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Trump, Brexit et autres populismes... ce que les réseaux sociaux ont à nous apprendre sur "le paradoxe de l'outrage viral" qui est en train de façonner notre monde politique

Le paradoxe de l'outrage viral est un concept né des deux professeurs de Stanford. D'un point de vue psychologique comment expliquer ce phénomène ?

Malin

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Trump, Brexit et autres populismes... ce que les réseaux sociaux ont à nous apprendre sur "le paradoxe de l'outrage viral" qui est en train de façonner notre monde politique

 Crédit SAUL LOEB / AFP

Atlantico : Le paradoxe de l'outrage viral est un concept né des deux professeurs de Stanford Takuya Sawaoka et Benoit Monin. Le principe est simple : lorsqu'une personne publie un contenu sur les réseaux sociaux moralement répréhensible déclenchant en réaction des torrents d'insultes de la part des utilisateurs,l'émetteur, peu importe son propos initial, apparaîtra comme une personne "persécutée" qui pourra apparaître comme "de plus en plus sympathique" au fur et à mesure que les insultes afflueront.

D'un point de vue psychologique comment expliquer ce phénomène ? 

Nathalie Nadaud-Albertini  : .À partir d’un certain nombre de commentaires injurieux, l’auteur du premier post apparaît sous les traits d’un Maudit tel que Luc Boltanski le décrit dans La souffrance à distance. Morale humanitaire, médias et politique, et dont Sade à la Bastille est devenu une figure paradigmatique en France dans les années qui ont suivi la Deuxième Guerre Mondiale.

Ce sont des figures qui apparaissent sous les traits d’un accusé, voire d’un persécuté que l’on ne peut considérer comme innocent, puisqu’il revendique par ses écrits (numériques ou classiques) le mal dont on l’accuse, de sorte qu’il est impossible de le disculper en dénonçant ses persécuteurs. En effet, cela supposerait d’attribuer exclusivement la charge du Mal aux persécuteurs et la charge du Bien au persécuté et à ceux dénonçant la persécution.
 
Ce sont des figures de transgression des normes selon lesquelles on a coutume d’exprimer publiquement la conception du Bien et du Mal. Elles apparaissent ainsi comme des figures incarnant le désir d’une existence libre de limites, une sorte de liberté effrénée qui transgresse règles, interdits et tabous. Lorsqu’elles sont abondamment prises à partie, il semble que c’est la liberté même que l'on veut enchaîner. On a alors envie de briser ce qui semble menacer de les ligoter, prenant nous-mêmes à partie leurs détracteurs, en oubliant que l’indignation de ces derniers n’était pas sans fondements.
 

Considérant l'importance prise par les réseaux sociaux pendant les périodes électorales, ce phénomène pourrait-il être un élément explicatif supplémentaire à l'élection de dirigeants populistes ?

François Bernard Huyghe : Je me doute que vous pensez à Donald Trump. Je suis tenté de répondre oui. Puisque si l'on prend son exemple, sa stratégie électorale n’était pas de se faire bien voir par CNN ou par les intellectuels de la côte ouest ou encore les castes cultivées qu'il pensait déjà perdus. Sa stratégie, c'était d’envoyer des petites phrases qui allaient susciter des réactions et auxquelles son public naturel pourrait s’identifier. C’est ça la méthode Trump. On suscite une réaction de l'establishment par des propos politiquement incorrects. C’est économique, car il suffit de lancer un tweet pour faire la première page des journaux. Pas besoin de se payer un spécialiste du marketing politique.

Il y a d’abord une question de style. C’est laconique, c’est brutal, c’est provocateur. Le populiste se pense comme quelqu'un qui dit les choses brutalement sans s’embarrasser des genres. « Je parle comme le peuple...».

Un deuxième effet, la phrase provocatrice va mobiliser du côté de ses adversaires. Elle va être diabolisée, mais va mobiliser en sens inverse du côté de ses partisans qui vont trouver la confirmation de ce qu’ils pensent tous seuls : "on ne peut plus rien dire", "on nous confisque la parole"… Il y a un déni de réalité.... Cela retrace les lignes de fractures et ramène chacun dans son clan. C’est une polarisation. Les élites et les peuples.

En provocant l’adversaire, on solidarise son camp et on fait une démonstration de courage et de grande gueule.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 17/08/2018 - 09:25 - Signaler un abus Donald a terrassé les fake-newsers!

    Les médias gauchistes sont tombés dans l’excès de tout gauchisme, au crépuscule de sa gloire. Ils ont éjecté les penseurs libres et imposé la doxa gauchiste, tiers-mondiste, repentante et mondialiste à tous les journalistes. En abolissant le pluralisme médiatique, ils se sont tirés une balle dans le pied, eux-mêmes, et il devenait facile à Trump de donner le coup de grâce à cette entreprise de manipulation sordide. Les médias occidentaux n’auront pas le choix, devront bannir l’ideologie mondialiste des salles de rédaction, et devront rapidement retrouver le pluralisme nécessaire à une information saine...Pour l’UE, cela sera plus dur et plus long de rétablir la démocratie mediatique. Mais n’ayez crainte! Car les patriotes RN arrivent...

