Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 15 Décembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pourquoi il est grand temps de penser à refonder les grandes organisations internationales pour échapper à la “fatalité” d’une mondialisation qui maltraite la France qui souffre

Jusqu'à présent, les remises en cause profondes du système international, afin de tenir compte de nouveaux rapports de force établis, se sont toujours faites à la suite d'une guerre.

Concrètement

Publié le
Pourquoi il est grand temps de penser à refonder les grandes organisations internationales pour échapper à la “fatalité” d’une mondialisation qui maltraite la France qui souffre

Atlantico : ONU, Banque mondiale, FMI, etc. : nombreuses sont les organisations internationales régissant le système international actuel à avoir vu le jour après la Deuxième Guerre mondiale. Ces instances sont-elles encore en mesure de répondre aux enjeux actuels, et notamment ceux d'une économie mondialisée ? 

Jean-Sylvestre Mongrenier : De prime abord, il convient de revenir à l’époque fondatrice du système international. La crise de 1929, le chacun pour soi (le "self help") et l’incapacité des nations industrielles à apporter des réponses communes (voir l’échec de la Conférence de Londres, en juin-juillet 1933) ont entraîné la désintégration du système économique mondial, fracturé en un petit nombre de "plaques" monétaires et commerciales. Ensuite, la montée des périls et la marche à la guerre ont mis à bas le système de sécurité collective institué par le traité de Versailles, i.e. la SDN (Société des Nations), définitivement emportée par la Seconde Guerre mondiale.

Au lendemain de cette guerre, de nouvelles institutions internationales doivent être fondées, sous la direction des Etats-Unis qui assument désormais le rôle de "stabilisateur hégémonique" refusé après la Première Guerre mondiale (cf. Charles Kindleberger, La Grande Crise mondiale, 1929-1939, Economica, 1986). Les négociations qui mèneront à la fondation de l’ONU (Organisation des Nations Unies), ainsi qu’au système de Bretton Woods, sont entamées avant la fin du second conflit mondial : les accords de Bretton Woods sont signés le 22 juillet 1944 et les 51 Etats fondateurs de l’ONU sont réunis à San Francisco, le 26 juin 1945, afin d’adopter la Charte des Nations unies.

>>> Lire aussi pour approfondir ce sujet : Pourquoi il est urgent de réinventer un libéralisme qui ne serve pas d’alibi à un capitalisme financier mondialisé et prédateur <<<

Considérées par des auteurs comme Arnold Toynbee ou Ernst Nolte comme formant un seul grand conflit entrecoupé d’une trêve, les deux guerres mondiales ont démontré que le seul principe des nationalités, le libre commerce et l’interdépendance économique ne suffisaient pas à fonder la paix. A cet égard, cette nouvelle "guerre de Trente Ans" marque une rupture avec l’optimisme progressiste du XIXe siècle et la croyance dans les vertus du commerce (intellectuel et autre), déjà célébrées par Montesquieu et Benjamin Constant, optimisme que l’on retrouve chez Victor Hugo avant qu’il ne soit refroidi par la guerre franco-prussienne de 1870-1871. A l’évidence, le progrès technico-scientifique et économique ne suffit pas à garantir le progrès moral et il n’existe pas d’harmonie spontanée entre les nations. Dès après la Première Guerre mondiale, l’idée d’une structure politique venant "coiffer" la mondialisation des relations internationales s’est donc imposée. Le projet de "Ligue des nations" formulé par Wilson, dans son discours des Quatorze Points (8 janvier 1918), est à l’origine de la SDN, fondée par le traité de Versailles

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Roosevelt a donc repris le projet universaliste autrefois porté par les principales nations européennes. Centrée sur la diplomatie internationale, l’ONU est complétée par les institutions de Bretton Woods, à savoir le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale, ainsi que les accords du GATT (General Agreement on Tarifs and Trade). Initialement, une organisation internationale du commerce était prévue (voir la Charte de La Havane, 24 mars 1948), mais le Congrès n’a pas voulu suivre la Maison-Blanche. Le rôle des Etats-Unis dans la fondation de ce système international est évident et l’ensemble du dispositif s’inscrit dans une logique d’envergure planétaire. Pourtant, la mondialisation relève d’une réalité ancienne qui découle des Grandes Découvertes : ce n’est pas une "invention" américaine. Après 1945, la mondialisation des échanges repart, mais la Guerre Froide en limite la portée ; elle concerne principalement le "monde libre", à savoir l’Occident et ses alliés. Après la chute du Mur de Berlin, nous sommes entrés dans une nouvelle phase – tous les peuples et continents sont aujourd’hui engagés dans ce vaste mouvement séculaire - ce dont rend compte le terme de "globalisation". Sur le plan des idées et des principes, il n’y a donc pas de contradiction entre les grandes institutions internationales et la mondialisation, bien au contraire. A certains égards, on pourrait voir dans la mondialisation-globalisation l’aboutissement du "projet moderne", tel qu’il a été pensé dès le XVIIe siècle, par Francis Bacon et René Descartes (la philosophie ou la science au service de l’homme, lui permettant de devenir maître et possesseur de la nature). Sur ce point, il faut lire ou relire Leo Strauss (cf. "La crise de notre temps", une conférence de 1962 dont le texte est repris dans Nihilisme et politique, Bibliothèque Rivages, 2001). 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Deneziere - 02/05/2017 - 08:41 - Signaler un abus "Inviter les puissances émergentes..."

