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Pourquoi les araignées sont maintenant bien plus grosses en ville

La chaleur des villes et la facilité à y trouver de la nourriture seraient responsable d'une augmentation de la taille des araignées, selon une étude australienne.

Peur sur la ville

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Pourquoi les araignées sont maintenant bien plus grosses en ville

La chaleur des villes et la facilité à y trouver de la nourriture seraient responsable d'une augmentation de la taille des araignées Crédit Reuters

Atlantico : Lizzy Lowe et d'autres chercheurs de l'université de Sydney ont mis en évidence l'augmentation de la taille et du nombre d'œufs des araignées en milieu urbain (lire ici). Selon eux, le principal vecteur serait les surfaces propres aux villes comme les routes et les trottoirs quoi conservent la chaleur qui influerait sur ces deux éléments. Est-ce une théorie plausible ? Comment expliquer une telle influence de la chaleur ?

Emmnuel Delfosse : Certaines araignées n’apprécient pas de vivre dans les villes et l’étude s’est donc restreinte à un certain nombre d’espèces et de spécimens (seulement une famille de quelques espèces pour servir de modèle), mais aussi dans une ville en particulier. Il faut donc relativiser les résultats car nous ne pouvons en faire de généralités pour toutes les espèces.

Il faudrait aussi voir précisément ses résultats. Les routes et les trottoirs conservent la chaleur ? Je crois que c’est l’ensemble de la ville qui conserve de la chaleur avec les productions énergétiques diverses. Ce n’est pas chose nouvelle que de savoir que la température peut influer sur la taille d’une espèce. Nous l’avons observé chez d’autres arthropodes, comme les phasmes ou les cétoines par exemple. Mais la nourriture est importante aussi. Ainsi, il peut y avoir plusieurs mues de différence entre les insectes qui bénéficient de davantage de chaleur et de nourriture que les autres.

Romain Julliard : Au cours de leur vie, les araignées grossissent au rythme de leur consommation de proies (essentiellement des insectes et pour l’espèce considérée dans cette étude, capturés dans leur toile) et la taille de ponte est proportionnelle à leur masse. Les insectes ne sont actifs que dans une certaine gamme de température, il n’aime ni le froid ni la canicule. Chaque espèce d’insectes a ainsi une plage de température pendant lequel il est actif. Pour la majorité d’entre eux, c’est entre 15 et 30 °C. La ville, parce que les surfaces minéralisées absorbent mieux la chaleur du soleil que les surfaces végétalisées et restituent cette chaleur la nuit, sont plus chaudes que la campagne de 1 à 2 °C environ. On parle d’îlot de chaleur. Tant que les températures ne sont pas trop chaudes, cela permet aux insectes d’être plus actifs et donc, toute chose égale par ailleurs, aux araignées, immobiles au centre de leur toile, d’attraper plus de proies. Pour que cette théorie marche, il faut que l’abondance des insectes combinée à leur taux d’activité soit supérieure en ville qu’à la campagne. Or, les surfaces minéralisées offrent très peu de ressources et sont donc habituellement pauvres en insectes…

 

L'autre facteur serait l'abondance de nourriture pour deux raisons. Les araignées peuvent trouver leur nourriture grâce aux réverbères et autres lumières qui attirent les insectes dans leur toile et aux déchets des ménages. Même si les araignées à l'échelle individuelle grossissent, constate t-on des générations d'espèces visiblement plus grosses ? Les araignées naissent-elles plus grosses ?

E.D : Oui, les araignées peuvent bénéficier d’une certaine abondance de nourriture et sans doute de moins de biodiversité car tous les insectes ou autres arthropodes ne s’adaptent pas à la ville. Les déchets ménagers attirent des insectes et leurs prédateurs, donc des proies potentielles pour les araignées. Certains spécimens sont plus gros, pas tous. Encore une fois, il ne faut pas généraliser. Par ailleurs, les différences de taille ne sont pas forcément très visibles chez certaines espèces. J’ai effectivement observé des Aranéides plus grosses qu’auparavant dans les villes, en France (la fameuse épeire diadème : Araneus diadematus)..

 
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Emmanuel Delfosse

Emmanuel Delfosse est technicien à la section diptères du service entomologie au muséum d'histoire naturelle de Paris.

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Romain Julliard

Professeur du Muséum national d'Histoire naturelle, biologiste, spécialisé en Biologie de la Conservation, dans la conception, l'animation et la valorisation d'observatoire de la biodiversité (projet Vigie Nature), les thèmes de recherche principaux de Romain Julliard portent sur l'homogénéisation fonctionnelle de la biodiversité, ses mécanismes (réorganisation des communautés sous l'effet des changements globaux) et ses applications (construction d'indicateur de biodiversité).

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