Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 25 Août 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pour les Français, le recours au travail au noir augmente fortement

SONDAGE EXCLUSIF - 63% des Français pensent que le travail au noir est plus pratiqué qu'avant, mais seuls 10% d'entre eux avouent s'y adonner. Dans un rapport publié le mercredi 17 septembre, la Cour des comptes dénonce l'explosion du travail au noir, une fraude qui se chiffrerait à plus de 20 milliards d'euros.

Noir, c'est noir

Publié le
Info Atlantico
Pour les Français, le recours au travail au noir augmente fortement

63% des Français pensent que le travail au noir est plus pratiqué qu'avant. Crédit Commons.wikimedia.org

L’évolution du recours au travail au noir dans son entourage

Question : Avez-vous le sentiment qu’autour de vous le travail au noir est… ?

Jérôme Fourquet : C’est la première étude d’opinion sur une tentative d’ébauche de l’estimation de l’ampleur du phénomène. Par définition comme c’est un peu frauduleux et illicite, on s’est attendu à une certaine stratégie de dissimulation de la part des interviewés, ce qu’on a essayé de limiter autant que faire ce peut en réalisant l’enquête online, et non pas au téléphone ni en face à face. Nous avons interrogé 2000 personnes pour avoir des bases solides. On a également construit le questionnaire en parlant d’abord de l’estimation du ressenti autour de soi avant d’entrer progressivement dans le vif du sujet.

On arrive donc à une estimation qui permet déjà d’avoir quelques points de repère sur la réalité de ce phénomène et éventuellement sa dynamique à l’heure du ras le bol fiscal est de plus en plus palpable avec un mouvement de rejet vis-à-vis de l’impôt. Les recettes fiscales attendues par Bercy ne sont pas au niveau, ce qui montre qu’il y a bien de l’évaporation fiscale. Un récent rapport de la Cour des comptes montrait sur la base d’estimations que la fraude sociale était aujourd’hui en plein développement et représentait des volumes très importants.

Premier enseignement de l’étude, quand on interroge les Français sur leur sentiment, 63% d’entre eux disent que le travail au noir est de plus en plus répandu autour d’eux. Ce ressenti correspond bien à la fois aux observations de Bercy et de la Cour des comptes d’une pratique en développement qui s’expliquerait aussi par un contexte particulier : tension sur le pouvoir d’achat, très forte hausse ressentie de la fiscalité, une activité économique en berne, tous ces éléments sont propices aux pratiques de travail illicite (détournement de l’impôt, volonté de vouloir arrondir ses fins de mois, etc.). 37% pensent que le travail au noir a nettement plus augmenté ces dernières années, un tiers ni plus ni moins, et seulement 4% pensent qu’il y en a moins.

Dans les détails, toutes les catégories de la population partagent ce jugement qu’il s’agisse des générations différentes ou des milieux socioprofessionnels : 68% chez les cadres, 60% chez les professions intermédiaires et 61% pour les milieux populaires. Des signes très négatifs sur notre société et son économie, une pression fiscale de plus en plus insupportable, et des Français qui disent que de manière plus ou moins organisée et régulière que des proches s’adonnent au travail au noir. 46% des artisans commerçants pensent qu’il est nettement plus pratiqué qu’il y a quelques années.

L’évolution du recours personnel au travail au noir

Question : Et vous personnellement, avez-vous recours au travail au noir ?


Quand il s’agit de les interroger sur leurs propres pratiques, ils sont moins loquasses et les réponses sont toutes autres. 8% déclarent recourir plus souvent que par le passé au travail au noir, 18% ni plus ni moins souvent et 9% moins souvent. 65% disent ne jamais y recourir. Que ce soit plus ou moins ou ni plus ni moins, en tout cas ça veut dire qu’on y a recours, ce qui concerne un français sur trois donc. Autre élément notable, on a des écarts très marqués entre les plus jeunes et leurs aînés. 69% des ainés disent ne jamais en avoir recours, en raison surement d’une capacité moins grande à avouer ce type de pratiques, et chez les moins de 35 ans on est que à 56%. 14% plus souvent que par le passé contre 6% seulement des plus de 35 ans. En termes de tendance pour l’avenir il faut regarder ce qu’il se passe pour les jeunes générations. Pour eux il s’agit souvent de babysitting ou de cours de soutien scolaire, mais cela concerne aussi les catégories qui ont du mal à s’insérer dans l’emploi, qui ont les revenus les plus modestes qui peuvent être les plus tentées de recourir à ce type de pratiques.

