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Pourquoi la baisse des marchés financiers pourrait bien être une très bonne nouvelle (si vous aviez peur de la stagnation séculaire et de l’ère de la croissance molle, cet article est pour vous)

La récente chute boursière semble traduire une remise en cause de la "stagnation séculaire."

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Pourquoi la baisse des marchés financiers pourrait bien être une très bonne nouvelle (si vous aviez peur de la stagnation séculaire et de l’ère de la croissance molle, cet article est pour vous)

Dans quelle mesure la récente chute boursière de ce début février, entre autres raisons, pourrait révéler une perte de "croyance" des marchés financiers concernant le thème de la "stagnation séculaire" - une période de croissance anémique et de faible inflation- qui semblait dominante dans le marché. Quels sont les signes pouvant justifier une telle approche ?  

Rémi Bourgeot : Les marchés boursiers ont été portés par une politique monétaire ultra-expansionniste et des flux de liquidités sans précédent à partir de 2009. Le S&P 500 est plus de quatre fois plus élevé que son point bas de début 2009 et plus de 80% plus élevé que le pic qu’il avait atteint en 2007, à la veille de la crise financière. Cette hausse a eu lieu sur la base de taux d’intérêt très faibles, aussi bien en ce qui concerne les taux directeurs que les taux longs, qui ont été écrasés par les programmes d’achat de la Réserve fédérale en particulier.

Lorsque la Fed a commencé en 2013 à signaler sa sortie progressive des programmes d’achats de titres de dette, les taux longs avaient entamé un rebond important qui, avait mené le taux souverain américain à dix ans autour de 3%, le niveau symbolique dont il se rapproche à nouveau aujourd’hui. Puis, les tendances déflationnistes mondiales avaient eu raison de cette tendance à l’époque. Fin 2014/début 2015, l’inflation américaine était tombée autour de zéro, et même légèrement en-deçà. On observe, depuis, un rebond progressif de l’inflation, qui dépasse maintenant légèrement 2%. Ce changement de tendance de l’inflation a également entraîné à la hausse les taux d’intérêt, le taux souverain à dix ans atteignant désormais environ 2,8%. La remontée des taux pénalise la dynamique boursière, diminuant l’attractivité relative des actions et pénalisant les mécanismes de rachats d’action par les entreprises elles-mêmes, un phénomène qui a joué un rôle significatif dans la hausse continue des bourses.

Plus qu’un changement radical et généralisé de la perception économique, on constate avant tout une réévaluation de la tendance suivie par l’inflation, après l’épisode de très basse inflation des dernières années. Le rebond de l’inflation et la réévaluation de ses tendances futures reposent certes notamment sur les pressions, somme toute modérée, à la hausse des salaires, sur la base d’une forte baisse du taux de chômage américain. Les misères du marché boursier font penser à une réévaluation brutale des conditions macro-financières. En réalité, on constate une très grande sensibilité des marchés à une évolution économique plutôt modérée et assez peu spectaculaire, sous la forme d’un rebond des salaires et de l’inflation mais accompagné de faibles gains de productivité. De plus, l’excès mondial d’épargne continue à peser sur les taux d’intérêt malgré la hausse actuelle qui a lieu sous le coup du rebond de l’inflation.

 
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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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