Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 20 Septembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Peur pour la République ou peur que le FN fasse ses preuves à la tête d’une région ? La nature trouble des pulsions de retour au Front républicain

Manuel Valls a estimé que "tout devra être fait pour empêcher" des victoires du FN aux prochaines élections régionales qui se tiendront au mois de décembre. La crainte exprimée par le Premier ministre, avec en filigrane l'irruption d'étendards anti-républicains, voire "fascistes", est-elle sincère ?

Faux-semblants

Publié le - Mis à jour le 3 Novembre 2015
Peur pour la République ou peur que le FN fasse ses preuves à la tête d’une région ? La nature trouble des pulsions de retour au Front républicain

Manuel Valls a estimé que "tout devra être fait pour empêcher" des victoires du FN aux prochaines élections régionales. Crédit Reuters

Atlantico : Alors qu'il était l'invité du Bondy Blog mardi 27 octobre, Manuel Valls a estimé que "tout devra être fait pour empêcher" des victoires du FN aux prochaines élections régionales qui se tiendront au mois de décembre. Que peut craindre concrètement le PS d'une ou de plusieurs victoires du FN ? 

Jean Garrigues : Une implantation territoriale des élus frontistes est probablement, à l'heure actuelle, la raison majeure des élus socialistes de craindre une victoire du FN aux régionales. Dans le Nord, le FN a principalement conquis un électorat de gauche, anciennement communiste ou socialiste. Ce sont aujourd'hui dans des anciens bastions socialistes que s'implantent les maires du FN comme à Hénin Beaumont.

Ce phénomène de transfert est bien entendu inquiétant pour le PS, notamment dans le Nord, mais cela commence aussi à l'être dans le Sud-Est. C'est une implantation beaucoup plus massive que les premières poussées du Front national dans les années 80 ou même dans les grandes villes de Provence-Alpes-Côte d'Azur aux municipales de 1995. C’est un véritable maillage d’élus qui risque de s’installer et l’on sait qu'une implantation d'une force politique dans les pouvoirs territoriaux est le socle nécessaire à une implantation nationale durable.

Pour autant ce n'est pas la seule motivation du PS. Il ne faut pas non plus oublier que la culture de la gauche française a été nourrie par une opposition frontale vis à vis de l'extrême droite depuis la fin du XIXème siècle. Ces affrontements ont culminé au moment du Front populaire, qui est né après le 6 février 1934 d’un réflexe de défense antifasciste. Il y a donc une forte culture de la défense républicaine au PS, et cette culture a été spectaculairement réactivée face à Jean-Marie Le Pen lors du deuxième tour des élections présidentielles de 2002. Pour les socialistes, cela apparaît comme une évidence de constituer un barrage des partis modérés contre l'extrême droite. Mais évidemment c'est beaucoup plus difficile de le justifier auprès des électeurs d’aujourd’hui, après la mutation-normalisation du Front national. La ligne de Marine Le Pen et Floriant Philippot accorde beaucoup d'importance aux préoccupations sociales, donc elle parle aux électeurs populaires que le PS prétend défendre. De manière objective, sur les enjeux de la protection sociale, le FN d'aujourd'hui peut apparaître comme plus à gauche que le gouvernement Valls, par exemple sur le retour à la retraite à soixante ans.  

Jean-Philippe Moinet : Non, simplement, comme il l'avait fait avant les élections départementales, le Premier ministre reprend sa casquette de chef de la majorité parlementaire et sonne le tocsin pour lancer la campagne des régionales. L'expression "tout devra être fait" peut susciter l'interrogation (des socialistes eux-mêmes) ou provoquer la polémique, mais elle est sans doute faite aussi pour cela: polariser l'attention. La crainte du PS, qui préside aujourd'hui toutes les régions sauf une, l'Alsace, est d'abord qu'il soit rejeté dans une large majorité de régions et que dans l'un de ses bastions historiques, le Nord-Pas-de-Calais (la région d'un autre hôte de Matignon socialiste, Pierre Mauroy), la berezina et l'humiliation soient totales avec une victoire de Marine Le Pen. Une telle victoire de la Présidente du FN serait, en effet, un tremblement de terre politique. Surtout pour la gauche, mais aussi pour la droite et le centre. La peur est, au-delà d'hypothétiques résultats de gestion FN, que le premier mouvement d'extrême droite en Europe soit ainsi sur un tremplin à 18 mois de l'élection présidentielle. On imagine aisément l'exploitation que ferait la leader du FN d'une éventuelle victoire régionale.