Sur le détail d’y avoir recours en tant que consommateur ou salarié, 13% disent y avoir recours assez régulièrement ou de temps en temps sur une partie des travaux de bâtiment qui serait payé au black. On a fait régulièrement/ de temps en temps, versus rarement/ jamais, mais on aurait pu aussi sur ce type d’échelle qui vise à essayer d’évaluer des comportements illégaux, considérer que ce soit les trois premières modalités qui faillent opposer à la dernière : l’avez-vous déjà fait ou pas ? Si on fait assez régulièrement, de temps en temps, ou rarement, on retombe sur un tiers des personnes interrogées. La proportion à retenir c’est 10% et 13% de régulièrement ou de temps en temps, et 20% un peu moins. Sur le babysitting on est à peu près sur le même noyau : 11% régulièrement, de temps en temps, et 9% rarement parce que ça ne concerne pas tout le monde. Autre profession concernée, la réparation automobile : 10% régulièrement, de temps en temps auxquels on peut ajouter les 12% de rarement, et ensuite on tombe à moins de 10% sur des pratiques plus ponctuelles (récoltes, restauration).

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par boulegan - 24/09/2014 - 08:57 - Signaler un abus mieux que le CAC ou les agences de notation

    c'est hélas l'un des meilleurs indicateurs de la santé d'un pays et d'une grande réactivité .Les gouvernements ferment les yeux sur ce cancer ..jusqu'au moment ou ils en constatent les ravages sur la collecte des impôts...nous en sommes exactement la....

  • Par cpamoi - 24/09/2014 - 09:34 - Signaler un abus Condamnable mais compréhensible.

    Il devient évident que les particuliers et les entreprises font un meilleur usage de l’argent : ils l’investissent en général à bon escient, sans le gaspiller, soit dans des machines productives, soit en épargne-retraite, soit en dépenses de consommation rationnelles. Plus l’Etat capte cet argent, plus la collectivité s’appauvrit car l’allocation de l’argent par ses services est, de toute évidence, inefficiente. Voilà pourquoi la prospérité ne reviendra pas tant que les taxes et les impôts n'auront pas baissé.

  • Par lepaysan - 24/09/2014 - 12:51 - Signaler un abus C'est l'état qui doit se réformer

    A ce niveau de fraude, c'est l'administration qui doit se reformer. C'est un véritable refus de la population du système d'autant que dans ce style d'enquête, les chiffres sont très souvent sous estimés.

  • Par jmpbea - 24/09/2014 - 14:28 - Signaler un abus Le travail,au noir est une réaction aux inepties de l'Etat

    Trop de taxes..trop de paperasses, trop de chômage...des revenus minima qui encouragent à ne pas reprendre de travail moins bien payé...car en cumulant les aides de toutes sortes et un boulot au noir, on vit correctement...continuez...ça va précipiter la chute du Bouffi par asphyxie des rentrées de l'Etat...

  • Par precepte - 24/09/2014 - 18:31 - Signaler un abus Travail au noir

    Il me semble que ceux qui l'utilisent ont un sentiment de légitime défense face à la gabegie des prestations sociales et à l'Etat carnassier et dévoreur.

  • Par crobard007 - 24/09/2014 - 21:18 - Signaler un abus Lorsqu'un système fiscal est mauvais...

    il est contourné. Loi économique pourtant simple que l'imbécilocratie dirigeante dépensière et démagogue à ignorée ua détriment du pays et de la plupart de ses citoyens.

  • Par Maredesbobos - 24/09/2014 - 22:02 - Signaler un abus schémas grec

    Je suis en fait partagé par deux sentiments. Je fait du black et je m'assois sur ma protection sociale et ma retraite ou j'assume le vote français je paye mais je pense que l'abruti nous gouverne disparaisse et que l'argent versé soit utilisé enfin à bon escient.

  • Par Anguerrand - 25/09/2014 - 08:11 - Signaler un abus Bien d'accord avec les intervenants ci dessus

    Quand l'impôt se fait confiscatoire, il y a un sentiment d'autodéfense. Les français auraient sûrement mieux accepté les hausses d'impôts et taxes s'ils avaient eu le sentiment que cela sert à quelque chose. Or que constate t on, non seulement l'état continue à dépenser plus chaque année, mais n'a pas pas fait la moindre réforme pour faire des économies. Résultat, nous sommes étouffé par l'impôt mais le budget continue de se détériorer, nous devions avoir un déficit de 3% cette année et l'on va se retrouver à 4,3/4,4%, pire que l'an passé. Les 50 milliards sont oubliés depuis longtemps sauf à faire peser sur les impôts locaux les " économies" faites sur le dos des collectivités locales.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’IFOP.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€