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Pourquoi il faut arrêter de parler de printemps arabes

Les révolutions de Tunisie et d'Egypte ont laissé croire à l'imminence d'un mouvement de démocratisation pour tout le Proche-Orient, d'où le mot "Printemps Arabes", en référence au "Printemps des Peuples" de 1848. Pour François Burgat, les difficultés rencontrées par les nouvelles élites au pouvoir relativisent la portée des constats idéalistes, sans valider pour autant le pessimisme de ceux qui voudraient annoncer "la mort des printemps".

Puisqu'on vous l'dit !

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Pourquoi il faut arrêter de parler de printemps arabes

L'expression "Printemps Arabes" fait référence au "Printemps des Peuples" de 1848 en France. Crédit Reuters

En France, où, après la terreur révolutionnaire, une interminable antichambre (Empire, Restauration, etc) a différé l’instauration de la démocratie, les impatiences face à la lenteur proclamée du printemps de nos voisins arabes ont quelque chose de surprenant. Moins de deux ans après la chute du dictateur tunisien, des amoureux déçus du « printemps arabe » déplorent avec une amertume grandissante la trahison de leurs espoirs.

Au cours de quelques semaines tunisiennes largement idéalisées, ils avaient cru entrevoir, avec le pacifisme relatif des protestataires et la faible visibilité des islamistes, la naissance d’un monde arabe idéalement expurgé de tout ce qui avait fait, pendant plusieurs décennies, la substance de son inacceptable différence.

Aujourd’hui, les limites et les insuffisances des élites au pouvoir à Tunis ou en Egypte depuis moins de deux années ne sauraient pourtant se comparer à ceux que pendant des décennies  nous avons tolérés voire encouragés chez nos amis les dictateurs « laïques ». Difficultés et tensions peuvent-elles être attribuées principalement, ou seulement, à la couleur « islamique » de ces élites sorties des urnes printanières ? Rien non plus n’autorise à en être certain. Même si les Frères Musulmans sont loin d’avoir une gestion exemplaire, tant s’en faut, ni en Tunisie - où ils ont manqué de confiance dans leurs alliés potentiels- ni en Egypte, il reste très simplificateur d’identifier les voix stridentes et sur-médiatisées des forces démocratiques a des revendications sincères de vertu et de bonne gouvernance : elles sont en effet indissociablement mêlées à celles des puissants tenants de l’ancien régime et à leurs alliés régionaux en sursis.

Les élus qui relayent les régimes autoritaires le font aujourd’hui dans une conjoncture dont on ne mesure pas toujours la difficulté. On connaît les exigences de l’économie et du social, dans une configuration mondiale d’une dureté sans précédent. Mais l’autre défi, politique celui-là, est aussi redoutable : au ciment autoritaire qui assurait la cohésion du corps politique, il appartient aux nouveaux dirigeants de substituer un lien, fait de confiance partagée et de concessions réciproques, autrement plus fragile. Privés des facilités répressives qui était l’arme absolue de leurs prédécesseurs, à la tête d’appareils d’Etat qui sont encore loin de leur être acquis, les islamistes doivent gouverner des sociétés où, de surcroit, chaque individu, enivré de sa liberté nouvelle, se montre particulièrement exigeant : au bien-être social, il entend adjoindre le droit d’affirmer toute sa différence ; et de réaliser toutes ces ambitions collectives et individuelles que l’atmosphère autoritaire lui avait jusque-là interdites.

En Syrie, tout a été fait, à l’intérieur comme dans l’environnement international, pour que la révolte citoyenne ressemble de plus en plus à celle du désespoir, avec ses inévitables crispations radicales et sectaires et une terrifiante internationalisation. Le jeu exceptionnellement cynique du régime voulait à la fois la militarisation et la confessionnalisation de la confrontation avec son opposition. Il y est en grande partie parvenu, localement comme à l’échelon régional. L’environnement occidental a fait preuve d’une coupable frilosité : il a exigé de l’opposition en exil, avant de lui accorder toute aide militaire effective, des conditions qu’elle ne pouvait réunir sans être en mesure de se crédibiliser auprès des groupes armées autrement que par des mots.

L’ « irakisation » évidente d’une partie des groupes armés, qui sert de prétexte pour différer de mois en mois ce soutien essentiel de l’Europe et des Etats-Unis, ne devrait pourtant pas faire oublier une réalité primordiale : si, depuis l’Irak, les groupes radicaux adeptes d’Al-Qaida ont tourné leurs armes et leurs ambitions vers la Syrie voisine, c’est avant tout parce, dès lors que le processus de construction institutionnelle a pris à Bagdad le relais et la place de la lutte armée, ces groupes extrémistes ont été parfaitement incapables d’y occuper une place significative. Ils sont partis chercher en Syrie la fortune politique que l’Irak leur refusait, tout comme, de toute évidence, la population syrienne leur refusera demain.

En Libye, comités, commissions et autres conseils n’en finissent pas de redonner irrésistiblement le pouvoir aux civils. Et, comme pendant tant d’années Kadhafi en avait rêvé sans bien sûr jamais accepter d’en payer le coût, le peuple est bel et bien… au pouvoir, pour le pire ici et là mais, de façon bien plus évidente aussi… pour le meilleur.

 

 

 
Commentaires

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  • Par jon cole - 13/05/2013 - 09:55 - Signaler un abus héro

    Il est ou là le héro du serment de Tobrouk ?

