison! ils ont bu du glyphosate!

  • Par Liberte5 - 14/11/2017 - 17:25 - Signaler un abus Ecrire toutça pour nous dire que Macron/Juppé c'est pareil !!

    C'est ce que nous avions déjà compris depuis longtemps. Après avoir voulu imposer à la droite Juppé qui s'est pris une belle déculottée, le système (la haute fonction publique) a coulé Fillon et mis en selle Macron. Mais voilà la mayonnaise risque de ne pas prendre , car la politique menée est dans la continuité de Hollande ajustée au mieux pour que le système perdure. Les 2 auteurs nous font croire que sorti de l'Europe telle que construite actuellement , il n'y a pas d'autre voie pour construire une Europe. Si, il est possible de faire une Europe des nations(ce que voulait De Gaulle). Une Europe démocratique où les peuples retrouvent la possibilité de faire entendre leur voix.Le contraire de ce que nous subissons aujourd'hui. Il est bon que L. Wauquiez se débarrasse de ces boulets tels Juppé, Bertrand,Estrosi , Borloo, etc., etc.

  • Par jc0206 - 14/11/2017 - 18:05 - Signaler un abus Macron-Bayrou-Juppé .....

    Vous avez oublié Estrosi ! Il fait pourtant tout ce qu'il peut pour se faire remarquer.

  • Par Carl Van Eduine - 15/11/2017 - 09:23 - Signaler un abus Un article intéressant

    Il dit que la recomposition politique en cours est que le courant majoritaire en France, le centre, peut enfin s'exprimer : les appareils politiques de gauche et de droite qui l'étouffaient ont perdu leur domination. Il dit aussi que la ligne de fracture politique en France n'est plus gauche / droite, mais souverainiste / européen, voire passéiste / moderne ? Il dit enfin que ce courant est porté par un parti et surtout par une assemblée hors sol car coupée des mandats locaux. Et qui fonctionne trop "sur soi", en ignorant comme souvent les laissés pour compte de la croissance. A qui cette majorité veut bien laisser des miettes sociales du développement économique, mais dont elle refuse d'intégrer les apports spécifiques dans sa vision du monde. Parce que Macron reste un énarque jacobin, qui en centralisant comme tous les autres, permet certes une vision "essentialisée" du pays, mais interdit en même temps l'expression de ses richesses différenciantes, qui pourraient lui donner les avantages compétitifs dont il a besoin. Car quand un pays n'est plus grand, il ne lui reste plus qu'à être excellent, essentiellement là où les autres le sont moins. Il y a encore du taf

  • Par Tande - 15/11/2017 - 19:47 - Signaler un abus non évènement

    Moi, je ne sais pas si la démarche est "centriste" ou "centrale". je sais qu'elle est pathétique, et sans lendemain, émanant d'un homme usé, et rejeté par sa propre formation (dont il est l'inventeur). Il essaie de refaire le coup de l'UMP, mais hors les murs cette fois, étant devenu un SDF politique... Laissons LW s'installer. Les balles des snipers finiront par lasser. on verra...

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ».Il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac : « Paroles politiques ».  Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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