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Pourquoi Emmanuel Macron ne sauvera pas la démocratie française par la technocratie (quelles que soient les attentes des Français…)

Des enquêtes d’opinion réalisées par Atlantico ont montré ces derniers mois une double attente des Français, en faveur d’un régime plus autoritaire d’une part et du renforcement du pouvoir confié à des experts non élus d’autre part. Le quinquennat actuel est-il finalement la traduction de cette seconde demande là où Donald Trump serait la réponse à la première outre-Atlantique ?

Réforme des institutions et pratique du pouvoir

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Pourquoi Emmanuel Macron ne sauvera pas la démocratie française par la technocratie (quelles que soient les attentes des Français…)

Selon deux sondages IFOP pour Atlantico respectivement publiés en 2015 et 2017, les Français manifestaient une forme d'attrait pour un gouvernement d'experts non élus (approuvé par 67% des Français en 2015 et 55% en 2017) et pour un pouvoir autoritaire (approuvé par 40% des Français en 2015 et 38% en 2017. Dans un contexte actuel, entre la volonté de limiter le nombre d'amendements des groupes parlementaires d'opposition, refus du système du "Spitzenkandidat" permettant un choix des électeurs européens pour désigner le futur président de la Commission européenne, silence du gouvernement sur l'affaire du SelmayrGate qui empoisonne la même Commission, en quoi le macronisme semble de plus en plus répondre au souhait véhiculé par les sondages présentés, vers une forme de gouvernement d'experts de plus en plus détachés de la démocratie ?

 Il convient, pour répondre à votre question, de replacer d’abord les réponses données par les Français dans un contexte plus général, avant d’examiner la pertinence des « solutions » que semblent apporter les éléments récents.

 

Le contexte général est celui d’une crise de la représentation, en France comme dans de nombreuses démocraties occidentales. Crise de la représentation parlementaire, chargée de faire la loi et donc de fixer des règles à l’ensemble de la communauté, qui apparaît, à tort ou à raison, la question n’étant pas ici tant la réalité des choses que le sentiment de l’opinion publique, à la fois plus préoccupée de son propre intérêt que de l’intérêt général, et incapable de résoudre les crises actuelles. Le même sentiment vaut pour un exécutif jugé lui aussi politiquement inefficace et tout entier engagé dans une politique de communication qui cache mal le fait qu’il se refuse à écouter les demandes de la population.

 

A LIRE AUSSI - Fatigués de la démocratie !? Le sondage choc sur l’attirance des Français pour un gouvernement technocratique non élu ou autoritaire

 

Les conséquences de cette crise sont diverses : c’est d’abord, pour ceux qui sont au pouvoir, la sanction des urnes, la vague de « dégagisme » que nous avons connu en 2017. C’est ensuite la volonté de remplacer les sortants par de nouvelles figures qui mêleraient compétence (la demande d’expertocratie) et capacité à faire des choix (celle d’un pouvoir autoritaire), ces figures retrouvant d’ailleurs, dans leur distanciation comme dans leur autorité, une même demande de verticalité du pouvoir.

 

Surfant sur cette vague, certains ont bien compris qu’il allait leur être possible de se trouver une légitimité. Pour autant, il y a deux différences majeures qui font qu’il s’agit bien d’une utilisation des attentes des populations, et non de leur réalisation : le pouvoir qui se met en place est d’abord plus une technocratie qu’une expertocratie, et sa nouvelle verticalité, ensuite, essentiellement théâtralisée, ne le conduit pas plus que ses prédécesseurs à répondre aux angoisses identitaires des populations occidentales.

 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 14/03/2018 - 10:29 - Signaler un abus Le meilleur des mondes.... pour ceux qui le dirigent

    On passe d'une fausse démocratie à une vraie technocratie: on mentira moins mais on trichera plus. Ce fut d'abord au nom de dieu, puis au nom du peuple, et c'est maintenant au nom de l'expertise: peu importe qui on fait parler comme un ventriloque, du moment qu'on justifie d'être au pouvoir. Prochaine étape, déjà en voie de préparation: diriger les peuples par des robots bien programmés.

  • Par Deudeuche - 14/03/2018 - 17:10 - Signaler un abus L’empure Parisien est un bug

    En finir avec la centralisation dont le stade ultime est la technocratie!

  • Par cloette - 14/03/2018 - 21:53 - Signaler un abus On y est déjà

    dans la technocratie ( on les voit s'exprimer, on les entend : quelque chose a changé ) le stade ultime est pour demain, le nouveau monde, et une centralisation accrue .

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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