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Pourquoi les frappes que prévoyaient François Hollande contre la Syrie en 2013 n’auraient sans doute pas autant changé la donne qu’il ne le pense

Dans un entretien accordé au Monde, l’ancien chef de l'Etat est revenue sur les évènements du mois d'août 2013, lorsque la France était prête à frapper le territoire syrien.

Illusions

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Pourquoi les frappes que prévoyaient François Hollande contre la Syrie en 2013 n’auraient sans doute pas autant changé la donne qu’il ne le pense

Atlantico : Dans une interview donnée au journal Le Monde, François Hollande revient sur la situation du mois d'août 2013, lorsque la France était prête à frapper le territoire syrien suite aux attaques chimiques menées par les forces gouvernementales de Bachar el-Assad. Alors que ces frappes étaient alors envisagées sous une forme "d'opération limitée, ciblées sur le chimique" par l'envoi de "missiles de croisière", comme le révélait Le Monde dans un article publié en février 2014, peut-on réellement envisager que de telles frappes auraient produit un résultat plus "favorable" que la situation actuelle ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : L’évaluation théorique de telles frappes, si elles avaient eu lieu, ne doit pas être uniquement circonstancielle et contingente.

Ce sont les règles de juste conduite des relations internationales et le droit de la guerre (jus ad bellum), plus précisément le droit dans la guerre (jus in bello), qui sont en jeu. De longue date, la morale et le droit ont eu pour objet la régulation des conflits armés, afin d’éviter que la violence au coeur de l’homme ne devienne hyperbolique. De manière imparfaite, certes, mais l’imperfection des choses ne doit pas légitimer le pire. Dans l’Antiquité, il existe des conventions interpoliades entre les cités grecques qui guerroient les unes contre les autres. Bon an, mal an, ces conventions sont aussi respectées lors des guerres avec les Perses. Sous l’Empire romain s’élabore un « droit des gens », avec pour socle les conventions antérieures. Aux Temps modernes, c’est le fameux Jus Publicum Europaeum, tant regretté par le juriste allemand Carl Schmitt.

Dans le cas présent, l’usage des armes chimiques, après leur mise au point et leur emploi au cours de la Première Guerre mondiale, a été interdit par le Protocole de Genève, signé en 1925(entré en vigueur en 1928, ce texte porte aussi sur les armes biologiques). De fait, elles n’ont pas été utilisées lors de la Deuxième Guerre Mondiale. En 1993, au lendemain de la Guerre Froide, une Convention sur l’interdiction des armes chimiques a été signée (192 Etats signataires), l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) étant chargée de faire respecter ce texte. En 2013, Vladimir Poutine a sauvé Bachar Al-Assad en obtenant la signature de ce texte ainsi que le désarmement chimique du régime de Damas. Ainsi Poutine s’est-il porté garant de l’effectivité de ce désarmement et des obligations internationales contractées par ce régime.

Quatre ans et cinq mois plus tard, on sait ce qu’il en est. Sous la direction d’Edmont Mulet, le Joint Investigate Mechanism (JIM) mis en oeuvre par l’ONU et l’OIAC a publié un rapport selon lequel Damas a conservé des stocks chimiques. Elles ont été employées à quatre reprises au moins  (le rapport date de l’automne 2017), avec le soutien et l’approbation de facto de Moscou qui, au sein du Conseil de sécurité, couvre systématiquement son « Kadyrov » moyen-oriental. On assiste donc à une banalisation gravissime de l’emploi d’armes chimiques. Elle aura ses prolongements sur d’autres théâtres. La situation donne corps à l’anticipation de Thérèse Delpech sur l’« ensauvagement du monde ». On songe aussi aux thèses de René Girard (cf. Achever Clausewitz, 2007). Bref, la question des représailles et des « lignes rouges » n’est pas une simple question de technique et d’efficience. Des principes fondamentaux sont en jeu et leur viol aura ses conséquences pratiques, au-delà du théâtre syrien.

Alain Rodier : Il est vrai qu’après le massacre au gaz sarin de populations civiles le 21 août 2013 dans la Ghouta, quartier situé à l'est de Bagdad, si des frappes aériennes massives avaient eu lieu engageant simultanément des avions américains, britanniques et français (plus des missiles de croisière lancés par des bâtiments de l’US Navy croisant au large des côtes syriennes,), il y aurait eu un résultat militaire significatif sur le terrain dans la mesure où des centaines de munitions auraient été tirées. Cela dit, cela n’aurait en rien garanti que tout le stock d’armes chimiques détenu par le régime de Damas aurait été détruit sans compter les risques de contamination que cela impliquait même si les conditions de stockage de ce type d’armement est théoriquement sécurisé pour éviter que les différents composants ne soient mélangés par inadvertance ou par accident (comme en cas d’un bombardement.)

