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Pourquoi la destruction d'emplois dans la recherche est une très mauvaise nouvelle

Selon les chiffres de l'observatoire de l’investissement Trendeo, il y a eu en 2013 davantage d'emplois détruits dans la recherche et développement (R&D) que d'emplois créés. Le différentiel négatif est de 138 emplois pour 2013, alors qu'il était positif de 2557 emplois en 2012.

Le début de la fin ?

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Pourquoi la destruction d'emplois dans la recherche est une très mauvaise nouvelle

Il y a eu plus d'emplois détruits que d'emplois créés dans la R&D cette année.  Crédit Reuters

Atlantico : Pour la première fois depuis quatre ans, il y a eu plus d'emplois détruits que d'emplois créés dans la R&D. Pourquoi ce secteur stratégique, qui concerne des emplois à forte qualification, et qui était jusque-là largement bénéficiaire s'est-il retrouvé dans cette situation en 2013 ?

Rémy Prudhomme : C'est effectivement un constat étonnant, même s'il faut être prudent sur les chiffres qui reconstruisent une situation sans user d'une rigueur extrême, sans décomposer le public et le privé, et en amalgamant des secteurs d'activité ce qui n'a pas toujours beaucoup de sens.

Mais la tendance est certainement juste et il apparaît que 2013 a été plus mauvais que 2012. C'est très inquiétant car on pensait justement qu'il s'agissait d'un des rares domaines où la France pouvait s'en sortir.  

A priori, la crise a pu amener les marges des entreprises à se contracter ce qui a directement impacté la R&D. C'est cela en effet qui touche les dépenses de l'innovation, et pas la baisse de la demande. Les entreprises déplorent la situation évidemment car ce sont les dépenses dans la R&D qui les feront vivre à moyen terme. Mais bien sûr pour beaucoup d'entreprises, l'objectif est de passer la cap du prochain trimestre…

Quel peut être l'impact pour l'économie française et la place de la France dans le monde d'une telle situation ? Sommes-nous en train de décrocher dangereusement dans l'économie de la connaissance ?

C'est désastreux. L'avantage compétitif d'un pays comme la France, c'est d'être capable de produire ce que d'autres ne peuvent pas faire, grâce à une longueur d'avance en matière de recherche. Cela ne vaut pas que dans la R&D, mais dans l'Education en général d'ailleurs. Mais si la France avait un espoir d'exister industriellement, c'était bien grâce à cela. Si la dynamique négative se confirmait, ce serait très grave.

L'informatique, l'électronique, mais surtout l'industrie pharmaceutique sont les secteurs qui contribuent le plus à ce déficit. Pourquoi la R&D dans ces domaines de pointe souffre-t-elle tant en France ?

Dans le cas de la pharmacie, on s'est inquiété que ce secteur ait pu gagner de l'argent, ce qui a été socialement assez mal considéré, ce qui a pu amener des conditions de plus en plus difficiles, des règles de sécurité encore plus sévères – notamment avec le principe de précaution – qui entraînent un allongement du temps nécessaire pour produire un nouveau médicament en France. Cela n'incite pas les firmes à investir dans la recherche.     

La sévérité plus grande des normes et des interdictions fait peur et freine sans doute de nombreux projets de recherche appliqués. Même dans la recherche appliquée, on se souvient qu'on a pu voir des champs d'OGM expérimentaux détruits sans beaucoup de réactions. Il y a donc un fond idéologique et réglementaire qui décourage l'expérimentation, notamment quand on connaît les sommes qu'il faut dépenser pour créer une molécule nouvelle.

Il y a aussi la question dans ces domaines de la délocalisation dans des pays comme l'Inde ou la Chine. Il y a de plus en plus de gens formés, de cerveaux, qui dans ces pays sont aussi capables que ceux que l'on peut avoir en France. Il est difficile d'estimer encore précisément l'impact, mais ces pays peuvent fournir un nombre considérable d'ingénieurs, même si la notion "d'ingénieur" est loin d'être la même dans tous les pays cependant.    

Crédit impôt recherche, prêts bonifiés de la Banque publique d'investissements, aides des collectivités... Pourquoi les nombreux dispositifs incitatifs à la recherche privée ne donne pas de meilleurs résultats ?

Toutes les entreprises sont unanimes pour dire que sans ces aides, leurs dépenses de recherche s'affaisseraient encore plus. Personne ne pense que ces mécanismes sont mauvais, et ils ont été repris aussi bien par le gouvernement actuel que par les précédents. Les mauvais résultats sont la résultante de plusieurs forces différentes qui n'indiquent en rien que ces dispositifs soient mal pensés.  

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 28/01/2014 - 18:02 - Signaler un abus Le différentiel

    Aurait on déjà viré ceux que l'on avait embauché avec la prime d' 'innovation ?

  • Par Liberte5 - 28/01/2014 - 19:18 - Signaler un abus Encore une preuve du déclin.

    Depuis 1975 la France a préféré investir dans l'embauche des fonctionnaires en ponctionnant les entreprises. Les hauts fonctionnaires dirigent le pays. Les résultats de cette incompétence et de cette incurie depuis bientôt 40 ans produit ses effets. La France a atteint un point de non retour. Pactes de ceci ou de cela n'y changeront rien. Le pays est touché au plus profond et les ressorts ont été cassés les uns après les autres.

