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Pourquoi il est faux (et dangereux pour la science) de penser qu'un ordinateur et un cerveau humain fonctionnent de la même manière

L'analogie qui veut que notre esprit fonctionne comme un ordinateur, et vice versa, mène de nombreux chercheurs à des impasses.

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Pourquoi il est faux (et dangereux pour la science) de penser qu'un ordinateur et un cerveau humain fonctionnent de la même manière

Est-ce que le cerveau humain est comme un ordinateur ? Cette analogie est entrée dans l'esprit collectif et elle est très forte. La réponse à cette question est pourtant très importante. Elle a des implications pour l'intelligence artificielle — est-ce que des ordinateurs peuvent simuler un esprit humain, voire acquérir une conscience ? — qui ont à leur tour des conséquences politiques et économiques fondamentales. Et les enjeux sont également philosophiques et métaphysiques : qu'est-ce qu'un esprit, qu'est-ce que penser ?

Dans un article pour le magazine Aeon, Robert Epstein, chercheur à l'American Institute for Behavioral Research and Technology, auteur de quinze livres, et ancien rédacteur-en-chef du magazine Psychology Today, cherche à trucider cette analogie entre le cerveau et l'ordinateur.

De nouvelles métaphores pour l'esprit humain

Il rappelle que, depuis le début de l'histoire, les hommes ont cherché à trouver des analogies autour d'eux pour expliquer et comprendre l'esprit humain. Dans la Bible, Dieu est un potier qui façonne l'homme à partir d'argile et lui inssufle son esprit. L'invention de la pompe hydraulique a provoqué des modèles différents de notre esprit. Notre fonctionnement mental était déterminé par le flux des fluides de notre corps — les fameuses humeurs dont parlent les médecins de Molière.

Et l'invention des premiers automates à partir du XVIème siècle a mené à l'idée que nous sommes des automates complexes. Pour Descartes, les hommes sont des machines complexes. Pour Thomas Hobbes, la pensée est la fonction de petits mouvements mécaniques dans le cerveau.

Au XIXème siècle, c'est le physicien allemand Hermann von Helmholtz qui compare le cerveau à un télégraphe.  

Le problème arrive lorsque certains ne se rendent pas compte que la métaphore n'est qu'une métaphore…

Et au XXème siècle, c'est le mathématicien John von Neumann, un des pionniers de l'informatique — mais ignorant en neurologie ou en psychologie — qui publie le livre L'Ordinateur et le cerveau, où il développe la thèse que le système nerveux humain est "digital".

Nos esprits ne traitent pas de l'information

Le principe fondamental de fonctionnement d'un ordinateur est celui de traitement de l'information. Or, nos cerveaux ne traitent pas d'information. Ils fonctionnent différemment.

Epstein reprend un exercice qu'il fait faire à ses étudiants : dessiner un billet d'un dollar de mémoire, puis le redessiner avec le modèle sous les yeux. Il présente un exemple d'un de ses étudiants, ci-dessous :

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Que s'est-il passé ? Si le cerveau fonctionnait comme un ordinateur, l'étudiant aurait pu simplement aller chercher dans sa mémoire l'image d'un billet d'un dollar, et actionner son algorithme de reproduction. Mais ce n'est pas comme ça que fonctionne le cerveau humain.

De très nombreuses études neurologiques nous disent que même les actes les plus anodins impliquent de très grandes parties du cerveau. Il n'y a pas un endroit du cerveau où est stocké une image "billet d'un dollar". Au lieu de cela, le fait pour l'étudiante d'avoir vu un billet d'un dollar dans sa vie a changé son cerveau d'une certaine manière — d'une manière qui lui a permis de visualiser un billet d'un dollar. Autrement dit, de revivre l'expérience de la vision d'un billet d'un dollar.

 
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  • Par Outre-Vosges - 08/06/2016 - 19:38 - Signaler un abus Que les zélateurs de la machine trouvent une réponse

    J'entends encore un imbécile s'écrier : « En ces temps de technologie avancée, où un programme d'échecs arrive à battre n'importe quel grand maitre , je suis toujours étonné des lacunes de la traduction automatique. » On lui a lancé un défi : trouver un traducteur automatique capable de traduire cette phrase allemande trouvée dans un article sur les mammouths de Colomb : « Ihre Kälber mussten sie gegen große Raubtiere verteidigen ». Voici ce que vous trouvez actuellement : « Leurs veaux devait défendre contre les grands prédateurs (Bing) », « Vos veaux devaient défendre contre les grands prédateurs (Google) », « Vos veaux devaient les défendre contre les grands carnassiers (Promt) », « Ses(Leurs) veaux devaient les défendre contre de grands carnassiers (Reverso) », « Vos veaux contre défendre devaient les grands prédateurs (Systran) ». La phrase, compréhensible immédiatement pour tout germanophone qui n'est pas complètement idiot, signifie en fait : « Ils devaient défendre leurs petits contre les grands prédateurs ».

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