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Pourquoi le coup de théâtre au Yémen est loin de signifier la fin du conflit avec l’Arabie saoudite

L'ancien président Ali Abdallah Saleh a tendu la main à Riyad qui se frotte les mains en voyant l'opportunité d'affaiblir la rébellion houthiste.

Main tendue

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Pourquoi le coup de théâtre au Yémen est loin de signifier la fin du conflit avec l’Arabie saoudite

Atlantico : Saleh a tendu la main à l'Arabie Saoudite  et prend ses distances avec les rebelles houtis sur fond de heurts à Sanaa. Pourquoi ce revirement et comment l'interpréter Comment interpréter ce revirement de la part de l'ancien président

Alexandre Del Valle : Ali Abdallah Saleh l'ancien président du Yémen a combattu les Houthis pendant longtemps. Tactiquement il s'est rapproché des Houthis lorsqu'il a  été victime des printemps arabes et qu'il a dû abandonner le pouvoir. Jusqu'à il y a quelques jours il y avait donc une alliance avec les bataillons de l'ancien président contre le président en exercice actuellement et le pouvoir sunnite du Yémen. Mais comme cette guerre n'en finit plus et qu'il y a une coalition qui continue ses bombardements extrêmement violents, il faut trouver une issue à cette situation.

Ainsi il y a  eu des pourparlers entre MBS, les Emirats arabes unis et Ali Saleh. Un accord a été trouvé, il pourrait changer de camp contre une prise en compte du fait que sur le terrain il représente un allié de poids et une force incontournable. Le but de Saleh est de reprendre le pouvoir en totalité ou en partie. Ce revirement d'alliance était prévisible, il n'est jamais que revenu à sa stratégie traditionnelle de revirement d'alliance pour ses intérêts propres. Au final c'était même l'alliance avec les Houthis qui était plus surprenante. Même si il est chiite, il est d'abord un nationaliste. N'oublions pas que c'est lui qui a réunifié le pays. En tant que nationaliste voir cette division dans le pays le gêne et la rebellion houthiste a récemment accentué la dimension chiite de leur combat et objectifs allant jusqu'à prendre d'assaut la mosquée Salef, construite par Saleh à sa propre gloire. Saleh n'a certainement pas envie de voir Sanaa devenir la succursale de l'Iran.  Il va maintenant se poser en tant que force incontournable et faire comprendre aux Saoudiens qu'il fallait mieux l'avoir avec eux que contre eux. Dernière chose qu'il faut encore ajouter pour comprendre la situation, ce revirement d'alliance pourrait permettre également à Saleh d'assurer l'avenir de son fils qui est réfugié aux Emirats arabes unis et qui pourrait un jour devenir l'homme fort du pays avec l'aide de l'Arabie Saoudite et des EAU. 

Quelles pourraient être les conséquences de cette main tendue sur le conflit et la réaction des Houthis à ce revirement d'alliance ?

Les conséquences peuvent être favorables pour MBS, les Emirats et de manière générale ceux qui ont appuyé la coalition contre les Houthis. Pour le camp sunnite anti houthiste c'est une bonne nouvelle vu qu'ils sont affaiblis. C'est une victoire pour le camp sunnite en général. Les Houthis moins fort seront peut être obligé de composer. Cela peut changer la donne mais ils restent forts dans leur bastion.

Si la guerre civile continue elle aura l'air beaucoup plus de se faire entre Sunnites et Chiites.

Comme la guerre s'enlisait et que la coalition n'a pas réussi à mater la rébellion Houthis l'idée c'est de trouver n'importe quelle solution pour les déloger. Ali Saleh essaye de jouer son retour mais le pouvoir en place n'est pas prêt d'accepter de laisser la place à celui qui a été dégagé il va se passer quelques années avant de voir un Yemen apaisé.

Et plus largement vu que Saleh est connu pour être un adepte du revirement d'alliance est-ce que ne commence pas aussi un jeu de tractations et de surenchère ? Jusqu'où cela pourrait aller ?

Il n'est pas exclu que Saleh change encore de tactique et revienne encourager les Chiites s'il n'a pas ce qu'il veut. Il joue soit une sortie dorée ou un retour mais s'il n'obtient pas ce qu'il veut comme la dernière fois avec son alliance houthiste il est capable de refaire la même chose et de les rejoindre une nouvelle fois.

 
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  • Par Marie-E - 04/12/2017 - 16:47 - Signaler un abus l'ex président

    Ali Abdallah Saleh est mort. Il aurait été tué par des rebelles houthis. Cela va chauffer chez les chiites yéménites. Il était chiite et tué par ses anciens alliés chiites. Un coup pour rien pour l'AS.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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