  • Par Vinas Veritas - 28/01/2014 - 19:58 - Signaler un abus Recherche & Développement

    Il faut faire attention en matière de recherche car les entreprises ont naturellement tendance à financer de la recherche applicative et laissent à l'Université le soin de s'occuper du fondamental. C'est ici l'une des raison qu'a la Société (l'Etat) de financer une partie de cette recherche en demandant au secteur privé d'y participer (carottes et bâton) aussi. Les USA font ainsi en offrant des conditions aux chercheurs qui cherchent et trouvent parfois mais relarguent les incapables et les flemmards. . La France préfère depuis longtemps la stratégie de la stabilité du poste de chercheur titulaire bien mais pas trop payé puisqu'il n'a pas d'obligation de résultat tout en faisant faire le gros du travail ingrat par des doctorants en stages de qualification payés au tarif du stagiaire. Dans ce cas, hormis les essais et rapports nécessaires à l'obtention du diplôme, il ne faut plus s'étonner de la faible rentabilité de la recherche Française ici.

  • Par Loupdessteppes - 28/01/2014 - 20:10 - Signaler un abus Il exite d'autres analyses....

    La destruction d'emploi dans la recherche n'est-elle pas due au manque de résultats de cette "recherche" et d'une fonctionnarisation de la recherche (CNRS par exemple) qui par idéologie ou par par paresse s'éloigne de l'entreprise et la méprise. La recherche fonctionnarisée et politisée est-elle la solution du 21e siècle ?

  • Par ignace - 28/01/2014 - 21:08 - Signaler un abus @ Loupdessteppes sacré loup des steppes

    me monsieur explique le pourqoui de la baisse de la R0D et le loup, en profite aussitôt pour taper sur le CNRS qui n'est en rien cité dans l'article et qui de plus fait de la recherche fondamentale utile a la recherche appliquée Est ce que le CNRS est bien géré ? ce sera peut être le sujet d'un autre article......en attendant calmez vos problèmes avec les fonctionnaires (je ne l'ai pas été, mais cela ne m'aurai pas gênè)....il reste les roms, les musulmans, la gauche, la droite, le FN, le NPA pour se défouler !

  • Par çàcloche - 29/01/2014 - 05:51 - Signaler un abus on est à deux doigts de réussir à tuer nos entreprises

    que les politiciens reconnaissent leurs erreurs depuis 1975 date fatidique du déclin français avec embauche massive de fonctionnaires et un tiers du secteur industrielle a disparu.

  • Par un_lecteur - 29/01/2014 - 05:56 - Signaler un abus Logique

    Dans un pays qui refuse tout ce qui est nouveau, il est logique que la R et D soit en diminution. - recherches sur les OGM - recherches sur le gaz de schiste - e-cigarette - principe de précaution ... De plus avec un taux de marge des entreprises au plus bas y a plus de sous. Pour les jeunes qui veulent faire de la recherche, reste l'expatriation vers des pays plus ouverts sur l'avenir.

  • Par mich2pains - 29/01/2014 - 10:57 - Signaler un abus Au pays des BISOUNOURS , la G000CHE est reine !

    Quand on lit que : " L'avantage de la France , ç'est de produire ce que d'autres ne peuvent pas produire , grâce à une longueur d'avance en RECHERCHE et DEVELOPPEMENT " (sic) , ç'est ignorer superbement les capacités innovantes des pays émergeants (Chine , Inde , etc...) C'est ignorer la fuite de nos brillants jeunes chercheurs Français pour des raisons puremement FISCALES et à juste titre ! C'est ignorer que ce qui nous est présenté comme un "fantastique attrait " des étudiants Chinois pour nos Grandes Ecoles ( Centrale , Polytechnique , HEC , les Mines , SUPELEC etc...) n'est en fait , qu'une façon perverse de former ( à nos frais ) , nos futurs CONCURRENTS , en recherche et Développement ! Non seulement ils retournent dans leur pays d'origine après obtention de leur diplôme pour y mener leurs recherches et Développement au profit d'entreprises locales mais en plus , ces nouveaux produits y seront fabriqués aux coûts les plus bas ! Il y a sûrement des mesures à prendre , et d'urgence , pour inverser ce triste constat ; des mesures concrètes mais pas de la Démagogie !

  • Par la saucisse intello - 29/01/2014 - 11:53 - Signaler un abus Comme le dit si bien "Goustan le cruel".................

    "Le roi Arthur, c'est une curiosité, le monde entier nous l'envie !" Le C.N.R.S c'est pareil : Dans AUCUN PAYS au monde il n'existe un bazar où vous pouvez pantoufler 40 ans, venir bosser qd vous voulez, émarger à des salaires confortables sans JAMAIS publier une ligne qui mérite de paraître à un certain niveau ! Mais bon, si on me dit que ça sert à quelque chose, moi, vous savez..................

  • Par vangog - 29/01/2014 - 21:32 - Signaler un abus "Trop d'aides tue l'aide"

    Et voilà! Les socialos viennent de démontrer par la pratique, un nouvel axiome s'appliquant à toute politique socialiste. Puisqu'il est admis que ce sont les gauchistes qui croient réguler l'Economie, la recherche, l'emploi, la finance par une multiplication anarchique des aides et des réglementations stupides. Le principe de la courbe de Laffer s'applique à tous les domaines où les gauchistes mettent leur nez et les pitoyables explications de cet HEC n'y feront rien: Ce n'est pas la crise qui diminue les budgets recherche (car ils ne diminuent pas dans les autres pays), mais c'est bel et bien le socialisme qui tue la recherche, par son effarante propension à vouloir la régenter. Et la, ça fait mal à la France et à ses générations futures! Car l'avance technologique était le seul atout qui restait à la France pour pouvoir concurrencer les économies déloyales. La Chine et les émergents se frottent les mains, à l'idée que les Français aient mis au pouvoir de tels benêts... "Que la recherche française repose en paix, le socialo-communisme vient de la détruire!"

  • Par lècrikitu - 30/01/2014 - 21:41 - Signaler un abus WANTED!!!!

    Surtout dans la recherche d'emploi...

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Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

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