    Inviter les puissances émergentes, c'est faire émerger son impuissance. Le premier résultat visible, c'est l’Arabie Saoudite tenant le conseil des droits de l'homme ! Hormis l'Inde, les puissances émergentes n'ont pas de tradition démocratique. Quand elles s'y essayent, cela tourne à la farce (Brésil de Rousseff), à l'oligarchie économique (Russie), à la brutalité (Turquie), ou à la dictature religieuse (Egypte de Morsi). Il n'y a de gouvernance partagée possible qu'entre démocraties.

  • Par cloette - 02/05/2017 - 09:16 - Signaler un abus l'Inde grande démocratie

    mais le pays des castes qui se côtoient sans se voir, et un des rares pays où existent encore des lieux où la famine sévit ....Rien n'est simple !

  • Par Labarthe - 02/05/2017 - 09:41 - Signaler un abus Bisounours

    Un fond très Bisounours pour cette analyse des relations internationales. Sans compter que l'enrichissement des pays en voie de développement s'est fait au détriment des classes moyennes occidentales dont une partie de plus en plus importante est en " voie de sous développement".

  • Par Marie-E - 02/05/2017 - 11:53 - Signaler un abus le système est vérolé

    mais je tiens à ce que les puissances émergentes n'aient pas plus de pouvoir qu'actuellement. Au niveau du Conseil de Sécurité de l'ONU Israël ne reste vivant qu'en raison du veto des USA. Sinon ce serait la curée avec la majorité" automatique des pro arabes et musulmans. L'Arabie Saoudite vient d'être nommée aux droits de la femme ! on croit rêver surtout quand on sait qu'Israël n'a pas le droit de se présenter ni en Asie, ni en Europe (comme au foot et à l'Eurovision) du fait du veto des pays arabes. Idem pour la francophonie (interdit en raison du véto du Liban). L’UNESCO s’apprête à voter une nouvelle résolution contre la souveraineté israélienne sur tout Jérusalem le jour de l'indépendance d'Israël en réaffirmant également la totale souveraineté de la"Palestine" à Béthléhem (Tombeau de Rachel) et de 'Hevron (Tombeau des Patriarches) : nouveau texte co-écrit en mars par des pays arabes avec des pays européens.Qu'y a t il besoin de changer à part l'hypocrisie et la haine de certains ?

  • Par jeanseyb - 02/05/2017 - 12:03 - Signaler un abus Tout celà est bel et bon !

    Ouvrir les yeux sur "le Monde", mais les fermer sur son pré-carré, ou comment oublier que donner à manger à son voisin en enlevant le pain de la bouche de ses enfants est une ineptie. Et puis, enfin, tous ces bons sentiments qui cachent mal que la mondialisation est surtout une machine de guerre économique, destinée remplacer des ouvriers chers et turbulents par des ouvriers payés à prix de misère et dociles comme des esclaves. Il n'y a pas d'autre structure que la Nation pour sauver les premiers. C'est bien ce qu'ont compris les mondialistes.

  • Par valencia77 - 02/05/2017 - 23:55 - Signaler un abus Curieux, curieux

    tout ces soucis de relations internationales. Produisez. si c'est de la bonne qualite ca se vend sans aucun traite europeen. Tel que le bordeaux en Chine, Louis Vuiton partout, Cartier(bijoux) et Airbus. Vous produisez de la bonne camelote et ca se vendra partout sans l'aide des fonctionaire corniauds de Bruxelle de l'allemagne ou de la Pologne.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean Sylvestre Mongrenier

Jean Sylvestre Mongrenier est chercheur à l’Institut français de géopolitique (Université de Paris VIII) et chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est notamment l'auteur de La Russie menace-t-elle l'Occident ? (éditions Choiseul, 2009).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€