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Pourquoi la France a t-elle si peu d'entreprises à forte croissance ?

D'après des données publiées par Eurostat, le poids des entreprises françaises à forte croissance est faible comparé aux autres pays de l'Union européenne.

Bonnet d'âne

Publié le
Pourquoi la France a t-elle si peu d'entreprises à forte croissance ?

Atlantico : Selon les statistiques Eurostat 2015 parues en date du 19 octobre, parmi les 28 pays membres de l'Union européenne, la France arrive en 20ème position quant à la présence sur le territoire d'entreprises à forte croissance, loin derrière l'Irlande, la Suède et même l'Espagne ou le Portugal. Comment expliquer cette situation, alors que ces entreprises sont fortement créatrices d'emplois ?

Jean-Yves Archer : Il est impératif de garder à l'esprit que les entreprises en forte croissance recouvrent une situation disparate. Certaines firmes connaissent un essor qui s'accompagne effectivement de créations d'emplois.

Mais nombre d'entre elles ont une trajectoire plus heurtée.

Elles peuvent décliner et subir un taux soutenu de mortalité infantile. A l'inverse, attractives, elles peuvent faire l'objet d'un rachat au plus grand profit de leurs actionnaires fondateurs.

Entre des opérations de croissance externe qui sont légion dans le secteur des biotechs et des dépôts de bilan, cela explique la mauvaise place de la France dans le classement Eurostat.

Xavier Niel, brillant instigateur de la Station F, a eu souvent l'occasion de dénoncer ses ventes anticipées de jeunes pousses confirmées qui veulent passer un cap de croissance (http://www.grandprix-entreprisesdecroissance.fr     )  en étant épaulées par des grands groupes. En clair se vendre pour s'adosser. Ou symétriquement s'adosser pour réaliser la plus-value du fondateur.

Il y a des cas où la cupidité immédiate des actionnaires de départ provoque la cession de l'entreprise et c'est bien souvent regrettable.

La France du quinquennat passé a vu ses entreprises de croissance prises en tenailles : d'un côté une fiscalité rugueuse sur l'épargne et le patrimoine et d'un autre côté des flux d'expatriation des créateurs lassés d'un pays peu " business-friendly ". Cette dimension politique et fiscale explique une large part de notre piètre classement n'en déplaise aux Hollandolâtres.

Concrètement, j'estime aussi que la question des seuils sociaux doit être posée : ceux-ci et la kyrielle d'obligations qui les accompagnent sont parfois dissuasifs et altèrent l'agilité des entreprises. Les ordonnances travail n'ont pas apporté de modification à la situation présente.

Pour prendre un seul exemple, la France compte fort peu de licornes – dont la valorisation pose d'ailleurs souvent question   (https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/030481058543-la-valorisation-des-licornes-serait-largement-exageree-2106334.php    ) du type BlaBlaCar et il est urgent de flécher l'épargne vers des investissements dans des PME à forte potentialité. BPI France ne cesse de le faire avec un succès confirmé.

Pierre-François Gouiffès : L’étude d’Eurostat définit une entreprise à forte croissance comme une entreprise ayant au départ 10 salariés ou plus et connaissant une croissance moyenne de l’emploi au moins égale à 10 % par an pendant trois ans, soit l’analyse de la période 2012-2015. La France a tout simplement trois fois moins d’entreprises de croissance que l’Allemagne et la part de ces entreprises dans le secteur marchand se situe à 8,5 %, contre près de 10 % en moyenne et 15 % pour l’Irlande.

Les résultats de l’étude ne sont pas incohérents avec le fait que la France ne compte que deux des quarante « licornes » recensées en Europe (entreprise de moins de dix ans d’une valorisation supérieure à un milliard de dollars). Quelles peuvent être les éléments d’explication d’une telle situation ?

On peut commencer par les explications de nature macroéconomiques. La France a eu dans les années 2010 une croissance faible et d’ailleurs substantiellement inférieure à celle de l’Union européenne ou de la zone euro depuis quelques années. En outre, et comme l’étude Eurostat mesure les entreprises en croissance à travers le paramètre des effectifs, la situation durablement dégradée de l’emploi dans l’hexagone, dont je fais régulièrement le commentaire dans Atlantico, doit peser.

Il y a ensuite toute une série d’éléments d’environnement économiques et sociétaux qui pesait à la date de l’enquête (2015) : le modèle normatif et fiscal français particulièrement lourd et pesant (particulièrement durci avec la ligne fiscale de François Hollande d’une alignement optique de fiscalité entre le travail et le capital), le principe de précaution, la relation culturelle au risque et à l’erreur, l’accès au financement et l’utilisation de l’épargne (massivement captée pour financer un déficit public structurel), la dégradation de la performance du système éducatif au moins en termes relatifs, etc. etc. etc.

Certains pays beaucoup mieux situés que la France ont en matière de secteur de croissance soit des stratégies (l’Irlande avec son impôt sur les société « aimant à GAFA ») soit des réalisations (les pays scandinaves avec Skype ou Spotify) soit les résultats de puissantes réformes structurelles (Portugal & Espagne). On est un peu surpris de constater dans le classement que l’Estonie qui donne des leçons de numérique à toute l’Europe soit plus mal classée que la France.

Au regard de l'environnement français actuel, quelles seraient les principales mesures permettant d'inverser cette tendance ?

Jean-Yves Archer : Plutôt que l'actuelle réforme de l'ISF, il aurait probablement été plus habile de laisser l'ISF tel quel, d'exonérer la résidence principale à hauteur de 2 / 3 de sa valeur et surtout de maintenir le dispositif de déductibilité lorsque le contribuable investit dans des PME.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 20/10/2017 - 11:17 - Signaler un abus Bref,

    un long discours pour dire, au bout de toutes sortes d'argumentations et d'analyses, que la fiscalité et le cadre juridique du travail français font fuir les entreprises. Pour résumer, l'économie est incompatible avec le socialisme, y compris dans les grandes entreprises d'Etat gérées par des haut-fonctionnaires incompétents.

  • Par moneo - 20/10/2017 - 12:42 - Signaler un abus je vais faire simple

    Abandon du modèle français , laisser la liberté aux entrepreneurs,cessez de vouloir flécher ,réglementer , vous allez voir les entreprises françaises vont aller mieux et comme par hasard les étrangère viendront: "on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre" mais reparle dans le désert puisque chaque français que l'Etat lui doit quelque chose et personne ne leur a appris à l'école que l 'Etat n'a pas d'argent sauf celui qu'il prend dans nos poches et qu'ila tellement pris dans le poches moyennes, moyennse supérieures et riches qu'il n' y'a plus rien à gratter

  • Par essentimo - 21/10/2017 - 05:55 - Signaler un abus demandez

    aux syndicats !

  • Par vangog - 21/10/2017 - 10:05 - Signaler un abus Quarante années de gauchisme...

    Ouillei! Ça fait mal!...La fiscalité et le cadre juridique sont totalement plombés par ces quarante années gauchistes. Il faudrait un vrai réformateur (trice...), qui baisse les impôts, taxes et simplifie le cadre juriste...ah ben merde! C'est tout l'inverse avec Macron-Rothschild...essaie encore!

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Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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