La crainte exprimée par le Premier ministre, avec en filigrane l'irruption d'étendards anti-républicains, voire "fascistes" vous semble-t-elle vraiment sincère ? A quel élément rationel peut-elle répondre ?

Jean Garrigues : Cette crainte relève à mon sens davantage de l'ordre du fantasme que d'une réalité politique dans la mesure où le FN a connu une incontestable épuration de ses cadres. Le nouveau FN les a filtré et parfois de manière spectaculaire, y compris avec la mise à l’écart de Jean-Marie Le Pen. Maintenant il demeure tout autant incontestable qu'en dépit de cette épuration, le FN reste marqué par une culture de l’exclusion identitaire qui par bien des aspects peut être considérée comme extérieure au socle des valeurs de l’humanisme républicain. Pour dire les choses simplement, et sans même parler des dérives néo-fascistes ou néo-pétainistes, il y a des relents de fermeture, de racisme, de xénophobie et d’autoritarisme qui ne sont pas compatibles avec la culture républicaine. Mais plus encore que cette crainte plus ou moins fantasmée par la gauche de la culture frontiste, il y a la crainte de voir se diffuser les thématiques d’exclusion du FN par le truchement des réseaux d’élus territoriaux. Laisser se déployer un tel réseau d'élus frontistes porteurs de ces valeurs représente un risque à terme de voir ces valeurs devenir dominantes. C'est le problème de la dynamique acculturatrice du FN, un problème qui se pose de manière plus aiguë aux Républicains de Nicolas Sarkozy (et dont il est en grande partie responsable) car on voit qu'une grande partie des militants sont de plus en plus sensibles aux thèmes d'exclusion identitaire.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par attila - 29/10/2015 - 10:04 - Signaler un abus valls

    tu me fais penser à quelqu'un !!! inquiétant !!!

  • Par vangog - 29/10/2015 - 10:19 - Signaler un abus "Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas..."

    Ce qu'on voit, c'est le refus du jeu démocratique par des ministres socialistes qui tombent leur masque national-socialiste, au fur et à mesure que la menace patriotique se précise...ce qu'on ne voit pas...c'est tout le reste: instrumentalisation de la justice, main-mise sur les médias, mise au placard des hommes libres, lois insidieusement liberticides, officines anti-FN, pressions...tout l'attirail des dictatures en fin de course!

  • Par cloette - 29/10/2015 - 10:19 - Signaler un abus PS aux oubliettes de l'histoire

    avec Taubira Najat Vallaut Belkacem Valls Fleur Pellerin , Hollande !

  • Par de20 - 29/10/2015 - 11:45 - Signaler un abus Le socle du F.N est l

    Le socle du F.N est l exclusion ??? 1 allez a L opera Bastille 2 ne vous pliez a aucuns codes en vigueurs dans ce Biotope. bref soyez Jeune. 3 Le Monsieur va vous éconduire. Tandis qu au Theatre du P.S et autre ligues larmoyantes c est l inverse qui se produit hélas a nos frais

  • Par Anguerrand - 29/10/2015 - 14:24 - Signaler un abus Je ne suis pas contre le fait que 2 ou 3 régions

    soient gagnés par le FN, ça leur permettra de " faire leurs classes" et ils ne feront pas pire que les PS, faut dire que ce ne sera pas difficile. Déjà au niveaux des dépenses aux copains et autres associations. Résidant en PACA, je considère que Marion est très intelligente et surtout pas marxiste comme MLP. Marion n'a pas Philippot pour transformer le FN en parti de gauche, si seulement Marion etait à la tête du FN, je voterait certainement FN. Mais jamais pour MLPS et sa politique stupide et irréalisable d'extrême gauche et qui ratisse maintenant les banlieues musulmanes!....