  • Par J'accuse - 17/08/2018 - 10:07 - Signaler un abus Rien de nouveau sous le soleil

    Que veut dire "contenu moralement répréhensible" ? Si c'est contraire aux lois, la justice doit être saisie; sinon, il s'agit de liberté d'expression. Provoquer volontairement des réactions violentes pour faire parler de soi, détourner l'attention ou jouer les persécutés, est vieux comme le monde, et aucun concept nouveau n'est découvert; les réseaux (a)sociaux sont juste un outil récent de communication, et il est naturel qu'ils soient utilisés pour ça.

  • Par kelenborn - 17/08/2018 - 10:51 - Signaler un abus Le dernier§ est admirable

    Si quelqu'un a compris quoi que ce soit à cette soupe de pois qu'il lève le doigt. J'allais dire pauvres étudiants mais vu ce qu'elle enseigne, ne pas être compris est déjà un signe de compétence

  • Par Frangipanier123Paris - 17/08/2018 - 13:50 - Signaler un abus Atlantico aurait gagné en "taux de clarté générale" ...

    ... en ne publiant pas ce papier à la fois abscons et inutile !!!

  • Par Liberte5 - 17/08/2018 - 16:19 - Signaler un abus "pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué"

    "Clair comme de l'eau de boudin", tout ce jus est incompréhensible. Je plains les étudiants qui doivent se gaver de tels profs.

  • Par cloette - 17/08/2018 - 20:41 - Signaler un abus C'est vrai

    qu'on comprend rien .

  • Par Phlt1 - 18/08/2018 - 08:59 - Signaler un abus Coucou.!.

    Et si on se réveillait.?. Qu'est-ce qui permet cette dérive (parce que c'est une dérive dès lors qu'elle relève de la manipulation).?. Ce sont les médias qui sont responsables de ces dérives, particulièrement les grands médias incapables de faire leur travail, de reprendre les faits par la racine, et de les situer par rapport aux vraies valeurs, puisque les vraies valeurs de nos sociétés sont le fruit de très durs combats de nos ancêtres (démocratie, république, laicité, et tout ce qui permet de vivre correctement en société, à commencer par les 10 commandements). Un exemple.?. AIR FRANCE.!. Hier sur TF1, la déléguée CGT explique que "Tout ce que ce patron va nous prendre sera en moins pour nous.!.". Mais aucun journaliste pour resituer le contexte: cette même personne vient de faire perdre 450 Millions d'Euros à sa propre société, et par le biais de grèves totalement injustifiée au regard du statut du personnel d'Air France et de la situation économique de cette compagnie.!. Pour redresser la catastrophe créée par cette gréviste, la nouveau patron va coûter 15 Millions d'euros, soit...435 Millions de moins que les actes de cette gréviste stupide.!. On se réveille les MEDIAS.!.

  • Par Benvoyons - 18/08/2018 - 10:01 - Signaler un abus Tout est juste dans les propos des 2 protagonistes

    Mais bien évidemment cela n'est qu'une facette car il y en a une multitude d'autres. Pour ceux qui s'offusquent, il faut qu'ils sachent qu'en fait ils sont comme (Mr Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir) ils utilisent tous les jours la manipulation. Le fait de parler, d'écrire, & donc d'émettre des réponses , des interrogations, ils sont dans la manipulation pour l'intérêt de leurs idées, désirs etc... Donc moi-même......:)::)) Vendre c'est manipuler , la Diplomatie c'est manipuler, la Politique c'est manipuler, Aimer c'est manipuler. Voir un film, lire, c'est entrer dans une manipulation. Pourquoi tout est manipulation? Aucun humain n'a totalement prise sur son avenir son futur & il se trouve en permanence a s'adapter pour continuer. Celui qui refuse d'y adhérer se trouve dans un CHS ou se suicide. Donc l’Évolution Humaine, de la Nature, ne sont que des manipulations pour poursuivre....

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François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe est directeur de recherches à l’Iris.
 
Il enseigne notamment au Celsa-Paris IV à l’Iris Sup, et anime le site http://huyghe.fr
 
Spécialiste des stratégies de l'information, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont La Soft-idéologie (Robert Laffont ), L'Ennemi à l'ère numérique (Puf), Comprendre le pouvoir stratégique des médias (Eyrolles), Maîtres du faire croire de la propagande à l'influence (Vuibert), Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire (avc A. Bauer, Puf), et Terrorismes, Violence et Propagande (Gallimard) 
 

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Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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