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Pourquoi l’espèce humaine pourrait s’éteindre bien plus tôt que nous le pensons

L’être humain est en train de provoquer ce que les experts appellent désormais "la 6ème extinction de masse", menaçant ainsi sa propre survie. Une dure réalité que notre espèce a encore complètement tendance à nier.

Requiem

Publié le - Mis à jour le 18 Mars 2016
Pourquoi l’espèce humaine pourrait s’éteindre bien plus tôt que nous le pensons

Atlantico : Y a-t-il déjà eu, à certains moments de l'Histoire, des périodes d'extinction massive ? Si oui, comment les expliquer ?

Miriam Gablier : La vie sur Terre a déjà connue cinq grandes extinctions de masse. La plus massive d’entre elles, l’extinction du Permien, il y a 245-252 millions d’années, a vu 95% de la vie marine disparaître ainsi que 70% des espèces terrestres.

 

Nous expliquons ces extinctions par les changements climatiques, le mouvement des plaques tectoniques, les catastrophes naturelles, l’impact des météorites... Cependant, ce qui n’est pas assez souligné, c’est que l’activité de la vie organique elle-même peut devenir une cause d’extinction.

 

La biologiste Lynn Margulis nous apprend par exemple, que les premières formes de vie sur terre, des bactéries, rejetaient un déchet : de l'oxygène. Elles ont ainsi pollué leur environnement avec cette substance, toxique pour elles, jusqu’à un point critique. Par adaptation, de nouvelles bactéries capables de respirer l'oxygène ont émergés. Cela a permis une régulation salvatrice.

 

L’évolution de la vie sur Terre n’a jamais été un long fleuve tranquille. Les organismes ont déséquilibré et rééquilibré un système global qui lui, à réussi à perdurer. Ainsi la question n’est pas tant celle de la survie de la vie dans son ensemble, que celle des espèces en particuliers. De nombreuses espèces se sont éteintes. En tant qu’être humain, la vie va certainement nous survivre, mais la question est de savoir si nous allons survivre avec elle. D’après les scientifiques, notre avenir n’est pas certain.

 

Sommes-nous entrés dans une nouvelle ère géologique ? Si oui, pouvez-vous expliquer en quoi cette nouvelle ère consiste ?

Nous sommes rentrés dans une nouvelle phase d'extinction massive appelée l'anthropocène.

 

Elle a commencé avec l’avènement de la révolution industrielle au 18ème siècle, et s'est intensifiée sur les cinquante dernières années. Si bien que le prestigieux musée américain d'histoire naturelle a posé une plaque sur laquelle il est inscrit : "Nous sommes au milieu d'une sixième extinction de masse. Celle-ci est entièrement causé par la transformation de l'environnement écologique par l'homme". C'est désormais officiel : l'homme est en train, à lui tout seul, de causer une extinction de masse.

 

Notre croissance démographique, notre main mise sur les terres et les mers, notre tendance à la sur-consommation, nos activités industrielles gourmandes et polluantes, sont un désastre pour le reste de la biosphère.

 

Elisabeth Kolbert dans son livre The Sixth Extinction rapporte qu’en 2050, 1/4 des mammifères, 1/6 des oiseaux, 1/5 des reptiles, 1/3 des requins et des raies, auront disparu. La déforestation anéantie au moins une espèce toutes les heures. Sur les 130 millions de km2 de terre qui ne se trouvent pas sous la glace, il reste seulement 30 millions de Km2 de terres dites sauvages.

 

Nous sommes témoin d’une destruction dramatique de la biodiversité. L’homme est à l’origine d’une destruction d'une ampleur inédite.

 

L'homme travaille-t-il à sa propre extinction ? Si oui, quels sont les principaux actes humains qui mettent en danger l'espèce humaine ?

De fait, nous participons à notre possible extinction. L'équation est très simple : nous sommes dépendants de notre environnement. Donc détruire notre écosystème, c'est saccager la chaine naturelle qui soutient notre propre survie.

 

Sommes-nous plus proches de notre propre extinction que nous le pensons ? L'homme a-t-il tendance à nier la réalité, à sous-estimer le risque de l'extinction humaine ? Si oui pourquoi ?

Il faut bien sûr toujours rester prudents avec les prédictions, mais les scientifiques ne cessent de nous dire que nous fonçons dans le mur : si nous ne changeons pas nos manières d’être au monde, nous pourrions disparaître de la surface de la planète plus rapidement que nous le pensons.

 

Pourtant, comme le montre très bien Clive Hamilton dans son livre Requiem pour l’espèce humaine, nous avons tendance à nier cette réalité. Cela pour plusieurs raison :

 

Déjà, parce que la notion "d'extinction d'espèces" est assez récente. Ce n'est qu'en 1796 que l’anatomiste Georges Cuvier conçoit qu’il a pu exister par le passé des animaux qui n’existent plus. Nous avons encore l’idée d’une nature qui arrive à se régénérer… Ce pourrait ne plus être le cas !

