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Pourquoi les adultes sous-estiment les conséquences graves pour leur santé du manque de sommeil grandissant

Le gouvernement britannique vient d'alerter ses concitoyens dans une campagne publicitaire sur le fait qu'il fallait dormir au mois 7 heures par nuit, sous peine d'avoir des problèmes de santé.

Le seuil des 7h

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Pourquoi les adultes sous-estiment les conséquences graves pour leur santé du manque de sommeil grandissant

Les études scientifiques montrent qu’une carence de sommeil est nocive pour la santé et accroit les risques, entre autres, d’accidents cardio-vasculaires : infarctus, AVC, etc.  Crédit Jpg

Atlantico : Avec la rentrée des classes, il est temps de reprendre un rythme de sommeil serein. On parle beaucoup de l'importance de bien dormir pour les enfants mais n'est-ce pas aussi l'occasion pour leurs parents de retrouver un rythme de sommeil équilibré ? Ou même de se mettre à la sieste ? 

Bruno Comby : Nous passons le tiers de notre vie à travailler (environ 8h/jour) et le tiers de notre vieà dormir, en moyenne également 8 heures par jour. Le sommeil est donc au moins aussi important, voire davantage, ne serait-ce que par le temps que nous y consacrons, que l’école pour les enfants et la vie professionnelle pour les adultes.

Mais au-delà de sa durée, le sommeil remplit des fonctions vitales de récupération physique et psychique. Il s’agit donc d’un temps essentiel, indispensable au bon fonctionnement de notre organisme. C’est d’ailleurs une nécessité physiologique : on ne peut pas se passer de dormir plus de 48 heures alors qu’on peut s’abstenir de manger (jeûner) pendant plusieurs semaines et qu’il est bien sûr possible et même souhaitable de s’arrêter de travailler parfois pendant plusieurs semaines (vacances). Le sommeil reste indispensable, c’est un besoin fondamental, même pendant les vacances, et plus encore à la rentrée, on ne peut pas se dispenser de dormir. De la bonne qualité de notre sommeil découle à la fois la santé, notre bien-être et donc la qualité de notre vie et de notre travail. Et puis, disons-le, dormir est aussi un plaisir, et même l’un des grands plaisirs de notre vie. A tout âge il est essentiel de bien dormir !

Si la représentation sociale que nous avons du sommeil consiste en une nuit de sommeil monophasique (sommeil pris en une seule fois la nuit), la réalité physiologique serait plutôt dans l’idéal de répartir son sommeil entre un épisode principal de repos la nuit et une sieste de 20 à 30 minutes en milieu de journée, voire même plusieurs petites siestes-flash (moins de 5 minutes) réparties en cours de journée, ce qu’on appelle alors le sommeil polyphasique.

A l’heure de la rentrée, après l’agréable farniente de l’été et des vacances, il faut reprendre son rythme de travail, en général plus soutenu, pour bien travailler. C’est le bon moment pour retrouver aussi un bon rythme de sommeil.

Pour cela il est utile en effet de re-découvrir les nombreux bienfaits de la sieste.

Vous pouvez donc continuer à faire la sieste comme l’été, sans culpabiliser, éventuellement en adaptant vos horaires de sieste à votre emploi du temps professionnel.

Si l’été est souvent propice à la sieste-royale (plus de 40 minutes) pour récupérer le sommeil en retard, la reprise en septembre se fera plutôt avec des siestes-flash pour les parents (et une sieste standard de 20 à 30 minutes en milieu de journée après le déjeuner pour les enfants), plus faciles à insérer dans une journée de travail bien chargée.

Le gouvernement britannique lançait début août la campagne "Get more sleep" pour inciter les 40-60 ans à dormir davantage. Pourquoi accorde-t-on autant d'importance à la qualité du sommeil des citoyens ? Que révèle de notre société le fait qu'un gouvernement prenne la peine de mener une telle campagne sur ce sujet ?

Les études scientifiques montrent qu’une carence de sommeil est nocive pour la santé et accroit les risques, entre autres, d’accidents cardio-vasculaires : infarctus, AVC, etc. Or la diminution de la durée du sommeil depuis un siècle est très importante, de presque une heure par jour : nous dormons moins que nos parents ! L’explosion de la consommation de café, de thé, de cigarettes et d’excitants permet aujourd’hui de résister au sommeil, même quand on en a besoin. Cela permet de rester éveillé et actif, mais n’est pas sans conséquences sur notre santé, notre corps ayant besoin de se reposer la nuit mais aussi parfois en cours de journée. Lorsque notre organisme a besoin de repos, le mieux est évidemment de lui donner le repos dont il a besoin (une pause ou une sieste) plutôt que de se "shooter" de différentes manières avec des excitants pour toujours continuer, rester sous tension et ne jamais s’arrêter. Cette carence de sommeil et la désaffection vis-à-vis de la sieste est de plus en plus inquiétante et concerne particulièrement la tranche d’âge 40-60 ans.

 
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  • Par Stéphane Gayet - 03/09/2015 - 13:36 - Signaler un abus D'accord pour la quantité, mais attention à la qualité ! (1/2)

    On parle souvent de la quantité de sommeil. Il est vrai que beaucoup d'adultes et, depuis quelques années, beaucoup de préadolescents et d'adolescents ont une dette chronique de sommeil. Les causes en sont développées dans l'article. On parle moins souvent de la qualité du sommeil, encore qu'elle soit abordée ici. Car il existe aujourd'hui beaucoup de perturbateurs du sommeil et ils semblent de plus en plus nombreux. Les écrans regardés à moins d'un mètre avant d'éteindre la lumière en font partie : ils perturbent beaucoup plus le sommeil que l'écran de télévision situé à plus de deux mètres. Surtout, il faut insister sur les perturbateurs chimiques que l'on ingère. Leur liste est presque sans fin et la plupart des personnes qui en consomment ignorent qu'elles altèrent ainsi leur sommeil. Bien sûr, il y a le café (il faut des heures pour l'éliminer, ce que l'on ne sait pas en général), le thé, le chocolat, l'alcool, la menthe, le coca-cola, le gingembre, etc. Ce sont des excitants, des perturbateurs connus, apparents du sommeil.

  • Par Stéphane Gayet - 03/09/2015 - 13:36 - Signaler un abus D'accord pour la quantité, mais attention à la qualité ! (2/2)

    Mais l'un des perturbateurs les plus sournois est sans doute la vitamine C ou acide ascorbique. Vous n'y croyez pas ? Alors achetez en pharmacie des comprimés de vitamine C (pure) et prenez-en trois à 20 heures… Certes, la sensibilité à cette molécule varie d'une personne à l'autre. Mais ce n'est pas tant la vitamine C médicamenteuse, car elle est connue, apparente. Mais tous les aliments qui en contiennent : tous les fruits, les jus de fruit et certains légumes. Une orange, une mangue ou un avocat pris le soir apportent suffisamment de vitamine C pour perturber le sommeil de bien des individus. Quant aux jus de fruit et aux boissons lactées (le lait contient naturellement un peu de vitamine C), les producteurs agro-alimentaires ont tendance à leur rajouter de la vitamine C et à en faire un argument de vente. Pour celles et ceux qui ont du mal à trouver le sommeil, proscrivez-vous tout apport de vitamine C à partir de 15 heures et vous verrez la différence.

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Bruno Comby

Bruno Comby est polytechnicien et directeur scientifique de l'Institut Bruno Comby.

Il est l'auteur de l'Eloge de la sieste (TNR, 2005)

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