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Pourquoi l’étrange attirance de Philippe de Villiers pour Macron est symptomatique du mal qui ronge la droite

Mercredi soir, le chef de l'Etat a rencontré - une nouvelle fois - l'ex-président du Conseil général de Vendée lors d'une réunion avec des chefs d'entreprises et des élus du département. Une "attirance" qui pose question.

Bromance

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Pourquoi l’étrange attirance de Philippe de Villiers pour Macron est symptomatique du mal qui ronge la droite

Atlantico : Au cours de son déplacement en Vendée ce 13 juin, Emmanuel Macron a pu rencontrer une nouvelle fois Philippe De Villiers à l'occasion de la visite d'une entreprise. Alors que l'intérêt d'Emmanuel Macron a pu surprendre et est régulièrement commenté, l'intérêt que porte Philippe de Villiers pour Emmanuel Macron pourrait apparaître tout aussi surprenant. Comment expliquer, sur le fond mais également sur la forme, l'intérêt porté par Philippe de Villiers à Emmanuel Macron ?

Christophe Boutin : On a effectivement plus glosé sur le surprenant intérêt d’Emmanuel Macron pour Philippe de Villiers que sur l’inverse, qui l’est pourtant tout autant.

Sur le fond en effet, rien ou presque ne rapproche les deux hommes. L’un est un europhile convaincu, partisan de la relance de l’intégration européenne, soucieux de donner des compétences accrues à l’Union, l’autre est un souverainiste assumé, qui lutte depuis toujours pour, au contraire, rester dans une très gaullienne Europe des nations. L’un veut mettre en place un Islam de France, l’autre souhaite entendre la voix des clochers. L’un envisage sans broncher les manipulations génétiques et techniques de « l’homme augmenté », l’autre veut que les exigences bioéthiques encadrent ces développements. L’un laisse perdurer le phénomène migratoire, l’autre entend y mettre un terme. Si Villiers pense héritage, transmission et famille, Macron mène une politique qui porte atteinte aux trois, et l’on pourrait résumer les choses en disant qu’après l’ENA l’un est parti dans la banque et ses intérêts mondialisés, l’autre dans la préfectorale et son implication territoriale…

Alors, intérêt bien compris de la part du Vendéen ? On pourrait évoquer sans doute le plaisir rencontré par Villiers de revenir, grâce à Macron, sur le devant de la scène médiatique, d’être, comme il le dit lui-même, pour la première fois vraiment proche d’un Président de la république – plus proche certainement qu’il a pu l’être d’un Jacques Chirac ! Villiers reste un politique, il aime être vu et reconnu, et il a trop souffert d’avoir été ostracisé pendant toute sa vie politique ou presque par d’autres politiques de droite, médiocres et inféodés au politiquement corrects. La presse mainstream, qui le trouvait vraiment infréquentable ; doit maintenant elle-même en rabattre, puisque même Bruno Roger-Petit en dit du bien ! L’intérêt bien compris peut être aussi pour ce gestionnaire qu’est Villiers : si Le Puy du Fou est internationalement reconnu et n’a effectivement pas besoin du passage de Macron et des caméras qui le suivent, ses intermittents bénévoles peuvent, eux, bénéficier de cette proximité présidentielle.

Ce serait donc la rencontre de deux machiavélismes : celui de Macron qui brouille ainsi les cartes à droite, et celui de Villiers qui tiendrait sa vengeance. Pour autant, il serait sans doute erroné de s’en tenir à cette approche. Il est en effet permis de penser qu’il y a une vraie sympathie, sinon une amitié entre les deux hommes, sympathie qui tient non au fond, à leurs programmes ou à leurs choix, mais à la forme. D’abord, ils ont tous deux l’esprit vif, passent d’un problème à l’autre, comprennent à demi-mot ; ils sont cultivés et peuvent échanger des références culturelles qui ajoutent au charme de la conversation ; ils sont tous deux volontiers ironiques et mordants, incapables de résister à la tentation de la pique et de la pointe. Ils ont ensuite clairement conscience de faire partie d’une élite et n’en tirent aucune honte. Ils entendent tous deux à la fois respecter les codes, incarner leurs fonctions, mais « en même temps » dirait-on, ne pas être dupes de ce jeu théâtral. Un théâtre dont ils ont tous les deux le goût, goût de la posture, de la mise en scène, du geste qui frappe. On comprend donc que les deux hommes disent, quand on les interroge, bien s’amuser ensemble. Ils ne sont sans doute dupes de rien, savent quelles sont leurs divergences et qu’elles sont irréconciliables, mais trouvent, de temps en temps, fort agréable de badiner autour d’une table ou dans une tribune de foot. En cela, ils représentent tous deux un certain « esprit français » : on est ennemis, mais on se salue, on se respecte, on se reçoit, on joue de l’esprit à fleuret moucheté. Soyons clair : quand on connaît le milieu politique de droite comme de gauche, on comprend combien ce bol d’air puisse être agréable. Et c’est sans doute une grande part de cet intérêt porté par Villiers à Macron.

 
Commentaires

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  • Par A M A - 14/06/2018 - 09:50 - Signaler un abus Pauvre Philippe...Il est

    Pauvre Philippe...Il est navrant. L'ENA crée des solidarités juteuses.

