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Pourquoi les conservateurs et les gens de droite trouvent souvent plus facilement un sens à la vie que les progressistes et les gens de gauche (et ce sont des scientifiques qui le disent)

Selon une étude conduite dans 16 pays différents par des chercheurs américains, les individus de droite et donc plus conservateurs seraient plus à même de trouver un sens à leur vie que les libéraux de gauche.

Le tout politique

Publié le
Pourquoi les conservateurs et les gens de droite trouvent souvent plus facilement un sens à la vie que les progressistes et les gens de gauche (et ce sont des scientifiques qui le disent)

 Crédit MYCHELE DANIAU / AFP

Atlantico : Plusieurs études tendraient à prouver que les personnes de droite seraient plus positives et plus à même de trouver un sens à leur vie que celles de gauche.  A quoi cela peut-être dû ? L'explication se limite-t-elle au fait que les conservateurs aspirent à un modèle plus traditionnel (mariage, famille, enfants) alors que les individus de gauche auraient plus de mal à être satisfaits de la société en général ? 

 
Pascal Neveu : Le problème central dans des études comme celles-ci repose sur le fait qu’on puisse imaginer une psychologie de la personne à travers le seul prisme de l’opinion politique.
 
Il serait trop facile de conclure qu’il existerait d’un côté des conservateurs plus intelligents, meilleurs et plus moraux, et d’un autre côté des gens de gauche plus ignorants et négatifs. Comme s’il existait une psychologie politique fortement clivante au sein de notre société, à travers cette question : lequel est le meilleur ?
La nuance est beaucoup plus importante entre individus libéraux, conservateurs, de gauche…
Cependant, l’étude menée reste intéressante avec le regard de la psychosociologie.
 
La plupart de ces données ont été collectées avant 2016 et en dehors des États-Unis
En effet, il s’agit là d’une étude portant sur des personnes de 16 pays différents menée par l'Université de Californie du Sud et l'Université de l'Utah.
 
Les chercheurs ont trouvé que les conservateurs ressentaient vivre plus de sens et de raison d'être positive que les libéraux.
Une série de cinq études ont reproduit les mêmes résultats.
Par exemple, dans les ensembles de données de plusieurs pays au début des années 1980, dans un autre ensemble représentatif d'Américains en 2007 et dans les données recueillies entre 2010 et 2017, les chercheurs ont trouvé que les conservateurs ont ressenti au fond d’eux une vie plus « significative ».
 
Dans d'autres ensembles de données prises à la fin de chaque jour pendant deux semaines, les conservateurs étaient également plus susceptibles de penser que leurs vies avaient « un sens clair de but » à un moment donné.
 
Dans une autre analyse, on découvre que les conservateurs dits « sociaux » plutôt qu’ « économiques » étaient particulièrement susceptibles de trouver un sens à leur vie, sans lien avec une quelconque « religiosité », une croyance plus ardente en Dieu.
 
Ce qui serait en jeu, ce serait donc davantage l’impression de vivre sa vie de la façon dont les choses devraient être, plutôt que le vrai ressenti de « bonheur ».
Par exemple, les chercheurs pensent qu’une nouvelle étude depuis l’élection du Président Américain Donald Trump aurait pour effet que les libéraux pourraient trouver la vie encore moins significative qu'avant.
 
 

Si la seule opinion politique d'un individu ne permet pas de prévoir sa capacité à être heureux, celle-ci peut-elle l'affecter ? Au même titre qu'une augmentation de salaire par exemple ? 

 
Les réactions émotionnelles, les comportements lors de résultats électoraux en disent déjà long sur « l’humeur » des gagnants et des perdants la durée d’une mandature.
L’étude fait ressortir les caractéristiques suivantes : les conservateurs ont tendance à être plus heureux que les individus de gauche, et sont plus heureux dans leurs mariages.
Pour autant, la question centrale de cette étude repose avant tout sur la notion de bonheur et sa définition.
Car le bonheur reste une notion floue, très subjective même s’il semble exister des liens entre bonnes conditions de vie et bonheur de vivre, et notre relation à l’angoisse de notre vie.
 
Concernant l’impact de l’argent, l’un des auteurs de l’étude présente deux chiffres : on passerait du statut de « libéral modéré » à celui de conservateur modéré en gagnant 90 000 $ plutôt que 60 000 $ !
 
Il est vrai qu’une étude menée sur plus d'un million de personnes et publiée dans le journal Nature s'est intéressée à la corrélation existante entre l'argent et le bonheur. Si l'étude menée en 2012 par l’économiste Angus Deaton et le psychologue Daniel Kahneman avait déjà établi la corrélation entre les deux, celle-ci a réussi à déterminer la limite de cette corrélation appelée « point de satiété » et qui s'établirait à 105 000 dollars annuel aux Etats-Unis.
 
Une augmentation de salaire est une sorte de récompense, et on peut y retrouver les restes inconscients de l’enfant alors heureux.
Ces moments de plaisir sont éphémères si les angoisses de notre quotidien ne sont pas liquidées.
 

Si les personnes conservatrices sont plus positives, quels pourraient être les traits de caractères d'un individu plus à gauche ? Et, dans certains cas ces traits-là ne s'inversent-ils pas ?   

 
Il est impossible de prédire le sens de la vie d'une personne simplement en connaissant son orientation politique.
Être de gauche ne revient pas systématiquement à souffrir de sinistrose !
Pourquoi les conservateurs pourraient-ils ressentir davantage de « bonheur » ?
 
