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Le plan numérique, miroir aux alouettes de l’Education nationale : les écoles qui utilisent le plus les écrans obtiennent de moins bons résultats

De plus en plus d'experts et d'études s'alarment de l'introduction massive des écrans dans les processus d'apprentissage des élèves que vise le "plan école numérique" du gouvernement. Certains souhaitent même le retour à une école sans écrans, au moins jusqu'à l'âge de 15 ans.

Wall-E(ducation)

Publié le - Mis à jour le 24 Octobre 2016
Le plan numérique, miroir aux alouettes de l’Education nationale : les écoles qui utilisent le plus les écrans obtiennent de moins bons résultats

Nous confondons les mouvements qui se font sur un écran et l'activité de l'élève. Un élève actif est un élève qui produit (un écrit, un dessin, un texte à l’oral), et pour cela, il n'a pas besoin d'un support numérique.

Atlantico : Les résultats d'un récent rapport de l'OCDE (voir ici) démontrent que les élèves utilisant très souvent les ordinateurs à l’école obtiennent des résultats bien inférieurs que les autres, même après contrôle de leurs caractéristiques socio-démographiques. Comment expliquer ces résultats ? Faut-il selon vous souhaiter le retour d'une école sans écrans, contrairement à ce que vise le "plan école numérique" du gouvernement ? 

Karine Mauvilly : Ce résultat de l'enquête Pisa 2012, qui a été réétudié en 2015 sous l'angle de la numérisation des systèmes scolaires, a été peu commenté et peu pris en compte par les pouvoirs publics. On découvre pourtant une corrélation négative entre la numérisation de l'école et la performance des élèves : plus les élèves travaillent sur écran, moins ils comprennent ce qui est écrit dessus.

Dans le match France/Etats-Unis, les élèves français sont mieux classés en mathématiques (et ex-æquo en compréhension de l’écrit) alors que le système scolaire français est beaucoup moins numérisé ; quant à la Corée du Sud, peu numérisée, elle est toujours classée dans le trio de tête…

Pour comprendre ce résultat, nous avons consulté de nombreuses études scientifiques, en particulier américaines. Il apparaît par exemple qu’une bonne mémorisation des connaissances est étroitement liée à la prise de notes à la main, car on reformule davantage les mots du professeur en écrivant à la main. Autre exemple : le numérique est souvent associé à une pédagogie active. Or nous confondons les mouvements qui se font sur un écran et l'activité de l'élève. Un élève actif est un élève qui produit (un écrit, un dessin, un texte à l’oral), et pour cela, il n'a pas besoin d'un support numérique. Dès les années 1920, la pédagogie Freinet mettait les élèves en activité en leur proposant de réaliser un journal de l'école ou une correspondance scolaire. La mise en activité de l'élève, aujourd’hui vivement conseillée aux enseignants, n'a nullement besoin de béquilles numériques.

Un autre point est intéressant à soulever, l’affirmation, reprise par le ministère de l’Education nationale, selon laquelle le numérique scolaire aiderait à lutter contre les inégalités. Or aujourd'hui, on constate que la fracture numérique s'est inversée : ce sont les enfants les plus défavorisés qui sont le plus équipés en objets connectés (téléphones, tablettes, télé ou ordinateur dans la chambre). C'est ce que confirme une étude de l'AFEV, qui a étudié le degré de numérisation des élèves dans les zones prioritaires. 75% des jeunes interrogés sont inscrits à un réseau social, 86% possèdent un téléphone portable, etc. Cela signifie que si l'école introduit massivement les écrans au quotidien, ces enfants déjà hyper connectés dans leur vie, vont se voir rajouter du temps d'écran, avec tous les impacts sanitaires et cognitifs que cela implique. Nous savons à présent que les écrans empiètent sur le temps de sommeil (si important dans la réussite scolaire), nuisent à la concentration des élèves, et diminuent leur capacité à reconnaître les émotions des autres. Une étude menée en 2014 par deux universités californiennes a montré qu’un groupe d’élève passant 5 jours sans écrans en camp de nature, reconnaissait ensuite mieux les émotions non verbales sur des visages, que le groupe contrôle resté dans son environnement scolaire connecté habituel. Cette école numérique présentée comme un moyen de lutter contre les inégalités, risque donc de les renforcer, étant donné que l'on accentue les effets des écrans sur des enfants déjà ultra connectés.  

