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Pour Google la vie privée est une "anomalie"

Les enfants d’aujourd’hui initient leurs géniteurs aux nouvelles technologies pour qu’ils ne soient pas perdus dans le monde de demain. L'auteur raconte ces innovations de rupture qui vont transformer notre vie quotidienne : une manière originale de nous offrir à la fois l’antisèche des parents et l’encyclopédie des ados. Extraits de "Lettres à mes parents sur le monde de demain" de Dominique Nora, aux éditions Grasset (1/2)

Bonnes feuilles

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Pour Google la vie privée est une "anomalie"

J'ai profité d'un peu de temps libre pour surfer encore sur la Big Data mania. Et j'en ai conclu que le concept même de « vie privée » semble de plus en plus dépassé. D'ailleurs Vint Cerf, l'un des principaux architectes de l'ancêtre d'Internet (Arpanet), devenu Evangéliste en chef chez Google, a déclaré l'an dernier devant la Federal Trade Commission : « La vie privée est un concept qui a émergé lors du boom urbain de la révolution industrielle. Si bien que cela pourrait très bien n'être qu'une anomalie. »

Je vois déjà à quel point ma génération et la suivante sont prêtes à exposer sur les réseaux sociaux des choses que vous, les parents, estimez indécentes : photos, goûts, sentiments, sorties, soirées, voyages… Et aucun d'entre nous ne trouve anormal que Netflix ou Amazon sache tout de nos goûts culturels, car cela permet à leur moteur de nous conseiller tel livre ou tel film, en fonction de nos inclinations.

Cette fonctionnalité est d'ailleurs devenue l'un de leurs atouts compétitifs clés.

Or, à l'ère du Big Data, on passe encore au stade supérieur de la transparence : consentant ou non, on sera tous à poil ! J'ai lu sur le Net qu'un père de famille américain avait appris que sa fille mineure était enceinte, en tombant, par hasard, sur un email qui lui était destiné vantant des produits marketing ciblés. Charmant ! Mais au moins, dans ce cas-là, l'intrusion dans la vie privée est patente. A l'avenir, elle risque de l'être de moins en moins. On sait déjà que la NSA et les organismes gouvernementaux américains en général, font peu de cas du droit à la privacy.

Les pratiques du GAFA et de leurs semblables ne valent guère mieux. Il y a quelques années, Facebook a par exemple essayé d'introduire une fonctionnalité qui, sans autorisation préalable de l'usager, recommandait d'office les produits qu'il aimait à tous ses amis ! Devant le tollé, Mark Zuckerberg a finalement dû s'en excuser et y renoncer. Mais les grandes plates-formes internet testent en permanence les limites de la tolérance de leurs utilisateurs aux intrusions dans leur vie quotidienne.

Quant à Google, sa gestion des data constitue une véritable « boîte noire », selon l'expression d'Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la Commission nationale de l'informatique et des libertés française. Un vrai problème, dans la mesure où Google n'a pas seulement pris le contrôle de notre ordinateur et de notre smartphone, à travers son moteur de recherche, ses applications email, ses cartes de navigation ou son système d'exploitation Android. Mais propose aussi des services dans les domaines de la santé, la domotique, la robotique et l'intelligence artificielle.

En fait, à l'ère du numérique, le modèle d'affaire de la plupart des sociétés qui vous proposent des services gratuits, c'est la revente de vos données. Autrement dit : « Si le service est gratuit… C'est que le produit, c'est vous ! » Un adage qui concerne aussi les start-up françaises d'objets connectés. La question est ensuite de savoir si ces informations sont – ou non – anonymisées, comme le prévoit la loi française.

 
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Dominique Nora

Dominique Nora, grand reporter à L’Obs, est l’auteur de plusieurs livres prophétiques, notamment Les possédés de Wall Street (sur les dérèglements de la finance, dès 1987), Les conquérants du Cybermonde (sur la naissance de l’économie internet, dès 1995) et Les pionniers de l’or vert (sur l’essor des énergies alternatives, dès 2009).

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