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Pourquoi le débat sur la transition énergétique est mal posé

Alors que le débat sur la transition énergétique débute ce jeudi, il est important de rappeler que les décisions concernant l'énergie en France ne doivent pas être prises à chaud mais faire suite à la consultation de scientifiques et d'experts qualifiés.

Discussions vertes

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Atlantico : Le débat sur la transition énergétique débutera le 29 novembre prochain. Cette grand-messe, qui est censée se faire avec "l'ensemble des parties prenantes" (associations, entreprises, État et collectivités locales) peut-elle aboutir malgré le gouffre idéologique qui sépare les différents intervenants ?

Stephan Silvestre : Que ce soit le nucléaire, le gaz de schiste, les éoliennes, l’automobile ou encore les lignes à haute tension, les sujets énergétiques sont toujours très passionnels en France. Sur chacun des dossiers, les clivages sont forts entre les parties prenantes et les pouvoirs publics sont écartelés entre les enjeux économiques, sanitaires, sociaux et environnementaux.

L’énergie sert à organiser la matière, donc à créer, produire. Pour les écologistes, elle est donc fondamentalement synonyme de productivisme, consommation et pillage des ressources. En conséquence, la transition énergétique ne peut passer que par une diminution du recours à l’énergie.

En face, pour les industriels, et avec eux les syndicats, elle est synonyme de création de valeur : pour croître, il faut de l’énergie, même si on améliore l’efficacité énergétique (production par unité d’énergie). La transition est envisageable, mais en la planifiant dans le temps et à condition de ne pas dégrader la productivité.

Les collectivités territoriales, elles, souhaiteraient ménager la chèvre et le chou : tenir compte des aspirations de leurs administrés à une meilleure qualité de vie, tout en favorisant l’activité économique locale.

Quant à l’État, outre les problèmes de financement, il doit en plus intégrer des aspects de santé publique, que les gouvernements traitent toujours à travers le prisme déformant de l’affaire du sang contaminé. Enfin, il doit aussi tenir compte de l’indépendance énergétique, point majeur de souveraineté nationale.

En dehors de quelques points particuliers, comme l’amélioration de l’efficacité énergétique ou le soutien à la recherche, il n’y aura donc pas de consensus et le gouvernement devra trancher sur chaque dossier, suscitant immanquablement des mécontentements.

Des associations comme "Greenpeace" et "Les amis de la terre" ont claqué la porte tandis que Pascal Colombani a dû être remplacé par Georges Mercadal et Michel Rollier. Cela révèle-t-il une certaine immaturité de la société française sur les enjeux énergétiques ?

Georges Mercadal a une longue expérience dans l’urbanisme et le bâtiment et saura analyser ce qui est envisageable dans ce domaine. Michel Rollier, ex-PDG de Michelin, pourra, lui, se prononcer sur les enjeux de l’industrie automobile. Cela rééquilibre le comité de pilotage. Quant au départ sous la pression de Pascal Colombani, un grand industriel qui a énormément contribué au développement de l’industrie et de la technologie énergétiques françaises,  il dénote un obscurantisme inquiétant. Les choix stratégiques dans l’énergie, de même que pour les OGM ou les nanotechnologies, ne peuvent pas être faits sans l’avis des spécialistes, qui peuvent déterminer les limites des technologies ainsi que les conditions dans lesquelles elles peuvent être mises en œuvre.

Par exemple, Pascal Colombani a contribué au lancement du réacteur ITER. La fusion nucléaire pourrait un jour permettre l’accès à une électricité abondante et pour ainsi dire sans combustible. Couplée à l’électrolyse de l’eau, elle permettrait la production massive d’hydrogène, un possible substitut aux carburants hydrocarbonés. Est-il raisonnable de statuer sur un tel dossier sans l’avis d’un scientifique ? Les périodes de l’Histoire durant lesquelles on a enfermé des scientifiques ne sont pas celles du meilleur épanouissement de l’Humanité.

 
Commentaires

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  • Par yt75 - 29/11/2012 - 10:16 - Signaler un abus Bataille et l'énergie

    Texte de Bataille (Georges) sur l'énergie : "Essentiellement la richesse est énergie, l'énergie est la base et la fin de la production" http://iiscn.wordpress.com/2011/05/06/bataille-et-lenergie/

  • Par Manso - 29/11/2012 - 13:34 - Signaler un abus Pourquoi faire simple...

    Ce débat est en effet mal posé, car il ne semble pas que l'on y abordera la question démographique. Et pourtant, l'opportunité de l'arrivée d'environ 10 millions de français supplémentaires d'ici à 2050 pose question. Certes, il est possible de décroître la consommation énergétique tout en continuant à augmenter le nombre de consommateurs, mais c'est vraiment aller au devant de grosses difficultés. La piste la plus prometteuse serait celle d'une "Démographie Responsable", piste d'ailleurs plébiscitée par nos concitoyens.

  • Par kettle - 29/11/2012 - 18:53 - Signaler un abus 25 millions

    "l'arrivée d'environ 10 millions de français supplémentaires d'ici à 2050 pose question." --- + 25 millions est prevu.

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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