 

Ensuite, les citadins ne sont pas au contact direct de la nature, donc ne voient pas les extinctions de manière concrète. Ceux qui ont ne serait-ce qu'un jardin se rendent déjà compte que certaines grenouilles, insectes ou oiseaux disparaissent rapidement.

 

A cela s'ajoute que l'extinction de l'espèce humaine est une idée tellement angoissante que nous n’avons pas envie d'y faire face.

 

Surtout, tout ceci pose une question de fond. Notre culture occidentale, s’est construite sur une vision matérialiste de notre réalité – héritière de Descartes. Nous réduisons la vie à ses composants chimiques alors que c’est un phénomène mystérieux. En 2016, aucun scientifique n’est encore réellement capable d’expliquer ce qu’est la vie ! Notre paradigme réducteur doit évoluer, cela prend du temps.

 

Est-il déjà trop tard ou nous restent-ils des marges de manœuvre pour sauver l'espèce humaine ?

Il n’est jamais trop tard et être alarmiste est contre-productif. La réalité est qu’un changement est déjà en cours.

 

Le film documentaire Demain de Cyrill Dion et Mélanie Laurent, le montre bien : de nombreuses villes, entreprises, écoles optent pour le changement. La ville de San Francisco recycle par exemple 80% de ses déchets. En France, on n’a jamais autant mangé bio qu’en 2015. Les choses bougent, les gens se sentent concernés. Espérons que la contagion se propage.

 

L’idée principale est qu’il faut favoriser une vision systémique de notre monde, c'est-à-dire comprendre que l'homme n'est qu'une pièce dans un système global, pas son leader, et qu’il doit laisser de la place au reste de la biosphère.

 

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 16/03/2016 - 07:44 - Signaler un abus oula l'heure est grave je ne vois qu'un remede :

    lire d'urgence : "le petit traité d'anti écologie à l'usage des lecteurs méchants" de sieur H16 .

  • Par Deudeuche - 16/03/2016 - 08:16 - Signaler un abus les citadins ne voient rien

    non quelle surprise, vivraient 'ils hors sol, hors géographie, hors histoire, hors anthropologie?

  • Par langue de pivert - 16/03/2016 - 11:48 - Signaler un abus Bio-diversité : no futur !

    L'effondrement de la bio-diversité en quantité et en variété est une évidence incontestable. Antropocène ? Une absolue certitude (alors que le réchauffement climatique dû à l'homme n'est qu'une probabilité plus ou moins forte car d'autres facteurs naturels peuvent intervenir dans des proportions inconnues) Sur terre et dans mers et océans. Si on en parlait aussi souvent que de la fumisterie trisomique COP 21 et le tralala qui tournait autour, pas sûr que ça changerait grand chose mais au moins on mettrait ces catastrophes au même niveau de gravité. Quand la planète sera bétonnée et goudronnée de partout, quand le ciel sera vide d'oiseaux et les océans remplis de méduses et de vers quelques degrés de + ça serait plutôt une bonne nouvelle ! Ça intéresse qui ? Pas grand monde !

  • Par cloette - 16/03/2016 - 12:05 - Signaler un abus la planete

    est un être vivant qui se défend toute seule autant qu'elle le peut , l'homme arrange aussi la Nature pour qu'elle soit plus jolie, donc pas de pessimisme exagéré , mais il faut faire revenir les abeilles!

  • Par kaprate - 16/03/2016 - 13:22 - Signaler un abus Relativisme et nihilisme

    Voilà qui devrait nous permettre de relativiser guerres, Sida, Zika et résistance aux antibiotiques, islamisation du monde, déséquilibre nord/sud, risques économiques, risques nucléaires, quête de la jeunesse et de la beauté éternelles, conflit israélo-palestinien, réchauffement climatique, pression fiscale, conneries de Hollande, loi travail, fromage ou dessert, et tous le reste. Notre extinction va tout régler! Le déni de la Mort est une composante normale de l'humain, individuellement et collectivement. Mais on y va! Et quand je vois ce que notre espèce a réussi à produire et à réaliser, je pense sincèrement qu'une disparition de l'espèce humaine serait un bienfait pour le monde et les espèces dominées mais encore (sur)vivantes. Je ne souhaite de mal à à peu près personne mais nous avons eu une sacrée chance et nous l'avons bien gâchée. Les progrès humains ont servi principalement notre propre existence et notre adaptation aux fléaux que nous avons souvent nous mêmes créés. L'univers est bien fait. Laissons la place, je suis d'accord. Et c'est sans ironie.

