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Pourquoi l'autorisation de la modification génétique d'un embryon humain par la Grande-Bretagne n'est ni une première, ni le pire de ce qu'on pourrait faire (et qu'on fera très bientôt)

Pour la première fois au Royaume-Uni, des scientifiques ont été autorisés par la HFEA (autorité britannique de la fertilisation humaine) à manipuler le code génétique d'embryons humains à des fins de recherche.

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Pourquoi l'autorisation de la modification génétique d'un embryon humain par la Grande-Bretagne n'est ni une première, ni le pire de ce qu'on pourrait faire (et qu'on fera très bientôt)

Atlantico : Pour la première fois, des scientifiques ont été autorisés à manipuler le code génétique d'embryons humains à des fins de recherche. Concrètement, en quoi consiste cette modification ?

Laurent Alexandre : C’est la première fois qu’un pays autorise la manipulation génétique d’un embryon. En utilisant des enzymes capables de modifier l’ADN des cellules embryonnaires les chercheurs britanniques vont pouvoir analyser les conséquences de modifications de l’ADN sur l’embryon et sur sa fertilité.

Quel est l'intérêt scientifique avancé pour justifier une telle expérience ? 

Les scientifiques veulent repérer les mutations génétiques qui diminuent la capacité de l’embryon à se développer correctement. A moyen terme, cela permettra de mieux traiter les troubles de la fertilité.

Il s'agit certes de la première autorisation de manipulation d'embryons humains mais n'y a-t-il pas eu différentes étapes préalables ? Comme en Chine au mois de mars dernier ?

Jusqu’à présent, les techniques d’ingénierie du génome n’étaient utilisées que pour modifier certains tissus d’un individu, comme la rétine ou la moelle osseuse, mais ne touchaient pas au génome des descendants. Quatre enzymes peuvent modifier l’ADN de nos chromosomes: les méganucléases, les TALEN, les nucléases à doigt de zinc et les CRISPR­Cas9. Les trois premières sont complexes àmettre en œuvre ; la quatrième est plus facile mais peu spécifique, c’est­à­dire qu’elle modifie l’ADN à des endroits non souhaités en plus de la cible médicale. Le coût de ces enzymes a été divisé par 10.000 en dix ans. En mars 2015, des chercheurs et industriels ont mis en garde contre les tentatives de modifier des cellules embryonnaires, ce qui modifierait l’hérédité humaine. Les signataires s’inquiétaient des risques liés à l’utilisation des CRISPR­Cas9, qu’un étudiant en biologie peut fabriquer en quelques heures. Ce moratoire sur les thérapies géniques embryonnaires, comme beaucoup d’autres avant lui, n’a pas été respecté. Une équipe chinoise a publié, le 18 avril 2015, les premières modifications génétiques sur des embryons humains, destinées à corriger une mutation responsable d’une maladie du sang, la bêta thalassémie. Cette expérience ne pouvait aboutir à des bébés, car les 86 embryons présentaient des anomalies chromosomiques mortel­ les avant même la manipulation. Modifier génétiquement un embryon destiné à naître supposerait un «process» zéro défaut. Ce n’est pas le cas aujourd’hui puisqu’une minorité seulement des embryons manipulés ont vu la mutation ciblée corrigée. 

Cette première manipulation génétique a d’ailleurs été publiée par les scientifiques chinois, juste après la médiatisation d’une pétition internationale opposée à ces expérimentations ! 

Ces techniques ne seront parfaitement opérationnelles sur l’embryon humain que dans dix à quinze ans. Nous avons donc le temps de réfléchir à l’immense pouvoir dont nous allons disposer sur notre identité génétique. Est-­il imaginable d’empêcher les parents de concevoir des «bébés à la carte» à partir de 2030 quand la technologie sera au point ? 

 
Commentaires

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  • Par zouk - 02/02/2016 - 11:15 - Signaler un abus Manipulations génétiques sur des embryons

    Nous en sommes à parler d'expérimentations in vitro, il serait surprenant que la raison empêche d'aller au delà? Rien n'a jamais empêché le pas de trop. Les idéologues de l'antinucléaire feraient bien de changer d'obsession, ceci est beaucoup plus grave.

  • Par Deudeuche - 02/02/2016 - 13:34 - Signaler un abus @zouk

    non ils aiment bien nos idéologues, c'est du transhumanisme, c'est super! Après avoir attaqué le soft (les mœurs) on attaque le hard (le corps), changer de sexe c'est rien à côté de ce que nos Dr Frankenstein vont pouvoir faire; bien sûr tout ça au nom du progrès, ce "progrès" pavé de bonnes intentions.

  • Par cloette - 02/02/2016 - 14:02 - Signaler un abus @deudeuche, en plein accord

    @deudeuche, en plein accord avec vous !

  • Par jurgio - 02/02/2016 - 14:40 - Signaler un abus La gauche fera son hypocrite mais aimera avec excès

    ces manipulations génétiques : faire un homme « des Lumières » (n'oublions pas la majuscule) empli des idées qui ont leur préférence et axé sur les « valeurs de la République » (française, s'entend) On a conchié jadis le prix Nobel, Alexis Carrel (que l'on ignore aujourd'hui avec dégoût) parce qu'il rêvait de faire naître un homme amélioré. Jusque là, la religion de la Gauche était de s'efforcer de guérir tous les maux, plutôt que d'envisager d'éviter les maladies (surtout congénitales) La science rattrape les imbéciles et les incultes.

  • Par pale rider - 02/02/2016 - 15:06 - Signaler un abus il ne faut pas refuser le progres des techniques. Mais j'espere

    que les pratiques seront encadrées . Sinon nous aurons des clones en série des stars d'un instant , des bébés décidés par mode (mode du blanc , du roux , du grand , du petit ) cela promet d intéressantes batailles entre les géniteurs .. Quant aux "enfants" n'en parlons pas , ils pourront chercher "papa" et "maman" longtemps , les yeux fixés sur les pub des firmes vendeuses du rêve de l'enfant parfait .

  • Par cloette - 02/02/2016 - 15:31 - Signaler un abus Améliorer l'homme

    et le guérir ou prévenir les maladies est une bonne idée , c'est le but du médecin , mais ces manipulations sont d'un l'autre ordre genre domination par une élite ?ce n'est pas clair du tout ! Quant à Alexis Carrel , son livre l'Homme cet inconnu est passionnant et révèle un homme d'une exceptionnelle intelligence , ouverture d'esprit , et finesse dans ses observations des sociétés, je n'ai rien vu de choquant dans son discours , il appelle un chat un chat , le transhumaniste,lui , ne sait pas qu'un chat est un chat et un homme un homme

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Laurent Alexandre

Chirurgien de formation, également diplômé de Science Po, d'HEC et de l'ENA, Laurent Alexandre a fonde dans les années 90 le site d’information Doctissimo. Il le revend en 2008 et développe DNA Vision spécialisée dans le séquençage ADN. Auteur de "La mort de la mort" paru en 2011,  Laurent Alexandre est un expert des bouleversements que va connaître l'humanité grâce aux progrès de la biotechnologie. 

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