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Pourquoi les antibiotiques du futur pourraient venir droit du moyen-âge

Une équipe internationale de chercheurs a lancé un nouveau projet : constituer une base de données avec des recettes médicamenteuses issues du Moyen-Age. Les plantes pourraient s'avérer être une bonne solution pour créer de nouveaux antibiotiques. Les bactéries résistent de plus en plus aux nouvelles molécules.

Retour vers le passé

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Pourquoi les antibiotiques du futur pourraient venir droit du moyen-âge

Atlantico : La médecine de l'époque médiévale est souvent jugée comme archaïque par la population. Cependant, un projet a été lancé par des scientifiques pour chercher des sources de ce type pour de nouveaux traitements contre les maladies qui résistent aux antibiotiques. Quel crédit accorder à cette initiative ? L'étude du Moyen-âge médical peut elle déboucher sur de nouveaux traitements efficaces ? 

Stéphane Gayet : On a en effet trop souvent tendance à opposer radicalement la science, qui a connu un essor décisif au XVIIIe siècle, le fameux siècle des "Lumières", aux connaissances empiriques. La méthode scientifique produirait des connaissances précises et solides, la méthode empirique au contraire des connaissances approximatives et fragiles. L’empirisme consiste à observer un phénomène et à en tirer une information qui pourra ensuite devenir une règle si le phénomène se répète suffisamment. La science à émettre des hypothèses sur l’explication d’un phénomène et à les tester une à une de façon rigoureuse, pour s'efforcer d'en tirer ce qui est convenu "une vérité scientifique".

L’empirisme repose sur des impressions, la science sur des certitudes.

On a dû cependant déchanter. Vérité scientifique d’aujourd’hui, contrevérité de demain. Le caractère indéniable de la vérité scientifique est depuis des décennies infirmé à maintes reprises. Les exemples sont légion et dans tous les domaines. On est devenu aujourd’hui très prudent dans l’énoncé d’une connaissance scientifique : on peut dire que la science est passée de l’arrogance au doute et c’est heureux. Toujours est-il que le mot science jouit d’un grand prestige : ce qui n’est pas scientifique ne paraît pas sérieux, pas fiable. On a pris l’habitude de coller le mot science à de nombreux domaines d’études qui ne reposent cependant pas sur des méthodes dites scientifiques : sciences politiques, sciences économiques… La médecine n’est pas non plus une science, mais un art qui s’appuie sur des sciences. C’est un art au même titre que l’architecture.

Cette époque où l’on pensait naïvement que la science devait tout régler, y compris dans des domaines comme celui de la philosophie, est heureusement révolue. C’est Henri Bergson, philosophe français fin XIXe-début XXe siècle, qui fut l’un des premiers à avoir dénoncé ce scientisme insensé. Mais beaucoup de personnes instruites pensent encore aujourd’hui que la connaissance vraie, indubitable, ne peut que passer par la science. C’est faire véritablement preuve de mépris vis-à-vis des connaissances empiriques de l’antiquité, du Moyen-âge, de l’Asie préindustrielle, de l’Afrique…

Les Anciens n’avaient pas la science, mais sans aucun doute des têtes bien faites avec des cerveaux performants. L’imprimerie a été inventée vers 1440-1450 par Gutenberg, c’est-à-dire à la fin du Moyen-âge, mais l’écriture manuelle sur de nombreux supports végétaux ou animaux remonte à l’Antiquité. Nous avons de véritables trésors d’archives, plus ou moins bien conservées, constituées de documents manuscrits sur la médecine médiévale. Il faut saluer cette initiative courageuse consistant à s’y intéresser sur le plan médical, car on y peut y trouver des merveilles de descriptions détaillées, méticuleuses et de déductions empiriques d’une valeur inestimable. Il n’est pas exagéré de dire que les Anciens, qui n’étaient pas intoxiqués par toute cette kyrielle de polluants qui nous envahissent au quotidien, qui n’étaient pas en permanence sous pression, prenaient le temps d’observer, de réfléchir et méditer, tirer des enseignements et les coucher sur des manuscrits. Oui, il faut prendre au sérieux cette entreprise d’analyse de manuscrits médicaux du Moyen-âge. L’industrialisation n’est pas synonyme de supériorité absolue. Plus près de nous, l’histoire du tramadol est édifiante. Cet antidouleur de niveau deux (sur trois) est le fruit d’une synthèse chimique de scientifiques européens. Un chercheur camerounais de l’université de Buéa a retrouvé cette exacte molécule dans les racines d’un arbuste de son pays, le Nauclea latifolia. Car des tradipraticiens du Cameroun savaient depuis des décennies que les racines de cet arbuste étaient de puissants antidouleurs.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 11/05/2017 - 10:12 - Signaler un abus Jean-Jacques Rousseau

