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Pourquoi les femmes sont plus touchées par les démences séniles et Alzheimer

Alors que les cas de démence (une catégorie large qui inclue les cas de maladie d'Alzheimer) touchent aujourd’hui environ 50 millions de personnes à travers le monde, ce chiffre pourrait atteindre 131.5 millions de personnes d'ici à 2050. Que cela soit en Australie, aux Etats Unis, les femmes représentent près des deux tiers des personnes concernées, et dans le cas des Etats Unis, le nombre de femmes atteintes dépasse celui des malades du cancer du sein.

Hypothèses

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Pourquoi les femmes sont plus touchées par les démences séniles et Alzheimer

 Crédit MIGUEL MEDINA / AFP

Atlantico : Quelles sont les raisons médicales qui peuvent expliquer cette surreprésentation des femmes pour les cas de "démence" ? 

Andre Nieoullon  : Vous avez raison de revenir sur cette question, qui correspond à une observation ancienne, et qui n’a jamais été démentie. Le phénomène est général et touche pareillement l’Europe dans son ensemble au même titre que l’Amérique du Nord et l’Australie, que vous évoquez. En France, la première étude épidémiologique d’envergure a été réalisée sous l’égide du Professeur Jean-François Dartigues en Aquitaine dans les années 80-90, et les résultats rejoignent les données rappelées ci-dessus. De façon intéressante, l’équipe montrait que dès l’âge de 65 ans il existait une prévalence plus forte de la maladie d’Alzheimer ou plutôt de maladies reconnues plus largement sous le terme de « maladie d’Alzheimer et démences associés » chez les femmes (le nombre de femmes atteintes à âge égal était de 30% environ supérieur à celui des hommes), et que cette situation évoluait pour une prévalence toujours plus forte avec l’âge, atteignant un différentiel plus important à 70 ans et encore plus marqué au-delà de 80 ans.

De fait, à 70 ans le nombre de femmes atteintes est deux fois supérieur à celui des hommes, et à partir de 80 ans le ratio  monte à deux-tiers environ, en accord avec les chiffres que vous donnez pour l’Australie et les USA. Il s’agit donc d’une observation générale, qui n’a pas encore trouvé d’explication absolument incontestable.

 

Cela étant, plusieurs hypothèses ont été formulées, en rapport avec des données d’ordre biologique et sociétal, pour l’essentiel. La première hypothèse est effectivement liée au fait que si l’analyse épidémiologique est globale, il y a globalement deux fois plus de malades femmes que d’hommes. Dès lors il faut se référer à la notion là aussi assez universelle selon laquelle l’espérance de vie des hommes est plus courte que celle des femmes, et donc qu’à un âge très avancé il y a beaucoup plus de femmes survivantes que d’hommes. La différence est aujourd’hui de l’ordre de 6 années, ce qui est tout à fait considérable, l’espérance de vie à la naissance (bien que cette donnée soit un peu réductrice) en France étant aujourd’hui estimée à 79,5 années pour les hommes et à 85,4 années pour les femmes. Si, de fait, le principal facteur de risque des démences est lié à l’âge comme cela est généralement admis, alors il n’est pas surprenant que le nombre de femmes atteintes estimé globalement soit très largement supérieur à celui des hommes. Cette hypothèse est admise par la communauté dans son ensemble et la situation pourrait évoluer sensiblement à l’avenir si le différentiel d’espérance de vie à la naissance devient moins important entre hommes et femmes, ce qui semble traduire une tendance actuelle de l’évolution de ces paramètres. Mais il s’agit d’une simple tendance et au cas où elle se confirmerait les chercheurs estiment qu’au mieux il faudrait au moins une cinquantaine d’années encore pour que ce différentiel en faveur des femmes ne soit par exemple plus que de 3 années… Pas étonnant par conséquent que la maladie domine chez les femmes à un âge très avancé du fait de ces évolutions démographiques ; mais ceci ne doit pas occulter le fait que même à un âge beaucoup moins avancé où les populations en termes de genre sont plus équilibrées, il existe néanmoins un impact plus fort des démences chez les femmes.

 

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 16/07/2018 - 14:03 - Signaler un abus HIHIHI

    Parce qu'elles lisent les magazines féminins

  • Par vangog - 16/07/2018 - 22:48 - Signaler un abus Parcequ’elles partent de moins loin?...

    J’ai juste?..

  • Par kelenborn - 17/07/2018 - 14:22 - Signaler un abus oui Vangode

    la t'as raison!

  • Par Cervières - 17/07/2018 - 20:24 - Signaler un abus Question genre

    Y-a-t'il une différence entre les hommes qui s'estiment femmes (genre féminin) et les femmes qui s'estiment femmes (genre féminin)?

  • Par vangog - 18/07/2018 - 19:44 - Signaler un abus @Cervière Vous pouvez répéter la question?...

    J’ai dû comprendre de travers (genre louche)...

  • Par kelenborn - 19/07/2018 - 10:40 - Signaler un abus Ah oui Vangode!

    Là....t'as trouvé ton maître!

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André Nieoullon

André Nieoullon est professeur de neurosciences à l'université d'Aix-Marseille.

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