Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 21 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Les épines du rosier
3) La gauche et les calamiteuses 35 heures

Dans un pamphlet qu'Atlantico publie en feuilleton et alors que François Hollande fait figure de favori des sondages, Roland Hureaux a souhaité faire le point sur les grandes lignes des politiques passées et à venir des socialistes. 3ème épisode : le PS et les 35 heures.

Pamphlet

Publié le - Mis à jour le 23 Avril 2012

Lire aussi :


 

Non seulement la gauche a bridé la compétitivité française en instaurant la politique du franc fort puis en faisant entrer le franc dans l’euro à un cours désavantageux pour notre pays, mais les dirigeants socialistes ont pris, en 1997, une décision capitale qui ne pouvait qu’aggraver les effets néfastes de leur  politique monétaire sur la compétitivité : l’instauration des 35 heures.

Représentant une augmentation du coût du travail de 11,4 %, les 35 heures sont une mesure typiquement idéologique, en ce sens que personne ne la demandait ( ce que voulait la classe ouvrière, c’était d’abord de meilleurs salaires ! ) et qu’elle obéissait à un raisonnement de caractère purement philosophique.

Est à l’œuvre derrière cette décision, la philosophie de la "fin du travail" : on pense que, grâce au progrès technique, les hommes travailleront de moins en moins jusqu’à ne plus travailler du tout. Une philosophie qui s’articule avec la théorie de la décroissance chère aux écologistes. Les deux se trouvent aux antipodes des valeurs fondamentales de la classe ouvrière qui tient le travail pour une donnée fondamentale de l’existence.

Illusoire et catastrophique fut également la théorie du "partage du travail", l’idée que si certains travaillaient moins, d’autres auraient plus d’emploi : les plus grands économistes sont depuis longtemps d’accord pour dire que le travail ne se partage pas. Faire travailler moins les uns ne donne pas de travail aux autres, bien au contraire... L’expérience le confirma.

Il est probable que le vrai motif des 35 heures était l’intégration européenne : le choix du franc fort, dans un marché ouvert, contraignait à la modération salariale ; on se dit que faute de pouvoir donner de l’argent aux salariés, on leur donnerait du temps ! Ce que naturellement ils ne demandaient pas.

La dissolution de 1997 avait pris le PS de court. Il élabora en hâte un programme de bric et de broc. Quelqu’un (probablement Dominique Strauss-Kahn) suggéra de passer de 39 à 35 heures. La proposition fut adoptée d’autant plus facilement que la gauche ne s’attendait pas à gagner les élections. Elle les gagna. Jospin était un honnête homme ; il fit ce qu’on ne doit jamais faire : tenir ses promesses quand elles sont mauvaises.

A ces objections, les socialistes répliquaient que, dans l’industrie, les progrès de la productivité compenseraient très vite le coût du passage aux 35 heures. C’était vrai, mais, ce disant, ils perdaient de vue avec une extrême légèreté que plus de 80 % des emplois français ne sont plus des emplois industriels : quels gains de productivité attendre dans les services à la personne, l’enseignement ou l’hôtellerie ? Le résultat ne se fit pas attendre : si l’industrie encaissa assez vite le choc des 35 heures, les hôpitaux et les maisons de retraite s’en trouvèrent désorganisés, obligés de choisir entre une inflation des coûts et un appauvrissement du service. C’est de là que l’on peut dater le début du déclin de notre magnifique système hospitalier.

Comme le PS ne tenait pas non plus à se mettre à dos le patronat, Martine Aubry chargée de mettre en place les 35 heures, après avoir passé quelques années de lucratif pantouflage chez Rhône–Poulenc, lui concéda, en échange, toute une série d’avantages : subventions très coûteuses pour le budget de l’État, flexibilité beaucoup plus grande des horaires de travail et naturellement une modération salariale qui, au bout de quelques années ont compensé, et au-delà, les 11,4 % que représentait le passage aux 35 heures. En bref, les 4 heures gagnées, les salariés les ont payées 10 ou 12 !

Le partage de la plus-value qui se situait en 1980 à environ 80 % pour le travail et 20 % pour le capital n’a cessé de se dégrader depuis lors : le rapport est aujourd’hui d’environ 65 %-35 %. Pour les raisons que nous venons de voir, la période où il s’est le plus dégradé au détriment des salariés est celle du gouvernement Jospin, marxiste de formation comme on sait.

Le caractère désormais imprévisible et irrégulier des horaires d’usine rend le travail plus pénible ; les salariés ne faisant que se croiser, la communauté de travail s’est peu à peu délitée, affaiblissant un peu plus les syndicats : bravo le progrès social à la mode socialiste !

Le seul tort de la droite, revenue au pouvoir en 2002, a été de ne pas revenir sur cette politique calamiteuse. Le lundi de Pentecôte travaillé cher à Jean-Pierre Raffarin, et la défiscalisation des heures supplémentaires, chère à Nicolas Sarkozy, ne furent que des coups d’épingle un peu mesquins dans un dispositif qu’on n’osa pas remettre en cause dans sa globalité (ce qui n’aurait pu se faire naturellement qu’avec une augmentation des salaires). La droite dut même subir les conséquences, à partir de 2002, de l’arrivée de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque centrale européenne, lequel, à la différence de son prédécesseur Wim Duisenberg, misa sur un euro le plus fort possible face au dollar, aggravant ainsi le handicap de compétitivité de la France et les déficits du pays.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par zen aztec - 19/04/2012 - 08:53 - Signaler un abus pas mal

    (ce qui n’aurait pu se faire naturellement qu’avec une augmentation des salaires). Passer de 35h payée comme 39 a39 payée comme 35 +4 donc coût du travail augmenté de 10a12% de+ ? Impossible de revenir aux 39 ou40h ça a été un gros bordel de les imposer ça serait un immense merdier de les supprimer

  • Par zen aztec - 19/04/2012 - 08:54 - Signaler un abus en passant...