  • Par Liberte5 - 29/10/2015 - 15:10 - Signaler un abus Vous dites "culture républicaine au PS"

    Le PS et LR mettent ces mots en avant quand ça les arrangent. Où se trouvent les valeurs républicaines lorsque la police ne peut entrer dans les quartiers sensible,que les pompiers , les médecins se font agresser,quand des groupes violents bloquent une autoroute ou mettent quasiment une petite ville à sac, quand des clandestins font la loi dans des zones de non droit.?Etc, Etc.On pourrait en écrire des pages et des pages il y a belle lurette que les valeurs républicaines ont été bafouées par l'UMP et le PS.

  • Par l'enclume - 29/10/2015 - 17:10 - Signaler un abus J'enrage

    cloette - 29/10/2015 - 10:19 - Le problème est, qu'il va falloir se farcir ces charlot(e)s durant encore 18 mois.

  • Par Anouman - 29/10/2015 - 20:30 - Signaler un abus Peur

    Ils ont surtout peur de rester hors jeu pour longtemps. L'ennui si le FN gagne une ou deux régions c'est qu'on ne pourra pas dire qu'ils ne sont qu'un parti contestataire. Et comme l'ensemble des régions sont très mal gérées, il ne leur faudra pas beaucoup d'imagination pour faire ne serait-ce qu'un soupçon moins pire.

  • Par von straffenberg - 29/10/2015 - 23:51 - Signaler un abus Époques différentes....Tromperies identiques

    En ses heures de gloire la gauche pour s'imposer (je devrais dire le ps) a eu recours au programme commun avec ses ministres communistes ( dont certains surpassaient en capacité nos " coureurs de dot " actuels ) ; quelques dizaines d'années plus tard ces mêmes politiciens embourgeoisés nous sortent le front républicain un leurre pour les innocents en quête d'une démocratie frelatée .

  • Par Leucate - 30/10/2015 - 00:19 - Signaler un abus @von straffenberg - qui se fait harakiri ?

    Car le problème de l'UMP.PS est bien là et pas ailleurs. N'oubliez pas que les régionale se font au scrutin de liste à la proportionnelle, avec un deuxième tour inventé il y a longtemps sous Jean Marie pour éviter qu'il y ait trop de conseillers FN dans les régions. Prétexte invoqué ? la bonne gouvernance des régions ... N'importe quoi ! ou bien les gens veulent travailler ensemble au bien commun, ou bien ils ne veulent pas. Le problème est donc, là où le FN sera en première ou seconde position si le parti arrivé en troisième veut se faire harakiri au second tour. Soit il se désiste, mais alors il n'aura plus d'élus dans la région pendant cinq ans, soit il fusionne, mais alors le sigle UMP.PS prend tout son sens aux yeux de l'électeur lambda et il n'est pas du tout certain qu'il appréciera. Et puis combien de PS l'UMP voudra-t'il prendre dans sa liste ? De quoi par avance se rouler par terre en rigolant très fort !

  • Par tubixray - 30/10/2015 - 09:46 - Signaler un abus Plus républicains que qui ?

    La politique suivie par ce gouvernement depuis 3 ans et demi ne sera pas inscrite au tableau d'honneur de la république française .... loin s'en faut. Je considère que le FN version Marine est plus républicain que la gauche gouvernementale. Alors banco, que le FN fasse ses classes dans deux / trois régions au détriment du PS.

  • Par von straffenberg - 30/10/2015 - 23:19 - Signaler un abus le front républicain...SUITE

    Pour répondre à Leucate je suis favorable à ce que le FN dirige plusieurs régions (bien que je ne partage pas toutes les convictions de Marine) Pour moi la seule sortie valable pour la France c'est une alliance entre un gaullisme évolutif et un frontisme plus ouvert au niveau économique de façon à marginaliser le PS .

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean Garrigues

Jean Garrigues est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique. Il a notamment publié L'histoire secrète de la corruption sous la Vème République (Nouveau Monde éditions, 2014), La République des hommes d'affaires, 1870-1900 (Aubier, 1997), Le Général Boulanger (Perrin, 1999), Les Patrons et la politique. De Schneider à Seillière (Perrin, 2002) et La France de la Vème République (Armand Colin, 2009). Son dernier ouvrage Chaban. L'ardent est paru à La Documentation française.  

 

Voir la bio en entier

Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet, ancien Président de l’Observatoire de l’extrémisme, est chroniqueur, directeur de la Revue Civique et directeur éditorial de l'Hôtel de l'Industrie/Société d'Encouragement pour l'industrie nationale. @JP_Moinet.

 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€