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Plan Borloo : vers la fin de la méritocratie républicaine en banlieue

Un manque de perspectives et de compréhension qui se matérialisent dans les urnes par une désaffection du politique et la désagréable impression que les sacro-saintes valeurs de la République, répétées à longueurs de journée sur les plateaux télévisés, s’arrêtent à l’entrée de la cité.

Crise de la cité

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Plan Borloo : vers la fin de la méritocratie républicaine en banlieue

Jamais la citation de Jacques Bénigne Bossuet selon laquelle « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » n’a paru autant correspondre à la gestion politique des banlieues. Près de trois siècles après que l’Évêque de Meaux eut énoncé sa formule dans Histoire des variations des Églises protestantes, le constat, empreint de cynisme et d’ironie, s’applique parfaitement à la réponse apportée par l’État depuis 1977 aux problèmes que rencontrent les habitants de ces territoires.

Sentiment d’abandon, clientélisme, assistanat, promesses politiques non tenues, les difficultés qui minent le quotidien des personnes reléguées derrière le périphérique ont rarement trouvé leur solution dans la réponse gouvernementale. Pis encore, celle-ci se résume depuis le premier plan dédié aux banlieues, à ouvrir les vannes de la dépense publique, sans vision pérenne de l’avenir ni aucune ambition concrète, si ce n’est casser ici où là quelques barres d’immeubles et les remplacer par des espaces verts. 

Un manque de perspectives et de compréhension qui se matérialisent dans les urnes par une désaffection du politique et la désagréable impression que les sacro-saintes valeurs de la République, répétées à longueurs de journée sur les plateaux télévisés, s’arrêtent à l’entrée de la cité.

Emmanuel Macron, a donc jugé bon au mois de novembre dernier d’annoncer les grandes lignes de ce que sera la politique de la ville pour les cinq années à venir, avec évidemment une attention toute particulière accordée aux banlieues. Un premier jalon complété la semaine passée par Jean-Louis Borloo, lequel a remis au Président de la République un rapport articulé autour de 19 programmes. 

Ministre délégué à la ville entre 2002 et 2004, l’ancien édile valenciennois avait déjà été force de propositions il y a 15 ans en mettant sur pieds l’Agence nationale de rénovation urbaine. Iconoclaste, il fût également à l’origine de la loi permettant la création de la haute autorité de lutte contre la discrimination et l'égalité des chances (HALDE), conscient des difficultés rencontrées par les jeunes de banlieues au moment de la recherche d’emploi.

Pourtant, sur l’ensemble des propositions formulées dans le rapport « Vivre ensemble, vivre en grand la République », seules quelques-unes semblent aujourd’hui en mesure de répondre efficacement aux besoins des habitants concernés.

Créer les conditions nécessaires à la permanence des valeurs républicaines dans les banlieues

En effet, en teintant son texte d’une philosophie éculée mêlant renoncement de la puissance régalienne et arrangement avec le principe méritocratique, Jean-Louis Borloo acte la fin de l’ambition républicaine en banlieue. Au lieu de normaliser ces territoires en créant notamment les conditions nécessaires à la réussite scolaire des jeunes qui en sont issus, le plan préconise plutôt de les enfermer dans une logique de charité politique. La proposition de créer une « Académie des leaders », accessible sur concours, qui s’adresse uniquement à 500 jeunes de moins de 30 ans par an, est ici le symbole d’une américanisation des politiques publiques à l’encontre des minorités qui se fait au détriment de la méritocratie républicaine. Surtout, elle prend le contre-pied parfait de l’esprit d’entreprendre qui traverse ces territoires et dont de nombreuses structures associatives se sont fait les relais. 

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 17/05/2018 - 10:43 - Signaler un abus C'est terrible et scandaleux !

