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Pourquoi la Banque de France pense qu’il y a nettement trop de banques dans la zone euro

Trop de banque tuerait la banque dans la zone euro ? C'est l'opinion des Français... et des Allemands.

Surpopulation

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Pourquoi la Banque de France pense qu’il y a nettement trop de banques dans la zone euro

Qui donc a dit : « L’Europe souffre encore de capacités excédentaires en matière bancaire et une consolidation transfrontière est nécessaire. Aux États-Unis, la part de marché des cinq premières banques représente plus de 40 %, contre 20 % à peine en Europe… De plus, nous atteignons le stade en Europe où le fait de faciliter des fusions transfrontières saines et bien conçues pourrait effectivement améliorer la stabilité financière. Cela permettrait aux banques de mieux diversifier leurs risques, de réaliser des économies d’échelle et de gagner en efficience.

Et comme nous avons renforcé la surveillance et la résolution uniques des établissements importants, nous ne devrions pas craindre le problème du « trop grand pour faire faillite ». La consolidation transfrontière favoriserait une allocation plus efficiente de l’épargne vers les investissements productifs en Europe et elle améliorerait la position des banques européennes en termes de compétition internationale. »

Réponse : François Villeroy de Galhau, Gouverneur de la Banque de France et membre du Comité des Gouverneurs de la Banque centrale européenne !

Est-ce donc que le Gouverneur de la Banque de France voudrait que la Société générale soit achetée par une banque espagnole ? Très peu probable, surtout aussi directement. Ou bien veut-il qu’elle en achète d’autres en Italie ? Pourquoi pas, ce sera plus facile à « vendre » (au moins en France) ? Tout comme le Crédit Agricole et la BNP : faites des emplettes hors de France ! Possible, mais il risque quand même de se faire beaucoup critiquer, alors qu’il est plus général dans ses remarques (et bien plus prudent). Alors, ce seraient aussi les banques espagnoles, ou plus précisément les deux grandes (BBVA et Sandander), qui sont décidément énormes, qui devraient acheter hors de la péninsule ? Possible, mais politiquement dangereux s’il précise trop, là encore, ses idées. Est-ce qu’il pense à l’Italie, pour y acheter des banques en difficulté et ainsi les sauver ? Pourquoi pas. A un autre pays aussi ? Pourquoi pas ? Lequel ? Pourquoi pas l’Allemagne ! Quoi !!!

De fait, le système bancaire en zone euro se structure : 2 379 banques en 2016 en termes consolidés, 2 290 en 2017, un quart de moins depuis 2008. Et si on prend leur nombre absolu, hors groupes, on compte 5 454 institutions de crédit fin 2015, 5 054 fin 2016 et 4 780 en novembre 2017. Sur ce dernier chiffre, on en compte 553 en Italie bien sûr, 345 en Irlande et 268 en Finlande (quand même !), et plus surprenant 572 en Autriche et surtout 1 631 en Allemagne ! L’Allemagne abrite ainsi 34% du nombre de banques de la zone pour 29% de son PIB, et l’Autriche fait mieux encore, avec 12% de leur nombre pour 3,2% de son PIB !

Mais dire « trop de banques en zone euro » n’est pas le monopole du Gouverneur de la Banque de France. Bien avant, le 31 mai 2017 à Berlin, Sabine Lautenschläger, Gouverneur de la BCE et Vice-Présidente de l’instance de supervision de la BCE, et Allemande, note les « coûts très élevés » des banques allemandes. Elle les invite à « économiser intelligemment », à faire payer aux clients des commissions et pas seulement des taux d’intérêt, et aussi à se concentrer. Avant la crise de 2008, il y avait 2600 banques coopératives en Allemagne, il en reste 972… et c’est encore trop, banques coopératives ou non. « La concentration est nécessaire », ajoute-t-elle.

 
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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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