  • Par valencia77 - 16/03/2016 - 13:34 - Signaler un abus reves

    certains revent de faire bouffer de la friture d'insectes pur pouvoir nourrir plus de monde...

  • Par zouk - 16/03/2016 - 16:59 - Signaler un abus Humanité organisatrice de la prochaine extinction de masse

    Ah bon? Volià de quoi lire son propre nom dans toutes les gazettes.

  • Par zouk - 16/03/2016 - 17:00 - Signaler un abus Humanité organisatrice de la prochaine extinction de masse

    Ah bon? Volià de quoi lire son propre nom dans toutes les gazettes. A valencia, les insectes frits sont excellents.

  • Par Le gorille - 16/03/2016 - 20:31 - Signaler un abus Les citadins sont une culture hors sol

    Oui, Deudeuche. Les citadins sont une culture hors sol. Avez-vous remarqué les efforts des écoles pour emmener les petits citadins dans une ferme ? Je suis d'une génération qui a connu la campagne. Mes enfants ne connaissent que les jardins, mais il y avait des poules, suivies par leur grand-père... Mes petits-enfants... Cet article est alarmiste. Mais hélas, je suis d'accord. Même dans mon jardin, les insectes sont rares : ma voisine traite contre les moustiques régulièrement... Sans compter les vaporisations municipales anti-moustiques qui tuent les ruches en abord des agglomérations : l'apiculteur amateur, quand il est prévenu, doit soit couvrir sa ruche, soit la transporter en zone saine...

  • Par Le gorille - 16/03/2016 - 20:49 - Signaler un abus Densité : un rééquilibrage ?

    Au fait est-ce une catastrophe, sauf pour soi-même, que la moitié et plus de l'humanité disparaisse ? Je suis effrayé par la densité : je l'ai vue au Japon, aux Indes, en Asie mineure, et tout le contraire dans d'autres régions du monde. Les gens n'y sont pas les mêmes du tout. A la densité, on doit le TGV, les avions long-courrier et le transport. La faible densité n'y donne pas accès, pas même au transport. Pour les premiers, la nourriture de premier choix, abondante, en toutes saisons et du bout du monde ; pour les seconds la nourriture locale, saine certes, mais peu variée, surtout pas extravagante, et parfois absente... Que choisir ? Bref : la catastrophe devrait rééquilibrer un peu les trop hautes densités. Mais où est le seuil ?

  • Par BOCE64 - 17/03/2016 - 01:01 - Signaler un abus solution

    Des capotes, des capotes, des capotes......

  • Par kaprate - 17/03/2016 - 01:33 - Signaler un abus BOCE64

    Et ça marche aussi contre les moustiques tigres?

  • Par Le gorille - 17/03/2016 - 05:03 - Signaler un abus Aedes

    Aedes, Kaprate, voyons, Aedes!

  • Par jurgio - 17/03/2016 - 10:34 - Signaler un abus Cette extinction massive :

    ...un soulagement pour la planète.

  • Par MONEO98 - 17/03/2016 - 12:12 - Signaler un abus enfin un bon programme vert

    retour à l'age de pierre , disparition de la majorité de l'espèce humaine,castration chimique ou pas si nécessaire, sauf pour les maitres ,...planification natale, sélection génétique ,faut ce qui faut pour éviter L''APOCALYPSE,SAUVONS LA PLANETE

  • Par john mac lane - 17/03/2016 - 21:43 - Signaler un abus Haaaouaaaaa. Ça y est nous mourrons tous.

    Combien nous reste t-il à vivre? Une semaine.....Dans d'affreuses souffrances.

  • Par Démographie Responsable - 18/03/2016 - 11:32 - Signaler un abus Une décroissance souhaitable

    Nous étions seulement 1 milliard d'humains "hier" en 1800, nous sommes aujourd'hui plus de 7 milliards, et si rien n'est fait pour stopper cette prolifération, nous serons probablement plus de 11 milliards à la fin du siècle ! Pas besoin de chercher bien loin la cause de la crise environnementale actuelle. Est-il néanmoins possible de sauver ce qui peut encore l'être ? http://demographie-responsable.org/

  • Par MONEO98 - 18/03/2016 - 18:54 - Signaler un abus une lecture utile

    http://www.contrepoints.org/2016/03/09/242163-on-va-tous-encore-plus-mourir-de-faim

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Miriam Gablier

Miriam Gablier est auteure et journaliste pour le magazine Inexploré/INREES. Son expertise porte sur les tendances émergentes dans les domaines de l'environnement et de la santé. Son sujet de thèse de Master : l’élaboration de concepts permettant de rendre compte de l’activité consciente de la vie organique.

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