L’étude montre que les conservateurs ont tendance à faire le genre de choses qui mènent au bonheur, comme se marier, avoir des enfants et aller à l'église.
Les conservateurs sont plus susceptibles d'avoir le sentiment qu'il y a un ordre dans leur vie, mais un engagement envers l'ordre donne aussi aux gens un sens plus positif.
En effet, ils vivraient ainsi des ressentis plus « auto-valorisants ».
 
La tendance est alors grande à se dire à quel point notre vie est meilleure et à minimiser les aspects négatifs.
Mais l’étude montre que ce sont les « libéraux » qui agissent beaucoup plus dans leur vie afin de devenir plus heureux, même s'ils disent qu'ils ne le sont pas.
 
Un des chercheurs a découvert dans une étude que les personnes investies dans des causes sociales étaient plus susceptibles de montrer un véritable sourire «  Duchenne », un « sourire des yeux » et d'utiliser des mots positifs dans leur discours.
Finalement, chacun son « culte » afin de se rendre heureux.
 
Aussi, il me semble important de ne pas tomber dans les caricatures faciles dès que sont abordés des sujets de discussion sur les « conservateurs » et les « libéraux ».
Tous les conservateurs ne sont pas des « suiveurs de Dieu » et tous les libéraux ne haïssent pas Dieu ni tous bobos !
En revanche il est vrai que les conservateurs ont tendance à penser que le monde est ce qu'il devrait être selon eux. Ils sont plus résistants aux changements culturels, tels que l’évolution des droits des « minorités ».
 
Les libéraux, quant à eux, évaluent souvent pourquoi les choses ne semblent pas justes, pourquoi la vie de certaines personnes n'est pas aussi bonne que celle des autres.
 
Aussi, une fois que l’on commence à questionner les choses, sa propre vie et la vie des autres, mais aussi le tryptique de la liberté, l’égalité et la fraternité, beaucoup de choses apparaissent moins positives dans la vie.
 
Tel est si bien qu’un des chercheurs (Ditto) a spéculé que « la barre pour le sens dans la vie pourrait juste être plus basse pour les conservateurs. »
Il serait naïf de nier des traits communs, mais il ne faut pas sombrer dans des stéréotypes susceptibles de diviser encore plus notre société.
Plus que des traits de caractère, il s’agirait davantage d’une « humeur de vie »… modulable.
 
Commentaires

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  • Par adroitetoutemaintenant - 31/07/2018 - 11:03 - Signaler un abus Qu'il est dur d'être con!

    Plusieurs études ont montré que les gens de droite avaient un QI supérieur!

  • Par Olivier62 - 31/07/2018 - 13:35 - Signaler un abus Valeurs absolues et valeurs relatives

    Il est toujours difficile de généraliser, mais il me semble que l'homme de droite se définit par le respect de certaines valeurs et des données du réel, à l'inverse de l'homme de gauche qui est surtout animé par une vision utopique et idéaliste des choses. Le problème est que cet idéal est mouvant et totalement déterminé par la société, d'où la soumission inquiétante de l'homme de gauche aux slogans et aux dérives de la société qu'il n'a pas les moyens idéologiques de contrecarrer.

  • Par Rocla - 31/07/2018 - 14:38 - Signaler un abus Conclusion bizarre

    C'est bien joli de dire plusieurs au cours de l'article que l'on ne peut pas réduire la capacité au bonheur aux orientations politiques mais dans ce cas, pourquoi conclure que les progressistes mettent la barre plus haut pour être heureux, comme si les conservateurs n'étaient pas exigeants. Tout juste si l'auteur n'a pas mentionné que les gauchistes avaient un idéal humain et altruiste tellement élevé qu'ils étaient moins heureux que ces monstres de conservateurs cathos qui votent à droite. Cette remarque était déplacée car trop hâtive. Toutes les autres études qui comparent ces catégories de personnes (conservateurs croyants ou libéraux contre athées ou étatistes concluent sur des éléments qui ne militent pas sur cette conclusion de l'auteur

  • Par J'accuse - 31/07/2018 - 15:32 - Signaler un abus Droite et gauche, ça n'existe pas dans la réalité

    Les seuls à être artificiellement de droite ou de gauche sont les politiciens et une infime minorité de gens politisés. Les raisons pour lesquelles les citoyens votent pour des étiquettes droite ou gauche (outre qu'ils n'ont pas le choix !) n'ont rien à voir avec leur capacité à être heureux. Il n'y a ni progressiste ni conservateur, seulement des gens qui veulent vivre le mieux possible, et se font duper par des escrocs qui prétendent que leur vie sera meilleure s'ils votaient pour eux.

  • Par Jean Dutrueil - 01/08/2018 - 15:41 - Signaler un abus et si les métiers des conservateurs avaient plus de sens?

    Les scientifiques pourraient vérifier de manière objective la plus grande joie des conservateurs en comparant les métiers qu'ils font (et ou l'on passe 70% de son temps) avec ceux des libéraux. Les conclusions ne m’entonneraient pas si elles déduisaient que les métiers pratiqués par les conservateurs contiendraient d'avantage de sens que ceux pratiqués par les libéraux ( comme la pub, le commerce ou l'événementiel). En effet j'ai été surpris lors de mes soirées "conservatrices" de rencontrer un très grand nombre de personnes se sentant utiles pour la société: militaires, ingénieurs, avocats, infirmières, médecins, vétérinaires, kiné, orthophonistes, etc. Des métiers plus sexués aussi: les hommes se tournant vers des carrières relatives à la puissance, les jeunes femmes tournées vers les métiers interpersonnels notamment ceux relatif à la santé

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Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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