    Comme toujours, on a droit au discours pleurnichard de l'intello de service, qui vient nous expliquer ce que doit être le rôle de l'Etat. En clair, faites des gosses et retourner vous sur l'Etat, en cas d'échec du parcours scolaire. Cette sorte de chantage permanent est scandaleux. J'ai connu des classes dans le primaire, ou nous étions 52 élèves/ classe, français et arabes. Mais il y avait une énorme différence : le soir à la maison, j'avais un père. Et face à cette absence d'éducation, d'assimilation de culture, on laisse ces pseudos intellos venir nous faire la morale et réclamer toujours un peu plus de fric.

  • Par Alain Briens - 17/05/2018 - 10:52 - Signaler un abus Bravo !

    Il ne faut pas créer une "sous-ENA" du pauvre mais permettre à ceux qui en on le talent et la volonté d'intégrer la vraie ENA, ou n'importe quelle école du mérite républicain. Permettre à ces jeunes d'échapper au déterminisme social, pas les y assigner à résidence. Et c'est vrai que si la droite n'a généralement pas été à la hauteur sur ces sujets, les bourses au mérite et les biens-nommés internats d''excellence sont de bons exemples de ce qu'on doit faire.

  • Par Citoyen-libre - 17/05/2018 - 12:14 - Signaler un abus C'est sûr !

    J' finis mon CM2, j'sai pas lire ou écrire, pas tout à fai ou presque. J'peux pas dire si j'comprent tou, parce my parents y parle pas bien. Mais moi j'veux aler à l'enna, et c'est a leta français de me le paillé. C'y tout. Jamais, aucun pays sur la planète n'a offert autant de chances et de possibilités pour un jeune de réussir. Tout est gratuit ou presque, la formation est permanente, les écoles, les profs partout, et pour tout le monde, sans discrimination, ni de sexe, de religion ou d'appartenance, et tout le long de la vie. On peut devenir architecte à 50 ans. Aucun pays au monde ne permet ces possibilités. Et on vient encore pleurnicher. Oui, il y a une chose que l'Etat ne peut pas faire : c'est travailler dure à votre place.

  • Par VV1792 - 17/05/2018 - 21:09 - Signaler un abus Fut un temps pas si lointain,

    Fut un temps pas si lointain, ou les bidonvilles gangrenaient Nanterre et ou il a fallu tout loger dans des immeubles construits a la va-vite. Leurs habitants, on ne peut plus defavorises, avaient quand meme une chose qui les unissaient, la valeur travail et le respect du pays qui les accueillait. Et toute cette population a trime et s'est extirpe a coup d' efforts de bete et d' education de leurs enfants, a qui on ne donnait pas la possibilite de se defouler en taggant et saccageant tout leur entourage.. L' article est globalement juste, mais certainement plein d' illusions. Les populations ont change massivement et, c'est humain, il est plus facile de se regrouper que de s' assimiler.. Les methodes preconisees du passé, je suis d' accord, ne sont plus applicables.. mais celles preconisees dans l' article sont bien trop optimistes, sauf peut etre chez les quelques individus qui s' assimilent vraiment, individus en processus de rarefaction, tout le monde le sent..

  • Par morsang - 18/05/2018 - 15:03 - Signaler un abus banlieue que de conneries on profère en ton nom

    Ce discours a des accents coloniaux qui rappellent les "casques blancs" s'intérrogeant jadis sur le devenir des populations indigènes .Mon bon monsieur ce que vous appelez "les banlieues" c'est la France et vos raisonnement d'ethnologiste n'apportent rien tant sont diverses et donc insaisissables les "ethnies" que vous rassemblez sous ce vocable.Interrogez-vous plutôt sur le fait que Paris-minuscule dans sa géographie et son rayonnement- n'est pas n'est plus la France qui tient de plus en plus de Monaco pour l'enfermement,de la cité interdite pour la concentration du pouvoir et du Taj Mahal pour l'aspect nécropole.

  • Par Atlantica75000 - 22/05/2018 - 21:56 - Signaler un abus Il s'accroche !

    M. Tiki a réglé des problèmes de papiers ?

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Stéphane Tiki

Stéphane Tiki, ex-président des Jeunes Republicains et Secrétaire National Les Républicains, aujourd'hui Secrétaire général adjoint de DroiteLib, le mouvement de Virginie Calmels. 

 

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