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Pourquoi Emmanuel Macron n’a pas encore réussi à convaincre les Français de changer leur regard sur la richesse et la réussite

Des Paradise Papers aux débats sur la flat tax et la réforme de l’ISF, l’actualité récente a semblé démontrer que le rapport à la richesse en France, et la question de sa répartition, restaient des sujets hautement clivants.

IFOP

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Pourquoi Emmanuel Macron n’a pas encore réussi à convaincre les Français de changer leur regard sur la richesse et la réussite

Le président de la République, en assumant jusqu’au bout la nécessité des réformes promises pendant sa campagne, en substituant le concept de «Premier de cordée» à la controversée «théorie du ruissellement», mais aussi de par son parcours personnel, a-t-il fait évoluer les mentalités? Les clivages idéologiques entre droite et gauche sur cette question, l’une insistant davantage sur le mérite et les effortspersonnels quand l’autre juge la réussite financière inséparable des conditions sociales et collectives la rendant possible, seraient-ils en passe d’être abolis ? L’Ifop a réalisé plusieurs enquêtes - pour Atlantico, Marianne et l’Humanité - afin d’apporter des réponses à ces questions.

 

1- La permanence d’un fort clivage idéologique entre droite et gauche sur les déterminants de la réussite

Aux yeux d’un électeur des Républicains, le travail est toujours et de loin, le principal moteur de l’enrichissement ou de la réussite (70% des électeurs LR citent ce déterminant en premier [Sondage Ifop pour Atlantico réalisé on line du 24 au 25 octobre 2017 auprès d’un échantillon national représentatif de 1002 personnes]). Arrive ensuite, en 2 e position à 26% de citations, le fait d’« avoir du culot », puis le fait « d’être intelligent » à 25%. Les trois premiers items cités renvoient tous à des qualités ou des dimensions individuelles. Le fait d’avoir des « relations » ou des « parents riches » n'arrive qu'en 4e ou 5e position, très loin derrière le fait « d'être travailleur ». Ces données reflètent bien la vision très individualiste et méritocratique de la droite, qui conçoit avant tout la réussite comme procédant des mérites et efforts individuels. En cela, elle s’approche d’une vision américaine, dont la figure du « pionnier » et du « self-made man » illustrent depuis toujours le parcours idéal.

A gauche, domine l’idée que l'héritage – « avoir des parents riches » - ou le fait d’avoir le bon « réseau » comptent énormément dans la réussite et donc dans l’explication des trajectoires individuelles. S’ils se montrent également attachés au fait que le travail puisse permettre de s’enrichir, les sympathisants de gauche conçoivent la réussite comme procédant de l’environnement et de l’entourage et ne renvoient donc pas la responsabilité de l’échec ou de la réussite vers les seuls mérites et qualités individuels. Ainsi, pour expliquer la réussite, "être travailleur" est deux fois plus cité à droite qu'à gauche, quand "avoir des relations" est deux fois plus évoqué à gauche qu'à droite. On voit bien là s’exprimer des idéologies profondément différentes, signe que sur une question éminemment sensible comme le rapport à l’argent et à la réussite, l'avènement du macronisme n'a pas fait table rase des vieilles cultures politiques françaises. Si les clivages idéologiques voire philosophiques perdurent sur ce type de questions, on constate néanmoins que le rapport des Français à la réussite financière a évolué avec le temps. Ainsi si le fait d’être travailleur demeure depuis plus de 20 ans la caractéristique la plus citée comme étant indispensable pour devenir riche, les items « avoir du culot » (27%) et « manquer de scrupules » (21%) étaient fréquemment évoqués en 1994. A l’époque, la figure de Bernard Tapie, entrepreneur touche à tout et controversé, était omniprésente et avait sans doute influencé la perception des Français sur les ressorts de l’enrichissement.

 
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Chloé Morin

Chloé Morin est Directrice de l’Observatoire de l’Opinion de la Fondation Jean Jaurès, ancienne conseillère en charge de l'opinion publique au sein du cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault puis Manuel Valls, de 2012 à 2016.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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L'Ifop est un institut de sondages d'opinion et d'études marketing.

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