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Porte de la Chapelle : pourquoi le 35e démantèlement des campements de migrants n’empêchera pas leur retour

Cette semaine a eu lieu le 35e démantèlement en deux ans d'un camp de migrants à Paris. L'absence de réponses concrètes du gouvernement n'arrangera pas la situation.

Tonneau des Danaïdes

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Porte de la Chapelle : pourquoi le 35e démantèlement des campements de migrants n’empêchera pas leur retour

Atlantico : Cette semaine a eu lieu le 35eme démantèlement d'un camp de migrants à Paris, Porte de la Chapelle. Lors du précédent démantelement, le 7 juillet dernier, il n'avait fallu qu'une journée pour en voir 150 nouveaux arriver au même endroit. N'est-ce pas un signe d'impuissance du gouvernement Macron face à la question migratoire ?

Guylain Chevrier : C’est effectivement la 35e opération de ce type en 2 ans dans la capitale ! 2000 migrants viennent d’être pris en charge après les 2800 de début juillet. On a pour cela réquisitionnés 18 gymnases en Ile de France selon l'Office français d'immigration et d'intégration (Ofii). Une évolution qui tourne à la folie. L’installation d’un centre d’hébergement humanitaire à la Chapelle, en novembre dernier, de quelques centaines de places, a joué son rôle attendu d’appel d’air, qui ne cesse de se confirmer, avec l’arrivée d’environ 50 migrants nouveaux par jour sur le site.

Une situation intenable dans ce quartier en termes d’hygiène et de sécurité, dont les migrants savent bien qu’elle ne peut durer longtemps passé un certain niveau de regroupement, donnant lieu à la nécessité d’y mettre fin. L'opération a été menée par les services préfectoraux, l’Ofii, la ville de Paris et la présence des associations humanitaires de soutien aux migrants.

Les migrants de la porte de la Chapelle sont des Afghans, Soudanais, Somaliens, Erythréens, rien à voir avec la Syrie. De surcroit, ces pays ne connaissent rien de nouveau qui justifierait qu’ils émigrent vers les pays développés comme réfugiés. Ils ne le sont pas d’ailleurs, pour l’essentiel, ce qui est souligné par le fait que nous n’ayons affaire pratiquement qu’à des hommes, marqueur d’une immigration économique.

Cette situation témoigne d’une politique migratoire du gouvernement précédent marquée par le laxisme, pour beaucoup sous l’influence de l’Union européenne qui a joué la carte, à tous crins, de l’accueil humanitaire comme seule pensée politique. L’Allemagne elle-même en est revenue depuis, mais dont elle a ouvert les vannes avec un président de la République française suiviste. C’est ce qui a favorisé l’enracinement massif en Europe d’une immigration irrégulière économique, avec des migrants se donnant pour légitimité le statut fallacieux de « réfugié ». La circulaire Valls de 2012 n’a rien arrangé, puisqu’en donnant un droit à régularisation pour tout étranger qui peut prouver cinq ans de présence sur le territoire, sous certaines conditions, elle incite plutôt les migrants à venir en France et à y rester bien qu’en situation irrégulière. Ce qui est venue s’ajouter à l’existence d’un droit à régularisation au bout de 10 ans, toujours en vigueur. On attend de voir ce que va véritablement entreprendre ce gouvernement pour tenter d'endiguer cette montée en puissance d’une immigration devenue hors-norme et hors cadre.

Les mesures annoncées jusqu'à présent (hotspots, raccourcissement des délais de traitement des demandes d'asile...) pour réguler les flux migratoires semblent assez floues. Que peut-on en attendre à plus long terme ? 

Pas grand-chose, si on reste sur la même trajectoire des réponses actuelles à un phénomène auquel il est impérieux de mettre un feu rouge. Le gouvernement promet que la situation administrative des migrants de la Chapelle fera l’objet d’un « examen complet et approfondi » pour les orienter, et dit vouloir faire « un tri » entre « réfugiés politiques » et « migrants économiques ». Mais ceci n’aura d’effet que si des mesures coercitives dissuasives existent. La loi ne peut être respectée sans sanctions, comme signe clair que la France en saurait devenir une sorte de squat géant. En 2016, les deux tiers des demandeurs d’asile déboutés sur les 100.000 demandant ce titre sont restés en France en situation irrégulière. Ils représentent plus de la moitié des « sans domicile fixe » dans notre pays. Ce sont 91.000 étrangers en situation irrégulière qui ont été interpellés en 2016, selon Edouard Philippe, et seuls 31.000 se sont vus délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Ils sont moins de 25.000 à l’avoir fait, dont ceux qui y sont financièrement aidés par différents dispositifs de retour qui coûtent cher à la France. Seulement 13.000 y ont été réellement contraints. On est loin du respect de la loi et du discours de ceux qui veulent faire passer pour des racistes les observateurs rigoureux qui s’inquiètent de cette montée de la présence immigrée irrégulière massive en France. Rien de ce que prévoit le gouvernement ne laisse envisager une amélioration de la situation, et certainement pas la création des 12.000 places d’accueil de son « plan-migrants ». Réduire les temps d’instruction des dossiers en matière de droit d’asile, pour fluidifier le traitement des situations individuelles, reste une grande illusion si ceux qui en sont déboutés restent malgré tout. Ce ne sera jamais le socle de la maitrise d’une situation migratoire pour laquelle il faut voir les choses tout autrement.

