Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 16 Août 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Pierre Danon : "Il est regrettable que Les Républicains aient dû édulcorer le programme de François Fillon car cela lui enlève sa force, qui résidait dans sa cohérence"

Malgré la défaite de François Fillon à l'élection présidentielle, certains de ses soutiens souhaitent faire perdurer son projet, en le développant et en l'expliquant aux Français au cours des cinq prochaines années, à l'instar de Pierre Danon, président du Conseil national de la société civile.

La relève

Publié le - Mis à jour le 19 Mai 2017
Pierre Danon : "Il est regrettable que Les Républicains aient dû édulcorer le programme de François Fillon car cela lui enlève sa force, qui résidait dans sa cohérence"

Atlantico : Comment envisagez-vous le courant filloniste à l’avenir ? Que comptez-vous faire pour que perdure ce courant de la droite ? 

Pierre Danon : Ce courant trempe ses racines dans les 3 millions d'électeurs qui ont voté pour François Fillon au moment de la primaire.

Ce qui m'a frappé, c'est l'enthousiasme, la détermination de ces personnes à vouloir porter le projet de François Fillon aussi bien au moment de la primaire que durant la campagne présidentielle. Après cette dernière et la déception suscitée, j'ai reçu des centaines de messages de gens prêts à continuer de porter le projet, et ce aux quatre coins de la France.

Nous disposons pour cela d'un outil, que j'ai appelé le Conseil national de la société civile. Ce Conseil réunit 20 000 adhérents, avec 2 600 comités thématiques à travers tout le pays, dans tous les départements (il y en a même 4 dans le Cantal). Peu de gens disposent d'un tel outil pour ce qui est d'un mouvement citoyen.

En réfléchissant, il nous a semblé logique de rejoindre Force républicaine, d'où nous venons d'ailleurs. Cela nous a paru d'autant plus logique que François Fillon a annoncé vouloir que ce soit Bruno Retailleau qui lui succède. Bien que cela ne soit pas encore fait, Bruno Retailleau est, pour nous, un bon leader, une personnalité qui nous a paru loyale, charismatique, ayant une bonne connaissance des dossiers, aussi bien durant la primaire que durant la campagne présidentielle. Je pense qu'il y aura des parlementaires fillonistes qui voudront s'associer à cette démarche. Et puis il ne faut pas oublier nos jeunes maires élus – à condition qu'ils le restent.

L'idée est d'élargir le programme de François Fillon, tout en en conservant l'esprit bien sûr : celui de la réforme radicale, de l'intérêt général. En plus de développer ce projet, nous allons continuer à l'expliquer. En effet, ce dont nous nous sommes rendus compte surtout durant la primaire, c'est la nécessité de pédagogie aux Français dès lors que vous souhaitez réformer. Dès que vous sortez un peu du bois, vous avez toute la bien-pensance politique (la gauche) et médiatique qui vous attaque, non pas sur le fond parce que cela ne les intéresse pas, mais en essayant de vous coller le plus vite possible une étiquette censée vous vouer aux gémonies. À travers les 1 000 réunions publiques organisées et les 150 000 personnes rencontrées, nous nous sommes rendus compte que lorsque l'on explique, le plus souvent on parvient à convaincre. Le projet de François Fillon a même été présenté à des personnes d'origine maghrébine. Dès lors que les 5/10 premières minutes d'hostilité ont été passées du fait de l'image collée à la droite – réactionnaire et anti-islam – le plus souvent, ces personnes paraissaient convaincues par le projet. 

Pour quelles raisons vous paraît-il important de faire vivre le fillonisme ?

A l'origine de la matrice, il y a ce constat qui reste d'actualité : notre pays est en déclin. Ceci est inacceptable car il n'y a aucune raison pour que la France le soit. Il est impératif, comme l'ont fait auparavant d'autres pays, que la France engage des réformes courageuses. Notre réticence par rapport au projet porté par Emmanuel Macron, c'est qu'il s'agit d'un programme de demi-mesures. Nous sommes profondément convaincus que ces demi-mesures, qui font du mal au pays depuis trente ans, ne lui permettront pas de suivre la trajectoire qu'il faut. 

Dans quelle mesure le fillonisme pourrait-il être à la hauteur en tant qu’opposition au macronisme ?

