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Pour la 1ére fois en 10 ans, la proportion de personnes mal-nourries dans le monde augmente et voilà pourquoi les scénarios pour les années à venir sont sombres

Loin de disparaître, la malnutrition progresse. Une triste hausse qui pose encore et toujours les questions du gaspillage, de la répartition et de l'influence de la géopolitique.

Malnutrition

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Pour la 1ére fois en 10 ans, la proportion de personnes mal-nourries dans le monde augmente et voilà pourquoi les scénarios pour les années à venir sont sombres

Selon le dernier rapport annuel des Nations Unies sur la sécurité alimentaire mondiale et la nutrition publiée le 15 septembre,  815 millions de personnes en 2016, soit 11 % de la population mondiale, souffrent de la faim. C’est 38 millions de plus qu’il y a un an et il s'agit de la première augmentation depuis plus de 10 ans. Quels en sont les causes selon vous ? 

Serge Michailof : Cet accroissement de la population en situation alimentaire difficile voire critique a des causes multiples, en particulier des problèmes climatiques tels ceux qui ont affecté la corne de l'Afrique et le nord Ethiopien et qui ont provoqué des échecs de campagnes agricoles. Mais je pense que la principale cause est l'extension géographique des conflits, ouverts ou larvés, et l'insécurité liée à cet état de fait qui provoque des migrations massives. C'est ce qui s'est passé au nord est du Nigéria où Boko Haram a certes perdu l'essentiel de ses capacités militaires mais s'est dispersé en petits groupes qui font régner la terreur par le pillage et les massacres.
On estime ainsi que plus de 2 millions de personnes se sont déplacés dans cette région préférant abandonner terres et habitations . Un pays comme le Yemen est dans une situation alimentaire critique à cause du conflit avec les Houthis et l'intervention saoudienne et la famine est ici utilisée comme une arme par certains groupes. Il en est de même au Sud Soudan. Il est aussi évident que le réchauffement climatique dans ces régions commence à se faire sentir, accroit l'instabilité pluviométrique et à terme réduira les rendements céréaliers moyens y compris en année de pluviométrie normale.
 

Clara Jamart, responsable de plaidoyer sur les questions agricoles au sein d’Oxfam France, atteste que "la faim n’est pas un problème lié à une pénurie de nourriture. Nous produisons aujourd’hui, à l’échelle de la planète, largement assez de denrées alimentaires pour assurer le droit à l’alimentation de tous.". Selon ce raisonnement, la multiplication des conflits et le changement climatique, deux facteurs qui peuvent influer sur d'importantes zones agricoles, n'auraient pas spécialement d’impact sur la sécurité alimentaire mondiale. Entre les causes avancées par le rapport annuel des nations unies et notre modèle agricole actuel, qu'est-ce qui a le plus d'impact sur la sécurité alimentaire dans le monde selon vous ?

Clara Jamart a raison au niveau mondial car il n'y a pas de pénurie alimentaire globale à ce niveau et nous disposons des techniques permettant de nourrir 8 et sans doute 9 millions d'habitants sur cette planête. Au delà de ce chiffre les avis des experts varient et l'accroissement de niveau de vie en Asie qui s'accompagne d'une augmentation spectaculaire de la consommation de viande peut à terme poser un problème sérieux de disponibilité alimentaire, et ce d'autant plus que les céréales sont aussi utilisées pour produire des biocarburants. Donc enrichissement de l'Asie qui va consommer de plus en plus de viande qui exige pour sa production des quantités considérable de céréales, détournement des céréales pour les besoins des biocarburants, accroissement de population, réchauffement climatique et ses conséquences sur les rendements céréaliers, si la population du globe dépasse 10 milliards et continue de s'enrichir nous pouvons atteindre des limites physiques. 

Ceci dit nous n'y sommes pas encore et actuellement les famines sont largement, comme souvent dans l'histoire, le fait de conflits comme aujourd'hui au Yemen, voire parfois le fait de décisions délibérées où l'on affame un ennemi de classe comme en Ukraine dans les années 1920 et 1930,  ou le produit d'un effondrement des circuits économiques comme lors de la grande famine chinoise lors de la révolution culturelle. Mais si Clara Jamart a raison au plan global, car dans un monde harmonieux en paix il ne devrait pas y avoir de problème à notre époque, dans le monde réel il y a de graves problèmes liés aux conflits, au développement de l'insécurité qui affecte des régions immenses en particulier en cas de conflits dits de basse intensité comme on le voit tout autour du lac Tchad. Car cette insécurité et  les pillages associés sont dévastateurs par la désorganisation des circuits commerciaux qu'ils provoquent, qui ne permettent pas aux zones en pénurie temporaire pour des raisons par exemple climatiques, de se ravitailler dans les régions voisines excédentaires. 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 20/09/2017 - 20:04 - Signaler un abus la culture locale

    Il leur faut acheter les graines à Monsanto ,et elles coûtent cher .... Revenir chacun à l'autosuffisance alimentaire ,pourtant ....

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Serge Michailof

Chercheur à l’Iris, enseignant à Sciences Po et conseiller de plusieurs gouvernements, Serge Michailof a été l’un des directeurs de la Banque mondiale et le directeur des opérations de l’Agence française de développement (Afd). Il est notamment l'auteur du livre Africanistan - L'Afrique en crise va-t-elle se retrouver dans nos banlieues ? (Fayard, 2015). 

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