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Pourquoi il est grand temps de penser à refonder les grandes organisations internationales pour échapper à la “fatalité” d’une mondialisation qui maltraite la France qui souffre

Jusqu'à présent, les remises en cause profondes du système international, afin de tenir compte de nouveaux rapports de force établis, se sont toujours faites à la suite d'une guerre.

Concrètement

Publié le

De quelle(s) manière(s) les organisations internationales actuelles pourraient-elles intégrer les nouveaux rapports de force sur la scène internationale ? Comment éviter que la loi du plus fort ne s'impose dans les relations internationales ?

Il importe de souligner que ces institutions internationales, parfois traitées avec désinvolture, conservent d’utiles fonctions. Certes, le Conseil de sécurité est paralysé par les désaccords, mais la coexistence des différentes "puissances" en son sein permet de maintenir le contact et, jusqu’ici, d’éviter le pire (une grande guerre interétatique entre les "puissances"). La confrontation diplomatique dans une enceinte instituée, entrecoupée de négociations en coulisses, a le mérite de limiter les paronymies et mésinterprétations, possiblement à l’origine de graves fautes politiques et stratégiques.

Quant aux institutions de Bretton Woods, elles ont tenu leur rôle au cours des différentes crises économiques et financières. Il serait trop facile de les dénigrer en prenant le "meilleur des mondes", celui dans lequel 2 et 2 font 5 et le "kolkhoze fleuri" tient lieu de paradis, comme critère d’évaluation de leur action. Après le krach de septembre 2008, l’action de ces technostructures, dûment chapeautées par le G20 (un forum qui regroupe des pays à économie avancée et les principales économies émergentes), et les recommandations adressées aux différents gouvernements ont évité la répétition des erreurs commises lors de la crise de 1929 (restriction brutale de la masse monétaire, protectionnisme et règne du "chacun pour soi").  

Selon une vision évolutionniste et biologisante, les institutions internationales devraient évoluer avec l’environnement international et intégrer progressivement les modifications des rapports de puissance. Dans le monde des hommes, cela passe par des décisions et ne va pas de soi. Ainsi, la réforme du Conseil de sécurité - l’Allemagne, le Brésil et l’Inde étant censés obtenir un siège de membre permanent (avec droit de veto) -, est bloquée depuis un demi-siècle. Par exemple, la Chine populaire refuse que l’autre géant asiatique, l’Union indienne, jouisse des mêmes privilèges qu’elle. Le FMI et la Banque mondiale ont opéré quelques réformes dans la structure du capital et donc la distribution des droits de vote, au bénéfice de la Chine populaire, mais à dose homéopathique. Globalement, la place des puissances occidentales au sein des institutions de Bretton Woods reste à peu près la même qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Idéalement, il faudrait ouvrir plus largement ces institutions afin de transformer les puissances émergentes en "actionnaires" du système international et qu’elles ne cherchent pas à bouleverser l’ordre des choses, au péril de grands conflits géopolitiques, voire de guerres ouvertes. 

Peu ou prou, la diplomatie Obama a consisté à tendre la main à ces nouvelles puissances et a cherché à mieux les insérer dans les structures internationales. Encore faut-il que cet objectif, certes louable et plein de raison politique, corresponde effectivement à l’intention consciente et au projet politique des puissances émergentes. Laissons de côté la Russie, "superpuissance résiduelle" dont on sait le révisionnisme géopolitique, afin de se concentrer sur le cas de la Chine populaire. Après avoir privilégié le discours de la "montée en puissance harmonieuse", la politique étrangère chinoise pratiquée ces dernières années laisse penser qu’il ne s’agit pas pour Pékin d’obtenir un plus vaste accès au grand "banquet de la nature", mais dans une logique de revanche sur l’histoire des derniers siècles, de se poser en rival global de l’Occident. Ainsi l’OCS (Organisation de Coopération de Shanghaï), au sein de laquelle Pékin surclasse très largement Moscou, prend l’allure d’un "concert des puissances eurasiatiques" qui double le Conseil de sécurité des Nations unies. L’internationalisation du Yen et la BAII (Banque Asiatique pour les Investissements dans les Infrastructures) ont l’ambition de concurrencer le système de Bretton-Woods et le projet dit des "Routes de la Soie" ("One Belt, One Road") constitue un vecteur expansionniste. En somme, le "projet moderne" d’une société embrassant toute l’humanité, s’il a trouvé sa traduction dans le domaine de la richesse et de la prospérité, se heurte une nouvelle fois à un projet géopolitique concurrent. En lieu et place d’une sorte d’ "Etat universel", l’avenir appartient peut-être à une nouvelle dyade géopolitique Orient/Occident. Au regard des enjeux géopolitiques, des concentrations de puissance, plus encore de la "déconstruction" systématique du droit naturel et des règles de juste conduite, il sera peut-être difficile de contenir les logiques de conflit et de civiliser les rapports de force.

