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Un peu claustrophobe ? C'est normal ! Ne médicalisons pas ce trouble à outrance

La claustrophobie est décrite, en général, comme une peur irrationnelle des espaces confinés et affecterait environ 5 à 7% de la population mondiale.

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Un peu claustrophobe ? C'est normal ! Ne médicalisons pas ce trouble à outrance

Le RER pris d’assaut durant une grève. Crédit Jean-Pierre Dalbéra/Flickr

La claustrophobie est décrite, en général, comme une peur irrationnelle des espaces confinés) et elle affecterait environ 5 à 7 % de la population mondiale.

À l’évidence, certaines personnes souffrent plus que d’autres de se trouver dans des espaces renfermés, mais la peur d’une contrainte physique est tellement normale qu’il semble illogique de ne pas se sentir quelque peu claustrophobe.

Il y a toutes sortes de circonstances au cours desquelles on peut se sentir piégé, les plus douloureuses étant provoquées par l’effondrement des bâtiments ou par des accidents de la route.

Ce sont là des situations qui mettent la vie en danger et – comme dans nombre de ce que l’on appelle des maladies mentales – cela illustre combien il est normal, du point de vue de l’évolution, et compréhensible, de détester se sentir emprisonné.

 

Les pompiers doivent s’entraîner dans des espaces confinés. Sarah Cherry/Wikimedia

 


Ceux d’entre nous qui ont horreur de la contrainte éprouvent un sentiment de panique croissante quand ils sont pris au piège. Et il semble que cette sensation – à savoir la crainte de développer des symptômes comme une augmentation des battements du cœur, le vertige, le souffle court ou un ressenti d’irréalité – nous effraie autant que la réalité objective de la situation.

Angoisses envahissantes

Cependant, des angoisses comme la claustrophobie peuvent se développer au point d’envahir toute la vie de quelqu’un, rendant impossible ses activités quotidiennes comme d’utiliser certains transports ou de prendre un ascenseur. Pour ces personnes, voilà qui constitue un problème majeur, raison pour laquelle leur condition est qualifiée de « désordre » et leurs craintes d’« irrationnelles ». Mais il serait peut-être plus approprié et, également, davantage en empathie avec ceux qui souffrent de ces difficultés, que de suggérer qu’il s’agit de réactions normales, amplifiées au point de devenir un vrai problème.

Mais, d’un autre côté, certains individus supportent parfaitement ces contraintes et cet enfermement. Les sous-mariniers, les spéléologues et les cosmonautes, par exemple, doivent avoir une capacité de tolérance élevée du fait d’avoir à travailler dans des espaces confinés et une tolérance forte pour faire face aux sensations d’anxiété que ces situations pourraient engendrer.

 

Les sauveteurs s’affairent pour libérer les mineurs emprisonnés dans la mine San Jose dans la localité de Copiapo, au Chili le 11 octobre 2010. Chilean Mine Rescue/wikimedia, CC BY-SA

 

Il est logique de reconnaître ces différences dans la mesure où elles peuvent nous aider à comprendre combien nous sommes vulnérables au risque de devoir affronter un problème bien réel. Les gens ne réagissent pas tous de la même manière face à leur besoin d’espace personnel. Tous n’ont pas non plus la même façon d’affronter les sensations et les idées noires qui les assaillent.

De plus, il ne manque pas de raisons pour trouver les espaces confinés particulièrement pénibles. Certaines personnes ont subi des expériences traumatisantes. Dans une étude qui fait référence, 21 mineurs qui s’étaient retrouvés emprisonnés sous terre pendant quatorze jours ont été frappés de manière significative (comme vous pouvez l’imaginer) par cette expérience, en développant notamment de la claustrophobie.

Combattre la claustrophobie

Mais la bonne nouvelle, c’est l’existence de procédés permettant de surmonter la claustrophobie. La thérapie comportementale cognitive aide en particulier la personne en proie à des situations stressantes à rester calme jusqu’à ce que la sensation, c’est-à-dire l’attaque de panique, disparaisse.

À l’instar de beaucoup de problèmes psychologiques, il s’agit bien plus d’apprendre à réagir à des réactions ordinaires et compréhensibles que de « guérir » une maladie quelconque. Comme pour toutes les sortes de thérapies psychologiques, personne ne peut être assuré d’une issue favorable, mais ce type de thérapie est considérée comme raisonnablement efficace.

 

Coincé dans l’ascenseur ? Essayez de vous détendre. Dieselducy, Andrew R/Wikimedia, CC BY-SA

 

Donc, si vous êtes coincé dans un ascenseur, qu’il tombe en panne et que vous commencez à paniquer, qu’est-ce que vous devez faire ? Même si c’est évident – mais très difficile, évidemment –, ne paniquez pas. En se rendant compte qu’ils sont pris au piège, la plupart des gens vont expérimenter une montée rapide de leurs sentiments d’angoisse. Ils vont ressentir toutes les manifestations de la peur (augmentation de leur rythme cardiaque, modifications de leur respiration, ressentis bizarres qui proviennent de changements conséquents de leur formule sanguine). Ces phénomènes seront plus accentués et surviendront plus vite chez certaines personnes que pour d’autres. Mais, même si vous ne les avez jamais ressenties auparavant, ces sensations vont diminuer avec le temps. Il suffit d’attendre.

La claustrophobie est très rationnelle, dans le sens où c’est rationnel d’être angoissé face au risque d’être pris au piège. Mais si vous êtes coincé dans un ascenseur, ce qui vous menace le plus, c’est de vous ennuyer très, très profondément.

The Conversation

Peter Kinderman, Professor of Clinical Psychology, University of Liverpool

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

 
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Peter Kinderman

Peter Kinderman est professeur de psychologie clinique à l'Université de Liverpool et président élu de la British Psychological Society.

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