    ...je suis employeur...

  • Par jpeter55 - 19/04/2012 - 09:22 - Signaler un abus Sûr ?

    Il ne suffirait pas de dire : « C'est fini, chaque entreprise organise le temps de travail en fonction de son carnet de commande. Au passage, on supprime les seuils sociaux qui obligent certaines entreprises à ne pas embaucher au delà de 10, 50, 100 employés sous peine de se voir pénalisé par un carcan juridictionnel et syndical qui empoisonne plutôt qu'autre chose la vie d'une entreprise...

  • Par jpeter55 - 19/04/2012 - 09:23 - Signaler un abus !!!

    J'oubliais : ... la vie d'une entreprise ? »

  • Par guigou - 19/04/2012 - 09:29 - Signaler un abus le mythe des 35h

    Les 35h sont à l'UMP ce que le dragon fut à Saint Georges. Sans la détestation des 35h, qu'aurait été l'UMP ces 10 dernières années ? Sinon, Roland, il a mangé quoi le président hier ? vous devez le savoir puisque Atlantico vous a chargé de passer votre semaine avec la langue dans son caleçon.

  • Par Vincennes - 19/04/2012 - 10:34 - Signaler un abus Sans le Fouquet's, les lunettes, la Rolex où en serait le PS??

    Toujours aussi sympa "Guigou" presqu'autant que l'autre. Vous devriez, néanmoins, surveiller votre façon de parler à moins que vos pensées aillent vers Strouss-Kahn??

  • Par l'enclume - 19/04/2012 - 11:04 - Signaler un abus Les épines du rosier 3) La gauche et les calamiteuses 35 heures

    Pourquoi voudriez vous que les dirigeants socialistes comprennent la vie de l'entreprise, 98% sont issus de la fonction publique. Soixante et un pour cent à l'Assemblée nationale. Ils ne vont pas se tirer une balle dans le pied. La France est gouvernée par une oligarchie fonctionnarisée, cela ne risque pas de s'améliorer si "Guimauve le conquérant" est élu. Assemblée nationale : P.S. = 60,29% - P.C.F/Vert = 55,56% - U.M.P = 28,43% - N.C =24% Les pourcentages sont plus importants concernant les Présidents et élus des Conseils régionaux et départementaux.

  • Par Manuman - 19/04/2012 - 11:09 - Signaler un abus ces épines, c'est rien à côté de l'éthique perdue de l'UMP

    J'étais il y a peu encore un indécis, car à part le volet immigration, les 3 candidats Sarko-Bayrou-Hollande ne sont sur le plan économique différents qu'à la marge, et un peu sur les valeurs.... jusqu'à ce que Sarko me rende service: Il a dit et écrit que une personne marié à un Français et qui ne parle pas correctement le Français ne rentrera pas en France... Ce salaud renie donc mon existence en France puisque c'était il y a quelques années le cas de mon épouse, aujourd'hui Bac+3 et Agent de la fonction publique à l'hôpital, parlant le Français bien mieux qu'un tas de Français des campagnes... Je démontre donc que le président sortant produit des mesures profondément injustes...Je n'accepterai d'aucune manière que mon président considère que je n'ai rien à faire dans mon pays... Et donc je vais le faire dégager avec plaisir en votant Stratège... c'est-à-dire FH au premier et FH au second, et FH pour toutes les procurations qu'on m'a filées... Ce nabot populiste, menteur et corrompu jusqu'au cou, il est fini, il va aller aux tribunaux... Certes il n'y aura de preuves que pour le volet Béthencourt et pas Karachi ni Khadafi, mais çà me suffira.

  • Par Apicius - 19/04/2012 - 12:08 - Signaler un abus Un peu de réalité

    Affirmer "Vivre sans travailler" est aussi stupide que d'affirmer "Vivre sans respirer". Un minimum de réflexion le démontre. C'est pour cela que le chômage est la plaie fondamentale à combattre, en se souvenant qu'il n'est pas grave de perdre un emploi, ce qui est grave c'est de ne pas en retrouver. Un chômeur...

  • Par coco69100 - 19/04/2012 - 15:09 - Signaler un abus Ah les marxistes de gauche

    C'est marrant de voir un pseudo homme de droite soutenir le concept marxiste est arrieré de la plus value qui n'a jamais été egale à 80% pour le travail en 1980 http://www.ses-et-cie.fr/lycee/spip.php?article21 AMis à 72 % du fait du choc petrolier http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Partage_va.png Si on regarde la aprt des remunerations elle n'a aps bougé. Monsieur hureaux est docn un falsificateur et un menteur comme on en trouve tant aujourd'hui.

  • Par toulonrct - 19/04/2012 - 19:48 - Signaler un abus pas encore gagné pour hollande à voir

    http://www.sondagepresidentielle.fr/blog/hollande-et-sarkozy-a-egalite-au-premier-tour/#more-410

  • Par toulonrct - 19/04/2012 - 21:38 - Signaler un abus sondage à découvrir

    http://www.sondagepresidentielle.fr/blog/hollande-et-sarkozy-a-egalite-au-premier-tour/#more-410

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

Voir la bio en entier

En savoir plus
Je m'abonne
à partir de 4,90€