Ce sera celui qui propose une différence franche. D'une certaine manière, les programmes de François Fillon et d'Emmanuel Macron sont respectivement respectables. Les solutions proposées sont naturellement différentes, même si, d'une certaine manière, certaines philosophies sont partagées : plus de liberté, la foi en l'innovation et le progrès, la fois dans le numérique, etc. Mais les approches sont différentes : il y a ce que j'appelle une approche consensuelle, un peu molle, et une autre beaucoup plus déterminée et sérieuse. 

Que pensez-vous de l’édulcoration du projet de la droite pour les législatives ?

Nous ne sommes pas d'accord. Toutefois, soyons clairs : le projet des Républicains nous apparaît quand même meilleur que celui d'Emmanuel Macron. En effet, ce projet prévoit le relèvement des seuils sociaux, ce qui n'est pas le cas du projet de Monsieur Macron ; il porte l'âge du départ à la retraite à 65 ans, ce que Monsieur Macron ne fait pas ; il supprime définitivement l'ISF, ce que ne prévoit pas Monsieur Macron, etc. Néanmoins, nous regrettons que les Républicains aient dû édulcorer le programme de François Fillon car cela lui enlève sa force, qui résidait dans la cohérence. Les objectifs étaient clairs : l'emploi, la réduction de la dette, la sécurité, l'autorité. Tout cela ne nous empêchera pas cependant de supporter entièrement les candidats des Républicains afin qu'une majorité de la droite et du centre puisse émerger de ces législatives. 

Comment faire vivre le fillonisme sans François Fillon lui-même ? Ne manquerait-il pas, pour cela, des personnalités fortes ?

Je crois de plus en plus au collectif. D'ailleurs, à ses débuts, le Conseil national de la société civile comptait 172 cadres. Certaines personnes – et pas les plus médiatiques – ont su parfaitement incarner le fillonisme à l'image de Bruno Retailleau notamment. Cela ne nous dérange pas beaucoup d'être assez éloignés d'un agrégat de grands leaders car cet agrégat réunit généralement beaucoup de monde dans la cuisine ; or nous préférons avoir une organisation davantage tournée vers les citoyens, la société civile, les jeunes élus, etc. Toutefois, si un leader du fillonisme devait clairement émerger, il ne fait aucun doute, pour les raisons évoquées précédemment, que ce serait Bruno Retailleau. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vingttroisavril - 13/05/2017 - 19:23 - Signaler un abus Macronisme et déclin

    C'est clair le projet de Macron est insuffisant pour stopper la dette.On évoque cette dette qui sera léguer à nos enfants mais le problème n° 1 c'est les 45 milliards d'intérêts que l'état paye tous les ans, aux 3/4 à des étrangers .Cette somme nous manque pour moderniser le pays.Fillon voulait stopper cette gabegie.Il faudra trouver une solution de rechange .Retailleau est costaud mais il faudra du renfort.

  • Par clint - 13/05/2017 - 21:16 - Signaler un abus Retailleau ! le "notaire de province catho" type !

    Cet ancien proche de Villiers a une grosse part de responsabilité dans l'entêtement de Fillon à conduire la droite à la catastrophe.

  • Par assougoudrel - 14/05/2017 - 10:23 - Signaler un abus Que fera-t-on de ceux qui reviendront

    après avoir trouvé une gamelle vide chez Macron? Si c'est pour revoir ces saloperies, très peu pour moi; ils doivent aller "secouer le sac où ils ont vendu le charbon". Il faut un leader avec du neuf, des idées neuves et dans la tendance 21ème siècle.

  • Par Deudeuche - 14/05/2017 - 16:21 - Signaler un abus Il n'est pas

    Un Bobo de Paris libéral-libertaire "type" ces mollassons Juppéistes qui ont fait capoter le projet LR (pour faire gagner EM).

  • Par BOCE64 - 14/05/2017 - 20:35 - Signaler un abus edulcorer

    cela fait 30 ans que la droite le fait, elle en crèvera !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Pierre Danon

Pierre Danon a été directeur de campagne adjoint de François Fillon. A 60 ans, il a dirigé Numericable-Completel, British Telecom Retail, et fut COO du groupe Capgemini. Il est aujourd'hui Chairman de Volia, en Ukraine, Vice Chairman de TDC / AS au Danemark, et vice-Président d'Agrogénération, en France.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€