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Philippe 2 : le sacre du gouvernement profond

Avec le départ de Bayrou et des ministres MODEM, le gouvernement Philippe a perdu ses dernières figures "politiques" et connues. L'équipe du gouvernement Philippe II est une énumération de technocrates. Macron dévoile désormais sans complexe sa crispation sur le gouvernement profond.

Technos, toujours pareil

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Philippe 2 : le sacre du gouvernement profond

Macron avait annoncé, durant la campagne, qu'il ferait appel aux meilleurs dans son gouvernement. Il y avait plusieurs façons (non exclusives l'une de l'autre) de comprendre cette intention. D'un côté, il s'agissait, bien sûr, de renouveler l'action politique en favorisant l'émergence de figures compétentes mais non issues de la classe politique. De l'autre, ce renouvellement consacrait un phénomène moins immédiatement compris mais qui définit ce qui est train de se passer: le triomphe du gouvernement profond.

 

Gouvernement profond, gouvernement par la technostructure

Tous les pays industrialisés sont logés à la même enseigne: par-delà les institutions démocratiques, il existe une ou plusieurs classes sociales qui tendent à monopoliser le pouvoir et à orienter à leur profit les décisions publiques. En France, ces classes sociales, qui ont largement parié sur Emmanuel Macron et ont assuré son élection (notamment par un soutien médiatique), s'appuient ordinairement sur une technostructure. Celle-ci est à la fois l'émanation des classes dominantes et leur cheville ouvrière. 

La Vè République a longtemps brandi un paravent plus ou moins flexible devant cette coalition d'intérêts. Ce paravent s'appelait la classe politique. L'entreprise de renouvellement menée par En Marche a consisté à le faire voler en éclat. 

On comprend aujourd'hui que l'enjeu d'Emmanuel Macron n'est pas de le remplacer immédiatement par un autre paravent d'illusions, mais plutôt de mener des réformes présentées comme structurelles avant de reconstituer une classe politique en soi. Pour ce faire, il a besoin d'une phase où la technostructure reprend ouvertement le pouvoir et prend les décisions qui lui conviennent ou qui la servent.

Il ne faut pas interpréter autrement la longue liste d'inconnus qu'Alexis Kohler a égrenée hier sur le perron de l'Élysée. Elle témoigne d'un jeté bas de masque et d'une reprise en main directe de l'appareil d'État par ceux qui en ont l'usage le plus intéressé. 

Quel est le projet politique de la technostructure?

Sans surprise, c'est au nom de l'intérêt général que ce resserrement des élites est pratiqué. L'argumentaire pour justifier cette opération est bien connu: la classe politique est incapable de réformer efficacement le pays. Il faut donc la remplacer par des gens compétents capables de moderniser le pays.

Toute réaction nobiliaire s'appuie toujours sur le même bréviaire, sous une forme ou sous une autre. Sous Louis XVI, l'éviction des "bourgeois" par la vieille aristocratie incompétente s'était appuyée sur les mêmes ressorts illusoires. C'est en effet un mensonge propagé par la technostructure que de rejeter en bloc sur les élus du peuple la faillite du système sur le dos duquel elle vit; comme la vieille noblesse s'était menti, dans les années 1770, en prétendant que les difficultés du Royaume tenaient à l'infiltration de l'intérêt général par ceux qui exerçaient des professions mécaniques. 

 
Commentaires

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  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 22/06/2017 - 08:36 - Signaler un abus Gouvernement bidon.....+

    Gouvernement bidon.....+ assemblée bidon...= régime présidentiel s'appuyant sur la technocratie. Le 1er ministre n'est plus qu'un fusible.......les ministres sont totalement sous la coupe des hauts fonctionnaires dans les ministères.........les députés ne sont plus que des godillots qui votent comme un seul homme les projets initiés par le président, préparés par les fonctionnaires des ministères et dont les décrets d'application sortiront ou non suivant la bonne volonté de l'administration. Alors qu'on ne nous prenne pas pour des cons....ça fonctionne comme ça depuis 1965 et l'élection présidentielle au suffrage universel, puis accentué par la mise en place du quinquennat . Alors divisons le nombre de ministres et de députés par dix et ça fonctionnera mieux pour moins cher.

  • Par cloette - 22/06/2017 - 09:06 - Signaler un abus technocrates

    (un technocrate peut être bon ou mauvais, avec bonne ou mauvaise boite à outils), et sans charisme . L'Olympe est tristounette .

  • Par cloette - 22/06/2017 - 09:09 - Signaler un abus Le Capitole

    Je voulais dire le Capitole est tristounet, l'Olympe c'est la version grecque .

  • Par 2bout - 22/06/2017 - 09:38 - Signaler un abus Philippe 2 !

    Après Philippe 1, et rien du tout, déjà Philippe 2 !

  • Par gerint - 22/06/2017 - 10:55 - Signaler un abus Les connaissances sur la psychologie des masses ont progressé

    On a les moyens de les manipuler de fond en comble sans révolte

  • Par nemeton - 22/06/2017 - 12:18 - Signaler un abus 1793

    a commencé avec le droit au bonheur et s'est terminé par l'emploi massif de la guillotine,

  • Par jurgio - 22/06/2017 - 13:51 - Signaler un abus Si j'ai bien compris : un gouvernement profond...

    ...est celui qui vous le met profond ?

  • Par kelenborn - 22/06/2017 - 15:57 - Signaler un abus Philippe II

    Philippe II c'était...l'invincible armada je crois...celle qui a sombré dans la mer avant d'atteindre l'angleterre Oui c'est juste. Il faudrait ajouter que dans la configuration classique, quand on prenait une mesure, il y avait derrière un matelas fait du parti, de ses cadres, d'un fond idéologique et culturel qui permettait d'amortir les coups! La, il n'y aura que BouffeMerde Tv, le Point et quelques journaleux gagas ou illettrés pour défendre la forteresse. Ca va vite faire "petits-bras" !!!

  • Par kelenborn - 22/06/2017 - 15:58 - Signaler un abus ouf

    Ouf Assougoudrel n'est pas la! il doit pioncer!

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 23/06/2017 - 01:00 - Signaler un abus La technostructure serait l

    La technostructure serait l'émanation et la cheville ouvrière de la bourgeoisie.... On le comprend bien car ces technocrates sont pour la plupart des enfants de cette petite bourgeoisie de province.... Mais là ou vous avez mille fois raison c'est quand vous affirmez que cette technostructure ne travaille que dans son intérêt personnel.. Il faut donc s'en débarrasser au plus tôt ! Merci de nous le rappeler monsieur l'énarque

  • Par Deneziere - 23/06/2017 - 08:24 - Signaler un abus Vous revoulez Duflot et Batho ?

    N'oublions pas que l'on sort d'une situation où la voie royale pour devenir ministre, était d'avoir milité toute sa vie au PS et d'avoir fait carrière en politique. C'est comme cela qu'on a donne des maroquins à des incompétents. Le technocrate a bel et bien tous les défauts que signale P. Verhaeghe, mais on peut encore espérer - je dis bien espérer - qu'il soit compétent et efficace.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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