La France limitait officiellement son action au potentiel chimique syrien mais il semble qu’en fait, les experts du Quai d’Orsay espéraient que cette attaque visant le coeur du régime de Bachar el-Assad pourrait avoir des conséquences beaucoup plus importantes. Ils pensaient qu’un effet domino ferait à terme chuter Assad.

En réalité, ce qui aurait été le plus efficace sur le plan militaire aurait été la destruction de centres de commandement et de transmissions, de dépôts logistiques importants, des bases aériennes, la neutralisation des aéronefs militaires au sol ou en vol, etc. le tout étalé dans la durée. En gros, une vraie guerre aérienne mais avec tous les risques que cela comporte, en particulier dans le domaine des pertes civiles. En 2013, les Russes n’étaient pas encore là et la défense aérienne syrienne aurait pu être aisément laminée par l'US Air Force.

Mais voilà, les Britanniques se sont retirés puis les Américains. Ne prenons pas les Anglo-saxons pour des niais; derrière leurs prétextes politiques, les responsables avaient leurs véritables raisons : ils doutaient de deux choses : de la réalité du prétexte - Bachar était directement responsable de la frappe - et de leurs propres capacités à faire plier le régime syrien ! Et de plus, le soutien populaire à une telle opération n'existait ni en Grande-Bretagne ni aux États-Unis.

Les Russes ont proposé aux gouvernants une porte de sortie bienvenue et honorable ; ils allaient patronner le désarmement chimique de la Syrie. Que l'on le veuille ou non, cette solution a été la plus efficace même si tout n'a pas été complètement découvert, ce qui d’ailleurs aurait aussi le cas lors de bombardements.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 13/03/2018 - 09:20 - Signaler un abus Si j'ai bien compris

    ce qu'a dit notre Guignol national à son pq habituel du matin , "si j'avais procédé aux frappes que j'avais prévues le résultat aurait été différent". Ouais, et si ma tante en avait eu, ce serait mon oncle. Quand on entend de telles c***eries, on comprend pourquoi la France est au bord du gouffre. Bravo Le Monde, fidèle et constant...

  • Par wwmat - 13/03/2018 - 11:29 - Signaler un abus Ce nullissime blaireau

    De Hollande ferait bien de la fermer, son gouvernements ayant soutenu les terroriste de Al Nosra (qui fait du bon boulot). D'ailleurs avec Fabius, ils nous ont mis la honte pendant 5ans. J'espère qu'un jour ils devront rendre des comptes.

  • Par Claude Romain - 13/03/2018 - 12:37 - Signaler un abus Hollande aurait du bombarder

    La France défend (à tort ou à raison) un modèle universaliste de civilisation et d'ingérence humaniste, c'est son "soft power". Il aurait fallu faire ce bombardement, même seul, même limité, pour marquer symboliquement son attachement à l'application des conventions contre les armes chimiques, au lieu de s'aligner sur le pragmatisme des anglo-saxons. Hollande est paradoxal : fort dans le verbe, il n'a rien fait de concret dans ce dossier. Son discours a posteriori s'avère finalement aussi illisible que son action à l'époque.

  • Par Cervières - 13/03/2018 - 17:34 - Signaler un abus Zizi panpan..

    ayant culbuté 3 pick-ups dans le Sahara avec son armée et son cheval de bois se cru grand stratège pour aller en Syrie. Paris s'en souvient encore...

  • Par hannibal barca - 13/03/2018 - 20:19 - Signaler un abus ADM..Chimique etc..

    Quand on a des couilles on dit j ai envie de me faire Assad et on envoie une bordée de bombinettes On ne ment pas ..on ne cherche pas des faux prétextes. Fabius avait dit de quel bord il était. Celui des terroristes d el Nosra Vous êtes un clown gros et sinistre

  • Par vangog - 13/03/2018 - 22:36 - Signaler un abus Flamby a sorti ses gros doigts de son gros cul boudiné...

    et il a crié aux englishes et aux amerloques: « suivez-moi, les gars! On va se faire Bachar... ». Après s'être dandine une dizaine de mètres, il s’est retourné, seul...alors, il est devenu vert-de-trouille et a rebroussé chemin hâtivement... »Hé, les gars, les gars! Ne me laissez pas tout seul, j’ai peur... »

  • Par KOUTOUBIA56 - 13/03/2018 - 23:24 - Signaler un abus Ah le Directeur de la

    Ah le Directeur de la Préfecture de Tulle se retourne sur son passé de guerrier !!!!!!!!!!!!!!!!!!! c'était un idiot durant 5ans mais il n'est toujours pas redescendu sur terre. pitoyable qu'il ose encore ouvrir son clapet

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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