  • Par assougoudrel - 14/06/2018 - 11:08 - Signaler un abus Philippe invitera Macron

    pour manger un bout et boire un coup, mais son frère, le Général, profitera pour prendre des vacances à l'étranger, loin, très loin de ces faux culs. Macron pourra jouer à nouveau le "Ben Hur" sur la piste.

  • Par kelenborn - 14/06/2018 - 11:55 - Signaler un abus Oui oui oui

    Pauvre Philippe... dois pas le connaitre!!! De Villiers est le dernier vestige de cette droite vendéenne née dans les guerres contre révolutionnaires. Même borgne ( le cancer lui a grillé un oeil) , même éliminé de la scène politique, il n'a rien oublié car l'animal est méchant: c'est lui qui disait de Leotard " je lui ai prêté un livra mais il n'a pas fini de le colorier" . Il n'a rien oublié: Retailleau d'abord, qui l'a débarqué de son poste de dictateur du conseil général à l'occasion d'un coup d'état et le vicomte n'a jamais digéré. Retailleau c'est la droite Fillon, d'ailleurs ils se ressemblent: deux bons pères un peu sévères avec les enfants de choeur qui pourraient profiter de leur absence pour aller se masturber derrière la sacristie . Villiers, c'est la droite telle que doit l'aimer de Commynes: il se demandait récemment pourquoi la droite n'avait pas saisi l'opportunité des thèmes écolos: le retour à la terre ! et Verhaeghe a fort justement souligné ici la parenté entre la contre révolution de De Charette et Laroche Jaquelin et les zadistes de NDDL ( voir suite)

  • Par kelenborn - 14/06/2018 - 12:01 - Signaler un abus suite (ben oui c'est Atlantico)

    une anecdote: à l'époque où France Inter n'était pas encore Fiente Inter, Philippe Meyer tenait une rubrique dite matitudinale. Au moment des élections (De Villiers était candidat) il y alla de son couplet sur le Vicomte comme il le faisait avec tous les invités: Mal lui en prit : le hobereau piqua une colère estimant que ces propos étaient inadmissibles sur le service public! C'était en fait de la lèse-majesté! Assez curieusement, Macroléon , candidat à la présidentielle , faisait la même tête face à Laurent Gera sur RTL ! lèse Jupiter, attention au tonnerre!

  • Par ajm - 14/06/2018 - 14:29 - Signaler un abus Mystère Vendéen.

    Kelenborn pour la Vendée vous devriez prendre en compte le fait, avéré, qu'il y a un micro miracle economique Vendéen. Le tissu industriel de la région est comparable ( sur un tout petit territoire ) au tissu industriel que l'on trouve en Bavière, dans le Bade Wurtemberg , en Suisse et en Autriche. Même mélange d'enracinement local, de capacité d'autonomie par rapport à un état central qui n'inspire pas confiance ( héritage historique évident dans le cas de la Vendée ), attachement aux héritages religieux et ou culturels) et en même temps élites locales remuantes et combatives, à la fois mondialisées et rebelles par tempérament, mobiles par nécessité et enracinées par goût et sentiment. Si on regarde les cahiers de doléances à la veille de la Révolution, la Vendée était très revendicative et pleine de propositions. Le paradoxe est que sa capacité de prise en charge, sa modernité précoce, l'a mise au premier rang de la revolte au moment où le virage totalitaire de la Révolution a été effectif.

  • Par kelenborn - 14/06/2018 - 16:47 - Signaler un abus AJM

    D'accord en tous points. Comme on doit accompagner des slovaques au Puy du Fou dans le cadre d'un jumelage avec ma mayennaise de commune je me replongeais dans l'histoire des guerres de Vendée. Les cahiers de doléance, comme dans le pays chouan étaient très revendicatifs. La conscription a provoqué la révolte ( c'est une région de famille cellulaire) mais surtout les bourgeois en ont profité pour mettre la main sur les biens seigneuriaux d'où la haine des villes. Au surplus, il faut reconnaitre à De Villiers ( que je ne porte pas dans mon coeur) d'avoir changé l'image d'un pays de "ploucs" avec le Puy du Fou et le Vendée Globe! Et de fait , c'était le seul exemple d'industrialisation en milieu rural avec une étonnante solidarité entre entreprises qui se font des crédits ou se repassent des clients

  • Par kelenborn - 14/06/2018 - 16:49 - Signaler un abus AJM

    Et effectivement, j'ai été effaré: 300 000 morts dont un petit tiers de républicains ( car les violences ont été des deux côtés ) c'est ahurissant!!! Sa

  • Par kelenborn - 14/06/2018 - 16:49 - Signaler un abus AJM

    Et effectivement, j'ai été effaré: 300 000 morts dont un petit tiers de républicains ( car les violences ont été des deux côtés ) c'est ahurissant!!! Sa

  • Par kelenborn - 14/06/2018 - 16:51 - Signaler un abus pardon

    sans doute pas loin de 20% de la population de l'époque!, Pour mémoire la guerre 39 45 fait 700 000 morts pour....toute la France

  • Par Vincennes - 15/06/2018 - 22:51 - Signaler un abus Il se fait des illusions DEVILLIERS car MACRON n'AIME

    n'aime que lui et le pauvre de Villiers(comme son frère), risque d'être jeté (maintenant qu'il ne lui sert pas à grand chose), comme un vieux kleenex!!

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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