    Cet article me confirme dans un de mes aphorismes favoris : '' Le ''Dieu'' qui a créé notre univers est tout de même un ''sacré farceur'' ! ''. Il a inventé toute une gamme de microbes malfaisants, de maladies et de souffrances épouvantables, mais il a aussi caché des remèdes dans diverses plantes ! Il faut donc aux êtres humains se livrer à un passionant ''jeu de piste'' pour les identifier. Ce qui est regrettable, c'est qu'en plus des scientifiques, qui sont des bienfaiteurs pour l'humanité, il y a une autre catégorie d'individus particulièrement malfaisants : les prêtres et autres religieux. Ces crétins essaient de nous convaincre que cet ''Inventeur'', aussi fantaisiste que démoniaque, aurait aussi un code moral à nous proposer. Dans les variantes moyen-orientales de ces perversions, les notions d'apostasie, de virginité, de monogamie et de rejet de l'homosexualité ont causé d'incroyables dégâts depuis deux millénaires ! Comme le faisait parfaitement remarquer J.J. Rousseau, la question n'est pas de savoir si Dieu existe, mais plutôt de décider si ce sinistre personnage, un farfelu dépourvu de toute compassion, merite notre respect et notre soumission !

  • Par Stéphane Gayet - 11/05/2017 - 11:13 - Signaler un abus La science et la religion : deux inconciliables ?

    La complexité et l’insondabilité du monde laissent en effet la place à de multiples interprétations. Il faut quand même reconnaître, qu’après des siècles de violente incompatibilité, la science et la religion ont fini par trouver des terrains d’entente. La force et en même temps la faiblesse de la croyance religieuse, c’est qu’elle échappe à l’approche scientifique, qu’elle se situe par définition hors du champ du tangible et de la science. La laïcité neutre et véritable est une évidente nécessité. Il faut reconnaître qu’en France nous avons fait d’énormes progrès dans ce domaine, depuis les guerres de religion, les cardinaux politiques et toutes les persécutions telles qu’inquisitions, exorcismes et condamnations morales au nom d’une doctrine interdite à la discussion.

  • Par Deneziere - 11/05/2017 - 13:16 - Signaler un abus Redescendons sur terre

    Un article sympa, mais l'empirisme a produit plus de fausses solutions que la science. Par ailleurs, une approche similaire a été tentée en Amazonie avec le savoir des indiens; je n'ai pas connaissance que les résultats aient été époustouflants. Et quant au couplet habituel sur le réchauffement climatique, on ne sait pas sir cela sera positif, négatif ou neutre. Il est possible que certains remèdes naturels disparaissent. Il est aussi possible que certains remèdes apparaissent. On entend dire que la fonte du permafrost sibérien va libérer des bactéries, toutes nocives. On n'explique pas pourquoi certaines d''entres elles ne seraient pas bénéfiques.

  • Par Deneziere - 11/05/2017 - 13:17 - Signaler un abus Jean-Jacques Rousseau

    Si on m'avait demandé quel(s) commentateurs(s) d'Atlantico pourrai(en)t bien citer cette ordure totalitaire et névrosée qu'était Rousseau, je crois que j'aurais visé juste.

  • Par kelenborn - 11/05/2017 - 13:36 - Signaler un abus Ah bon

    "Il n’est pas exagéré de dire que les Anciens, qui n’étaient pas intoxiqués par toute cette kyrielle de polluants qui nous envahissent au quotidien, qui n’étaient pas en permanence sous pression, prenaient le temps d’observer, de réfléchir et méditer, .... " Pas besoin d'aller plus loin, la messe est dite!!! Non il n'est nul besoin d'exagérer , il suffit d'être con! Quelle était l'espérance de vie au moyen-âge? En quoi la sagesse des Diafoirus de l'époque a-t-elle évité qu'entre le tiers et la moitié de la population européenne soit envoyée au ciel par la grande peste après 1346? Pas grave pour l'auteur! racontez des salades, faites peur et...quand viendra le résultat infirmant vos âneries le charlatan sera déjà ailleurs en train de vendre ses sornettes!

  • Par pale rider - 11/05/2017 - 23:24 - Signaler un abus Merci M Gayet pour ce passionnant

    Article .

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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