Andreas Schleicher : On sait que les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent être des formidables outils pour améliorer les pratiques d’enseignement, pour les individualiser, pour étendre et approfondir le temps passé à apprendre, et en support des pratiques d’apprentissage co-opératif. Toutes ces pratiques ont fait leurs preuves. Mais en réalité, aujourd’hui, il n’y a pas d’exemple de pays qui ait réussi, en introduisant les TIC, à améliorer les apprentissages des élèves. L’utilisation qui en est faite est souvent sous-optimale, et les distractions possibles sans doute trop nombreuses pour que l’apprentissage des élèves en bénéficie.

Alain Sotto : Mon inquiétude est grande de voir cette nouvelle innovation rejoindre, dans les placards de l’Education Nationale, les autres écrans comme le téléviseur de la télévision scolaire ou l’ancêtre des tablettes, le TO 7 de Thomson. Ce que laisse entendre le rapport de l’OCDE, c’est qu’il est inutile d’introduire une nouvelle technologie censée motiver les élèves, sans que ceux-ci ne maîtrisent la compréhension de l’écrit sur le support classique du papier. La lecture sur écran est plus lente, donc favorisant la distraction, moins souple également car on ne peut pas feuilleter et appréhender la surface totale d’un document.

De plus, un élève devant un écran n’a qu’un seul désir et une seule motivation : regarder des images sur Youtube ou sur ses réseaux sociaux. Ce qui est pour lui un objet de plaisir et d’excitation doit devenir en classe un outil d’apprentissage. Les tablettes des élèves reliées à l’ordinateur de l’enseignant offrent une interaction intéressante car il peut visualiser instantanément les résultats de la classe entière dans le cadre d’un exercice, par exemple.

Une utilisation "modérée" des écrans en milieu scolaire ne peut-elle tout de même pas être bénéfique ? 

Karine Mauvilly : Il est vrai que des outils numériques peuvent s'avérer utiles pour des élèves avec des difficultés d'apprentissage, comme les élèves malvoyants ou malentendants. Mais la grande majorité des élèves n'ont pas ces difficultés.

Le plan Hollande pour l’école numérique est un plan de numérisation individuelle des élèves aux sens normaux, pas un projet d’aide aux élèves handicapés, ni de meilleur usage des salles informatiques collectives. Il s'agit, à terme, de fournir une tablette à chaque élève même s'il n'a pas de difficultés d'apprentissage. C’est comme vouloir mettre un plâtre à tous les enfants, même à ceux qui n’ont pas la jambe cassée. Notre proposition est donc celle de l’école sans écrans, jusqu’à 15 ans. 

Andreas Schleicher : Ce qui est efficace sans les TIC, peut être rendu plus efficace encore avec les TIC, à condition que les enseignants en maîtrisent la bonne utilisation à des fins pédagogiques. Un exemple vient de la formation initiale et continue des enseignants. Les TIC permettent de généraliser les pratiques de formation en situation, de faire des aller-retours entre théorie (par exemple par des cours à distance, ou un tutorat à distance) et pratique, de partager l’expérience avec d’autres collègues, de mettre en lien des enseignants experts et moins experts, de montrer des pratique exemplaires (je pense par exemple au site de l’IFE néopass@ction, http://neo.ens-lyon.fr/neo). Or on sait que la participation à des cours, séminaires, réunions, est très peu efficace pour changer les pratiques des enseignants, parce qu’elle est trop déconnecté de la pratique quotidienne et ne répond que mal aux besoins spécifiques de chacun.

Alain Sotto : Soit la tablette est utilisée comme un écran de projection permettant de voir des documentaires ou des films, mais dans ce cas le tableau numérique est le plus adapté, soit elle est utilisée pour faire des recherches de plus en plus complexes par mots clés sur internet. Là, l’enseignant doit transmettre des techniques qui incitent l’élève à un véritable travail de réflexion. Faire des liens, comparer et analyser les différentes sources d’une information, apprendre à lire une image, apprendre à rédiger et à mettre en page des textes, sont des activités bénéfiques mais qui supposent un très bon niveau de lecture/compréhension. Cependant, le travail sur ordinateur implique concentration, calme et silence ce qui est loin d’être l’ambiance actuelle des classes.

 
Commentaires

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  • Par pale rider - 13/10/2016 - 07:57 - Signaler un abus Rien de surprenant ... et que d'argent dépensé en vain ...

