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Pourquoi Areva est au bord de la faillite

Areva a communiqué aux organisations syndicales l’état exact des difficultés de l’entreprise et présenté des mesures de redressement. Comment ce champion mondial du nucléaire en est-il arrivé à une quasi banqueroute ?

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Publié le
Pourquoi Areva est au bord de la faillite

Areva est au bord de la faillite. Crédit Reuters

La perte est colossale, 5 milliards d’euros l’année dernière, soit 60% de son chiffre d’affaires et un endettement de 4,7 milliards d’euros pour un capital de 3,6 milliards : si  Areva était une société comme les autres, elle serait en faillite.

Areva étant propriété de l’État à 87%, il va bien falloir que le gouvernement renfloue le bateau. Soit directement par un apport de fonds, soit indirectement par le biais d’une autre entreprise publique qui serait, elle, en meilleure santé. On pense notamment à EDF. Parallèlement, il va bien falloir consentir des efforts de redressement et d’assainissement, d’où des réductions de personnel. D’où la série de négociations qui vont s’engager avec les syndicats.

Cette affaire est assez incroyable et n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé avec le crédit Lyonnais à la fin des années 80.  Comment se fait-il que l’un des plus beaux fleurons industriels français, héritage du Général de Gaulle qui en avait fait le fer de lance de la production énergétique et le garant de notre indépendance, soit dans une telle situation de faillite et qu'on s’en aperçoive aussi tard ?

Sans l’assurance que cela puisse servir de leçon, disons pour faire court qu’il y a cinq raisons pour lesquelles la situation d’Areva s’est dégradée aussi gravement.

La première raison qui explique toutes les autres est évidemment politique. Le nucléaire, sujet sensible par excellence, a été maintenu sous gestion politique. Les politiques au pouvoir, de droite comme de gauche, se sont calés sur des critères de gestion purement politiques. Les contrôles et les contrepouvoirs techniques et financiers n’ont pas joué. Pendant les vingt années qui ont suivi le premier choc pétrolier de 1973, le marché de l’énergie nucléaire a explosé. Il s’est donc développé sans contrôle, pratique protégée par un quasi secret d’État. 

Les dirigeants d’Areva ont toujours été des amis du pouvoir et de la technostructure. Or, on ne contrôle pas les amis, et les amis ne rendent pas de comptes. On a confiance. Jusqu’au jour où l’on s’aperçoit que cette confiance se paie trop chère. Anne Lauvergeon, sortie tout droit de l’Elysée où elle travaillait avec François Mitterrand, a dirigé Areva sans partage avec une communication politique et publique très efficace et très intelligente. Elle communiquait remarquablement et avec intelligence auprès des milieux d’affaires internationaux. Aussi bien qu'avec les lobbies politiques et les groupes d’écologistes. 

La deuxième raison, c’est que le management s’est retrouvé trop indépendant. Dominé par les ingénieurs du système nucléaire. Paradoxalement, le pouvoir politique pourtant hyper présent, laissait faire les techniciens, les ingénieurs et les physiciens. C’est sans doute pour cette raison que l’entreprise a fait des choix qui s’avèrent aujourd’hui extrêmement coûteux comme l’EPR ou le retraitement. Aujourd’hui, personne ne s’en sent responsable.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 06/05/2015 - 15:35 - Signaler un abus AREVA

    Une fois de plus, il faut constater le désastre causé par l'incompétence industrielle et économiques des politiques qui pourtant ont imposé leurs vues et leurs favoris pour dirigeants. L'industrie lourde, et Areva fait partie de l'industrie très lourde, ne peut que souffrir mortellement de l'ignorance du calcul économique. Même l'artisan du coin de la rue le sait pour son entreprise.

  • Par REVERJOVIAL - 06/05/2015 - 16:54 - Signaler un abus Pas Grave

    C est pas grave la responsable est partie avec un bonus criant partout qu elle c'est fait virer par le politique en oubliant que c'est lui qui l'a aussi nommée et puis c'est pas sa boite qu'elle a ruinée, tant pis pour les salariés et les contribuables.

  • Par Anguerrand - 06/05/2015 - 22:25 - Signaler un abus Certains critique le libéralisme

    Quand on voit le résultat des entreprises nationalisée avec à la tête des copains des politiques, incapables de gérer une entreprise. Ne vaut il pas mieux un PDG privé bien payé qui mène l'entreprise correctement.? Dans le cas d'Areva c'est Anne Lauvergeon la PDG qui a ruiné la société. Cette incompétente a été nommée par l'état car " de gauche". Elle a fait perdre des milliards à la société Areva donc au contribuable. Compte tenu de ses amitiés politiques ( proche de Hollande ) au lieu d'être pénalisée, elle a été recasée grassement, pas responsable? Dans le privé il ne serait plus question de retravailler. Pas dans le public...

  • Par vangog - 07/05/2015 - 13:03 - Signaler un abus La communication ne remplace pas le management!

    La france ne peut plus metre à la t^te de ses entreprises des communicants comme Lauvergeon, qui n'ont aucune autre vertu que d'être des apartchiks du système socialiste. il faut revenir à une gestion cartésienne et non politicienne des entreprises publiques!

  • Par jemima - 07/05/2015 - 13:35 - Signaler un abus il faut sortir du nucléaire !...

    d'ailleurs les Américains l'ont compris ... les recherches s'activent et la France sera encore à la traîne ... bientôt ce sera du tout électrique mais avec des batteries rechargeables à l'énergie solaire ... pour le reste ... je m'en fiche ... je me désintéresse totalement du sort de mon pays ... réveillez-moi lorsque vous serez décidés de déloger toute cette racaille ...

  • Par jurgio - 07/05/2015 - 18:48 - Signaler un abus En avance puis désormais en grand retard

    Il est temps de se baser sérieusement sur l'exploitation du nucléaire. Bientôt, il nous faudra l'acheter tout entier à l'étranger. Trêve de bavasseries ! Trop de « lauvergeons » écologistes qui vendent des paradis perdus (savent-ils vraiment ce qu'est la nature ?) Mais il paraît qu'on songe à faire revivre un dinosaure...

  • Par von straffenberg - 07/05/2015 - 19:06 - Signaler un abus Ne pas raconter n'importe quoi

    Sortir la F'rance du Nucléaire équivaut dans l'état de la recherche actuelle a affirmer que l'on peut faire du vélo avec des roues carrées . L' Allemagne le sait très bien, elle va épuiser son stock de charbon en attendant une découverte en physique fondamentale .Les cellules photo -voltaïques c'est peanuts au niveau du rendement et on ne peut couvrir le pays d'éoliennes . Et dernière précision ne confions uniquement pas à des politiques la gestion de ce domaine puis inutile de dire que le lobby (EELV et consort) anti nucléaire a été néfaste à l'image d' Aréva dans le monde .

  • Par DESVESSIESPOURDESLANTERNES - 07/05/2015 - 22:31 - Signaler un abus Ainsi va la France

    Dans cette débacle (une de + ) :il y a forcément des coupables ! et forcément pas de sanctions ! On est chez les élites Dormez braves gens ! ...et votez si vous le voulez ( vous voyez bien qu'on est en démocratie ) De quoi vous plaignez vous HEIN !!!!!

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaine BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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