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Pourquoi le débat sur la fin de vie à l’Assemblée nationale confirme, en cinq raisons, qu’il ne faut surtout pas remettre en cause la loi Leonetti

Les députés ont commencé à débattre sur la fin de vie mercredi 21 janvier. L'initiative lancée par François Hollande il y a deux ans semble pourtant davantage répondre d'une position dogmatique que d'un besoin réel.

Démonstration

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Pourquoi le débat sur la fin de vie à l’Assemblée nationale confirme, en cinq raisons, qu’il ne faut surtout pas remettre en cause la loi Leonetti

Les députés ont commencé à débattre sur la fin de vie mercredi 21 janvier.  Crédit Reuters

 

1/  Ce n'est pas prioritaire pour les Français

Ni pour les députés ! Le "grand débat" solennellement annoncé a commencé avec moins d’une centaine d’entre eux dont la plupart se sont vite éclipsés. Ils n’étaient que vingt à rester jusqu’à son terme, malgré la richesse des interventions. Le Premier ministre lui-même n’a assisté qu’à la première partie.

En ces temps de crise économique, sécuritaire et identitaire, les Français plébiscitent des thèmes plus urgents (emploi, logement, santé, sécurité…). Et cette question cruciale de la fin de vie réclame par ailleurs d'autres réponses prioritaires. Les études sociologiques sérieuses (par exemple celle de l'espace éthique de Picardie) montrent que, quand les Français réfléchissent à la fin de vie, pour eux-mêmes, pour leurs proches ou en se mettant dans la posture du soignant, les défis à relever sont essentiellement : la lutte contre la solitude, le traitement ajusté de la douleur, l'accompagnement et le soutien aux aidants.

Pourquoi devrions-nous la laisser sans cesse parasiter par le sujet artificiel et à hauts risques de l'euthanasie ? La priorité est à une aide, non pas à mourir, mais à vivre. Tant que l'accès aux soins palliatifs n'est pas garanti pour tous ceux qui en ont besoin dans toute la France, conformément à la loi, le débat sur la fin de vie est biaisé. Ce n'est donc pas le moment d'insécuriser notre système de santé, ni de générer des angoisses inutiles, ni de fragiliser la confiance entre soignants et soignés, qui est fondée sur l'interdit de tuer. La seule priorité consensuelle qui ressort des débats, c'est la généralisation des soins palliatifs.

2/ Ce débat génère un flou dangereux

Le libellé de la promesse 21 du candidat Hollande - où le mot euthanasie brillait déjà par son absence - est conçu pour permettre toutes les interprétations. Sur un sujet déjà sensible et complexe, les concepts ajoutés de "maintien artificiel de la vie" ou "sédation profonde et continue jusqu'au décès" se révèlent en pratique particulièrement ambigus. Les exposés des parlementaires sur ces formules le confirment. Le professeur Bernard Debré a tenté de le montrer. Mélanger des sédations légitimes (exceptionnelles, en principe réversibles et qui n'ont pas comme intention de provoquer la mort) aux sédations euthanasiques, qui ont comme objet de provoquer la mort par l'arrêt simultané d'alimentation et d'hydratation, aggrave ce flou. L’idée qu’il faudrait garantir aux personnes de "mourir en dormant" peut séduire, dans une société où l’idée de l‘agonie est devenue insupportable. Mais la sédation proposée conduirait inévitablement à endormir pour faire mourir, grâce à l’arrêt simultané d’hydratation. La ligne rouge serait ainsi franchie, l’air de rien. Cette "euthanasie masquée" est d'autant plus dangereuse qu’on joue sur les mots. L'objection de conscience pour les soignants n'est d'ailleurs pas envisagée puisque l'euthanasie est niée... Même l’Ordre national de médecins rentre dans ce jeu, contredisant en passant l’Académie de médecine... Dans une salade empoisonnée, ce qui est bon est utilisé comme appât pour faire avaler ce qui est mortel. Cette façon d'éviter "les mots qui fâchent", selon l’intention de Manuel Valls, est particulièrement insidieuse en démocratie quand elle aboutit à noyer des convictions dans des interprétations incertaines. Le gouvernement tente-t-il de piéger les opposants à l'euthanasie, comme s’ils devaient se satisfaire de défendre une ligne Maginot pour empêcher les mots euthanasie et suicide assisté de passer, en laissant les maux qu'ils définissent envahir la société par contournement, en se déguisant ?

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 23/01/2015 - 19:41 - Signaler un abus Hypocrisie

    Ma mère avait 88 ans quand elle a appris qu'elle avait un cancer généralisé. Elle a eu de la chance : la morphine était efficace : presque pas de douleur. Elle a passé trois mois au lit : elle n'avait plus la force de bouger, et perte quasi totale de l' appétit : un demi bol de soupe et une demi tranche de pain, c'était son repas. Ayant vécu ainsi ''grabataire'' et perdu une vingtaine de kg, elle n'a pas eu ensuite le courage, ni vu l’intérêt, de vivre encore trois mois supplémentaires : ''attendre patiemment la mort'' ? Perdre encore 20 autres kg, et devenir un ''cadavre super-léger'' ? Voir encore une centaine d'épisodes des ''Feux de l'Amour'' ? Comme elle avait la chance de vivre en Belgique, elle a demandé l'injection létale, ce qui fut fait. A lire cet article, on voit que pour ce médecin, la grande question, c'est : ''je ne veux pas tuer le patient, je le laisse seulement crever de soif, en sédation terminale, en deux jours''. Hypocrisie totale ! Personnellement, je ne trouve pas que la différence vaille la peine d'en discuter.

  • Par Ganesha - 23/01/2015 - 19:46 - Signaler un abus Liberté Humaine

    La France doit, comme le reste du monde civilisé, accepter de respecter la volonté des patients. Pour les chrétiens, le suicide est un péché, c'est ' ''outrepasser la volonté divine'',pour les citoyens, c'est tout simplement une ''liberté humaine'', un droit.

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Tugdual Derville

Tugdual Derville est l’un des porte-parole nationaux de Soulager n’est pas tuer. Il est également l'auteur de La Bataille de l’euthanasie aux éditions Salvator, en 2012. 

 

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