 
 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 02/05/2017 - 08:41 - Signaler un abus "Inviter les puissances émergentes..."

    Inviter les puissances émergentes, c'est faire émerger son impuissance. Le premier résultat visible, c'est l’Arabie Saoudite tenant le conseil des droits de l'homme ! Hormis l'Inde, les puissances émergentes n'ont pas de tradition démocratique. Quand elles s'y essayent, cela tourne à la farce (Brésil de Rousseff), à l'oligarchie économique (Russie), à la brutalité (Turquie), ou à la dictature religieuse (Egypte de Morsi). Il n'y a de gouvernance partagée possible qu'entre démocraties.

  • Par cloette - 02/05/2017 - 09:16 - Signaler un abus l'Inde grande démocratie

    mais le pays des castes qui se côtoient sans se voir, et un des rares pays où existent encore des lieux où la famine sévit ....Rien n'est simple !

  • Par Labarthe - 02/05/2017 - 09:41 - Signaler un abus Bisounours

    Un fond très Bisounours pour cette analyse des relations internationales. Sans compter que l'enrichissement des pays en voie de développement s'est fait au détriment des classes moyennes occidentales dont une partie de plus en plus importante est en " voie de sous développement".

  • Par Marie-E - 02/05/2017 - 11:53 - Signaler un abus le système est vérolé

    mais je tiens à ce que les puissances émergentes n'aient pas plus de pouvoir qu'actuellement. Au niveau du Conseil de Sécurité de l'ONU Israël ne reste vivant qu'en raison du veto des USA. Sinon ce serait la curée avec la majorité" automatique des pro arabes et musulmans. L'Arabie Saoudite vient d'être nommée aux droits de la femme ! on croit rêver surtout quand on sait qu'Israël n'a pas le droit de se présenter ni en Asie, ni en Europe (comme au foot et à l'Eurovision) du fait du veto des pays arabes. Idem pour la francophonie (interdit en raison du véto du Liban). L’UNESCO s’apprête à voter une nouvelle résolution contre la souveraineté israélienne sur tout Jérusalem le jour de l'indépendance d'Israël en réaffirmant également la totale souveraineté de la"Palestine" à Béthléhem (Tombeau de Rachel) et de 'Hevron (Tombeau des Patriarches) : nouveau texte co-écrit en mars par des pays arabes avec des pays européens.Qu'y a t il besoin de changer à part l'hypocrisie et la haine de certains ?

  • Par jeanseyb - 02/05/2017 - 12:03 - Signaler un abus Tout celà est bel et bon !

    Ouvrir les yeux sur "le Monde", mais les fermer sur son pré-carré, ou comment oublier que donner à manger à son voisin en enlevant le pain de la bouche de ses enfants est une ineptie. Et puis, enfin, tous ces bons sentiments qui cachent mal que la mondialisation est surtout une machine de guerre économique, destinée remplacer des ouvriers chers et turbulents par des ouvriers payés à prix de misère et dociles comme des esclaves. Il n'y a pas d'autre structure que la Nation pour sauver les premiers. C'est bien ce qu'ont compris les mondialistes.

  • Par valencia77 - 02/05/2017 - 23:55 - Signaler un abus Curieux, curieux

    tout ces soucis de relations internationales. Produisez. si c'est de la bonne qualite ca se vend sans aucun traite europeen. Tel que le bordeaux en Chine, Louis Vuiton partout, Cartier(bijoux) et Airbus. Vous produisez de la bonne camelote et ca se vendra partout sans l'aide des fonctionaire corniauds de Bruxelle de l'allemagne ou de la Pologne.

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Jean Sylvestre Mongrenier

Jean Sylvestre Mongrenier est chercheur à l’Institut français de géopolitique (Université de Paris VIII) et chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est notamment l'auteur de La Russie menace-t-elle l'Occident ? (éditions Choiseul, 2009).

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