  • Par Ganesha - 13/05/2013 - 12:50 - Signaler un abus Article Nul

    Article vraiment pas convaincant et même plutôt nul ... qui, en tout cas, ne risque pas de permettre à ses lecteurs de comprendre ce qui se passe réellement dans ces pays lointains... Et je crains les habituels commentateurs qui vont venir ici nous parler d'histoires s'étant déroulé il y a un millénaire... Voici mon explication : l'Egypte et la Tunisie sont des pays sans pétrole (la Tunisie a un peu de phospahate) Avec l'extraordinaire poussée démographique qu'ils ont connu et que l'Islam n'a pas voulu arrêter (contrairement à ce qui s'est passé dans les pays chrétiens) actuellement ils crèvent littéralement de faim... Les printemps y ont été des révoltes populaires pour avoir du pain...et ils comptent sur les frères musulmans pour répartir la pénurie. Et ne leur parlez pas du capitalisme libéral : c'est exctement ce qu'ils avaient avec leur oligarchie! Prochaine étape : le communisme ? Quand à la société occidentale avec son explosion de divorces, les femmes d'Egypte et de Tunisie la rejettent : c'est pourquoi elles remettent le voile et votent en majorité pour les islamistes : on n'a pas parlé de fraude massive, et sans le vote des femmes, ils n'auraient pas gagné le pouvoir

  • Par Ganesha - 13/05/2013 - 12:53 - Signaler un abus Silence Ehonté

    Quand aux autres pays dont la Syrie, on vous le cache d'une façon éhontée, mais si vous avez lu un de mes commentaires précédents, vous savez que ce qui s'y passe, c'est une guerre civile généralisée menée par les sunnites, soutenus par le Quatar et l'Arabie Saoudite contre les chiites iraniens et les communautés chiites (alaouites) partout où il y en a. Ce qui paraît invraisembable, c'est que des gens aussi intelligents que les Israëliens puissent croire que les sunnites sont leurs alliés : que ce soit les chiites ou les sunnites qui l'emportent, leur désir profond est la destruction d'Israël !

  • Par Ganesha - 13/05/2013 - 13:53 - Signaler un abus Confirmation

    Confirmation de ce que je dis sur la Syrie dans un autre article d'Atlantico : "Syrie : ce danger que fait courir la diplomatie française en refusant de reconnaître, contrairement aux Américains, la vraie nature du conflit"

  • Par ISABLEUE - 13/05/2013 - 14:41 - Signaler un abus QUI A CRU A UN MOUVEMENT DE DEMOCRATISATION

    DANS CES PAYS ????? PERSONNE il fallait être crétin ou bourré.....

  • Par zorglubb - 13/05/2013 - 18:37 - Signaler un abus Alternative ?

    En France, certains commentateurs, dans ce forum même, osent proposer l'islam comme alternative à la "décadence occidentale". Merci Ganesha d'appeler un chat un chat.

  • Par Salvatore Migondis - 13/05/2013 - 20:23 - Signaler un abus "des gens aussi intelligents que les Israëliens.."

    Vous êtes bien naïve.. Israël est un protectorat U.S. dont la politique étrangère est subordonnée aux choix énergétiques de l'Amérique du XXe siècle. C'est une simple question de survie. Et puis --autre naïveté-- arrêtez de ressasser le "ah, ces juifs.. qu'est-ce qu'y sont intelligents tout de même" ... peuple "élu" et autres couillonades, SVP.

  • Par Patrice17 - 13/05/2013 - 21:28 - Signaler un abus oulala Burgat !

    Après nous défendu complaisamment l'islamisme, Burgat revient. Mais comme il comprend ne plus être trop crédible, il nous rédige un article d'un compliqué ... pour mieux noyer ses fumeuses analyses ! L'Orient n'a rien de compliqué Mr Burgat ! Il suffit juste d'ouvrir les yeux. Avec de tels experts dotés d'un tel niveau de clarté, on ne risque pas de sortir la Méditerranée de l'enfer qu'elle attise !

  • Par Ganesha - 14/05/2013 - 02:04 - Signaler un abus Politiquement Incorrect

    Je cherche une réponse à une question tellement politiquement incorrecte qu'elle n'est jamais posée : pourquoi une majorité des femmes du Caire et de Tunis ont-elles voté pour les Frères Musulmans ? L'indépendance et le travail des femmes ont été le combat des cinquante dernières années... mais d'après les statistiques parisiennes, l'"heroïne moderne" est une jeune femme qui s'est séparée dès la conception de son enfant et qui, chomeuse au long cours, a tout de même une place en crèche et vit du RSA dans son studio HLM...

  • Par Kunt - 14/05/2013 - 11:00 - Signaler un abus Boite de pandore

    On a ouvert la boite de pandore.... Qui est ce ON Le premier qui s est immole par le feu n etait ni americain ,ni europeen ,ni israelien MAIS TUNISIEN Les arabes ont eux meme declanche un processus Pas sur que ceux qui l ont enclanche le control encore...

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François Burgat

François Burgat est politologue et directeur de l'Ifpo (Institut français du Proche-Orient) depuis 2008. 

Il est notamment l'auteur de "L'islamisme à l'heure d'Al Qaïda" aux éditions La Découverte (2010)

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