    L'être humain est avant tout un être de relation, c'est sur cela qu'il faut construire et s'appuyer : il faut construire en classe un cadre qui permet l'établissement de relations équilibrées : maître-élève , élève-élève où chacun est à sa place . Tant que cet aspect n'est pas en place , rien de bon n'en sortira . Après , si cela est en place , pourquoi pas un peu de numérique .

  • Par vangog - 13/10/2016 - 10:08 - Signaler un abus "Le syndrome gauchiste d'inversion des courbes têtues"

    tout ce que réalisent ces archaiques aboutit à l'inverse des buts désirés. Je propose aux gauchistes de choisir le déclin...ils ont toutes les chances d'obtenir le progrès, enfin!

  • Par Aldel - 13/10/2016 - 10:25 - Signaler un abus Constat correct, mais conclusion erronée

    Je suis d'accord avec les constats qu'une mauvaise utilisation des écrans (en particulier passive) est certainement une mauvaise chose. Mais c'est méconnaitre la réalité de terrain et une évidence: ce n'est pas l'outil qui est à blâmer mais l'utilisation qui en est faite !! J'ai pu voir de mes yeux une classe de primaire à Elancourt où chaque enfant avait une tablette, et le résultat étant tout simplement bluffant : avec un enseignant qui sait très bien utiliser cet outil, qui est pris en complément des outils existant, livres, cahiers, stylos, et non pas en remplacement, les enfants sont plus actifs car ce qui leur ait demandé est plus individualisé. Je recommande très vivement à Atlantico de faire un reportage là-bas (maire UMP, pas PS bobo). J'ai aussi vu à plusieurs endroits des classes avec des tableaux numériques: le champ des possibles pour l'enseignant est tout simplement décuplé; mais il faut apprendre de nouvelles pratiques : donc des formations adaptées pour les enseignants. Le numérique ne va pas résoudre les problèmes comme d'un coup de baguette magique, mais c'est un nouvel outil qu'il serait dommage de ne pas utiliser : inspirons-nous de ce qui marche, ça existe !!

  • Par Aldel - 13/10/2016 - 10:34 - Signaler un abus Besoin d'une formation scientifique et technique

    Je note que les propos de Mme Mauvilly dénote d'une méconnaissance scientifique et technique assez surprenante. Quand je lis "L’OMS a classé les ondes électromagnétiques parmi les substances "cancérigènes possibles pour l’homme" pour plaider contre le WiFi dans les classes, je me dis qu'il aurait beaucoup à apprendre à certains journalistes pour qu'ils tiennent des raisonnements rationnels. Et de tels propos ne peuvent qu'altérer la crédibilité des autres affirmations tenues dans la plaidoirie de son auteur.

  • Par cloette - 13/10/2016 - 13:29 - Signaler un abus Les ingénieurs de la Silicon Valley

    Interdisent les tablettes au primaire pour leurs enfants .

  • Par zouk - 13/10/2016 - 13:40 - Signaler un abus Informatique à l'école

    Miroir aux alouettes et écran de fumée. Le cœur du problème est de restaurer l'autorité de l'instituteur ainsi que celle du savoir, voyez la réussite des enfants de la communauté asiatique; Leur culture est fondée sur le respect du savoir, et les parents veillent à sa transmission. Wifi cancérigène, que ne lirons nous pas? Comble des croyances en des théories mensongères parties de???

  • Par zouk - 13/10/2016 - 13:41 - Signaler un abus Informatique à l'école

    Miroir aux alouettes et écran de fumée. Le cœur du problème est de restaurer l'autorité de l'instituteur ainsi que celle du savoir, voyez la réussite des enfants de la communauté asiatique; Leur culture est fondée sur le respect du savoir, et les parents veillent à sa transmission. Au passage, en quoi les ondes sont elles une substance? Wifi cancérigène, que ne lirons nous pas? Comble des croyances en des théories mensongères parties de???

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Alain Sotto

Alain Sotto est psychopédagogue. II s'est spécialisé dans les stratégies d'apprentissage pour enfants et adultes. Il a co-écrit, avec Varinia Oberto, "Le beau métier de parent" aux éditions Hugo Doc.

 

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Karine Mauvilly

Karine Mauvilly est journaliste et ancienne enseignante. Elle est notamment coauteur, avec Philippe Bihouix, de l'essai "Le désastre de l'école numérique" aux éditions Seuil 

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Andreas Schleicher

Andreas Schleicher est directeur de la Direction de l’éducation et des compétences de l'OCDE

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