Tout d’abord, il faut arrêter de donner à la dimension humanitaire la primauté sur la réponse politique, celle de l’Etat, de l’intérêt général qui est aussi celui des migrants qui respectent la loi. Ils n’ont aucun intérêt à ce que la France disperse ses moyens dans un accueil inconditionnel qui n’offre à l’horizon rien de viable pour personne. Les associations humanitaires doivent pouvoir jouer leur rôle, mais dans le cadre du respect d’une politique que l’Etat maitrise. Elles militent essentiellement pour un accueil inconditionnel comme le souligne leur refus que le gouvernement puisse faire le tri entre les réfugiés bénéficiaires du droit d’asile et les migrants économiques. Suivant leur logique, elles rejettent la proposition du gouvernement pourtant déjà problématique, de la création de plus de 12.000 places d’accueil, jugées insuffisantes. Mais ont-elles simplement réfléchi où pourrait nous mener le fait de ne pas fixer de limites ? On voit bien là l’impasse de l’humanitaire face à la responsabilité de la question politique des flux migratoires. En témoigne le cercle vicieux de ce qui se passe à Calais, où les associations de défense des migrants ont reçu le soutien du Conseil d’Etat qui a accédé à leur demande de création de points d’eau, de sanitaires, à titre humanitaire, pour les candidats-clandestins au départ pour l’Angleterre, contre l’avis même du ministre de l’intérieur et des élus locaux, créant toutes les conditions de la re-création d’une jungle, que ces mêmes associations avaient dénoncée. La politique migratoire se fait sous l’injonction humanitaire, le nez sur le guidon de bons sentiments qui sont respectables, mais ne peuvent fonder aucune politique raisonnée sur ce sujet.

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 19/08/2017 - 11:38 - Signaler un abus Retour

    Il est vrai que l'application des accords de Dublin n'a aucune efficacité s'il n'y a pas de frontières entre les pays. D'ailleurs ils ne sont pas appliqués. Ce n'est qu'un autre exemple de l'inefficacité chronique de l'UE. Mais pas besoin d'aller s'en prendre à l'UE puisque l'état français est incapable d'appliquer ses propres lois en matière d'immigration et en vote (régularisation des irréguliers) qui aggravent la situation. Je doute que Macron nous fasse la révolution dans ce domaine, ou alors au sens propre.

  • Par vangog - 19/08/2017 - 14:13 - Signaler un abus CLANDESTIN, DEHORS!

    c'est clair, non? et Moguerrini, Juncker, Mosco-le-vicieux, Macron-rothschild et tous les immigrationnistes béats doivent se préparer à être jugés pour crimes de collaboration avec les envahisseurs...

  • Par Liberte5 - 19/08/2017 - 23:29 - Signaler un abus Tout est dit par G. Chevrier

    l'alliance qui unit extrême-gauche, politiquement correct pousse à une invasion sans limite de la France. Le grand remplacement décrit par Renaud Camus est largement avancé.Cela sous l'influence dans nos rangs du totalitarisme rouge qui contrôle les médias, le système universitaire et une partie du système judiciaire. Il agit comme une force qui empêche de lutter contre cette invasion.E. Macron est pour que tout cela continue et soit organisé un large accueil pour ces envahisseurs.Notre civilisation va ainsi disparaître, comme cela peut se voir dans plusieurs quartiers, villes, voire département.. Notre premier ennemi est à l'intérieur. Ce sont des pétainistes. Si les patriotes n'arrivent pas à s'unir et cela très rapidement nous allons à notre perte.

  • Par cloette - 21/08/2017 - 10:19 - Signaler un abus Ils dèbordent de cet endroit

    Je me suis faite agressée hier par un j homme "typè" parlant Français mais avec un accent il a demandé son chemin puis m'a arrachè une chaîne avec pendentif en or . ( J'ai eu beau résisté ... ) . Il y avait un groupe de témoins un peu plus loin qui m'ont dit de porter plainte , je n'irai pas , temps perdu pour rien!

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Guylain Chevrier

Guylain Chevrier est docteur en histoire, enseignant , formateur et consultant.

Il est membre du groupe de réflexion sur la laïcité auprès du Haut conseil à l’intégration.

Dernier ouvrage : LAÏCITÉ, ÉMANCIPATION ET TRAVAIL SOCIAL
 
L’Harmattan, Sous la direction de Guylain Chevrier, Les Ecrits de BUC Ressources SOCIOLOGIE TRAVAIL SOCIAL, juillet 2017, 270 pages.

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