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Pourquoi Barbie n'a plus la cote

Les ventes de poupées Barbie, qui représentaient 30% du chiffres d'affaire de l'entreprise Mattel dans les années 2000, n'en représentent plus que 20% aujourd'hui.

Poupée de cire, poupée de son

Publié le - Mis à jour le 2 Mai 2013
Pourquoi Barbie n'a plus la cote

Les ventes de poupées Barbie ont baissé ces 10 dernières années. Crédit Reuters

Atlantico.fr : Les ventes de poupées Barbie ont baissé ces 10 dernières années. Elles représentaient 30% du chiffres d'affaire de l'entreprise Mattel dans les années 2000, aujourd'hui ce n'est plus que 20%. Comment expliquer que les petites filles délaissent ce jouet fétiche ?

Vincenzo Susca : Icône d’un age de l’innocence de la culture occidentale, Barbie a cristallisé, à partir des années 60, la synergie alchimique entre la beauté, le bonheur et le jeu dans le cadre d’une société animée par un enchantement généralisé, non plus visé au politique, au religieux ou à l’économie politique stricto sensu, mais au quotidien en tant que cadre extra-ordinaire d’une vie ludique et joyeuse imprégnée par le rêve, la fête et une théâtralisation de l’existence.

En inversant l’esthétique des poupées qui l’avaient précédée, elle se fait corps et image d’une candeur sans souci, taches ou plies. En effet, en analysant tant les poupées-jouets pour enfants de la fin du XIXème et du début du XXème, que les créations surréalistes de Hans Bellmer, nous nous apercevons de la présence, en elles, d’éléments étranges, voire inquiétants, témoins d’un rapport à l’inorganique marqué par un sentiment méfiant, exprimant le malaise moderne  vis-à-vis de la mort. Barbie, avec d’autres figures de la société du spectacle et de la consommation, initie ses contemporains à un rapport inédit avec cet univers imaginaire jusqu’alors en quelque sorte refoulé, mais elle le fait par inversion des valeurs et des formes plutôt que par l’affirmation d’une splendeur de l’ombre. Bien en accompagnant et en sachant même anticiper les formes esthétiques et éthiques du vécu métropolitain – elle sera, selon les époques et l’air du temps, docteur, enseignante, jockey, vétérinaire, hôtesse de l'air, Chevalier du Roi, Première-Dame, musulmane, lésbienne, célibataire… – ses formats ne prévoient pas, sinon pour des rares exceptions, des rides, des imperfections et d’autres signes aptes à valoriser l’aspect tragique et ténébreux de l’existence, ainsi que le sex appeal le plus sordide de l’inorganique.

La mort est en quelque sorte ici intégrée par négation, alors que l’imaginaire actuel va la privilégier, jusqu’à la sacraliser et à la célébrer, dans une sorte d’épiphanie festive aux allures carnavalesques. D’où peut-être une certaine obsolescence de la poupée Mattel, qui reste et restera en tout cas un archétype fondateur de notre culture, si bien qu’elle est déjà un objet de culte pour des collectionneurs, qui la gardent comme une œuvre précieuse constituant une des matrices de notre monde.

Les fillettes d'aujourd'hui peuvent-elles encore se retrouver en Barbie ? Quelles sont les poupées qui la remplacent ?

Barbie reste, justement, en tant que fond et que base imaginaire qui se prête au morphing, à la modification, à la chirurgie esthétique. En un mot, à la mutation caractérisant à la fois la culture numérique et le vécu urbain en tant que jeu de masques. Un jeu où le gore, le punk et ce qui renvoie à l’horreur est associé à l’univers ludique, ainsi qu’hybridé et contaminé avec les signes typiques de l’univers enfantin. Il suffit de rentrer dans les magasins de jouets pour enfants et pour adultes pour le constater, ainsi que de voir quels sont les jeux-vidéos et les dessins animés le plus à la mode : la poupée se fait zombie, vampire ou sorcière.

 
Commentaires

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  • Par Thot7 - 30/04/2013 - 18:28 - Signaler un abus parce que :

    Lorsque Barbie a vu le jour, les petites filles transposaient leur désir de féminité sur une poupée "vulgaire", que certains parents ne voulaient d'ailleurs pas acheter à leur petite fille. Mais aujourd'hui, elles n'ont plus besoin de "transférer" car dès 10 ans certaines gamines ressemblent déjà à Barbie.

  • Par Ravidelacreche - 30/04/2013 - 18:37 - Signaler un abus Pourquoi Barbie n'a plus la cote

    Le nom n'est pas très porteur. :o)

  • Par Le gorille - 30/04/2013 - 23:51 - Signaler un abus Poupée ? Ringard !

    Comment ? Vous parlez de poupées ? Mais vous êtes ringard ! Et une poupée sexuée qui plus est ! A l'opposé de la directive peillon, du vote socialiste Aspectgazé ! Il n'y a plus que des androgynes : pas de féminin, pas de masculin, que du neutre... Donc la poupée Barbie au bûcher ! Comme les sorcières !

  • Par jerem - 01/05/2013 - 00:02 - Signaler un abus la faute a zahia

    evidemment

  • Par issoire14 - 01/05/2013 - 09:35 - Signaler un abus Bien compliqué...

    Pourquoi ces phrases kilométriques et ce langage abscons pour évoquer cette poupée bien sympa, qui a bercé l'univers de tant d'enfants? "Bien en accompagnant et en savant même anticiper..." écrit M. Susca. Désolé, mais on dit "en saCHant anticiper..."

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Vincenzo Susca

Vincenzo Susca est maître de conférences en sociologie de l’imaginaire à l’Université Paul-Valéry (Montpellier III) et chercheur au Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien de la Sorbonne (Paris).

Son dernier ouvrage s'intitule Joie Tragique. Les formes élémentaires de la vie électronique (CNRS éditions, Paris).

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