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Liberté d’entreprendre dans la Constitution ? Petit guide des avantages et difficultés à être entrepreneur en France

Laurence Parisot a demandé lundi à François Hollande d'inscrire la "liberté d'entreprendre dans la Constitution". Une belle idée, mais au-delà, l'entrepreneuriat français souffre surtout de nombreux freins très concrets. Et aussi de quelques avantages par rapport à l'étranger.

Pourri-gâtés

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Liberté d’entreprendre dans la Constitution ? Petit guide des avantages et difficultés à être entrepreneur en France

"Contrairement aux pays anglo-saxons, les Français ne sont pas fiers de leurs entrepreneurs, ils s’en méfient, la culture chrétienne néo-marxiste restant imprégnée dans un des derniers pays au monde à avoir un parti communiste." Crédit Flickr/Victor1558

Les tapis rouges volants entre Paris et Londres soulèvent de nombreuses questions, dont celle de la difficulté d’entreprendre en France. Si nous voulons dresser un portrait critique de la situation, celui-ci sera forcément en "clair obscur", l’obscur permettant de mettre en valeur le clair si l’on veut rester optimiste.

Disons les choses franchement, il n’est jamais facile d’entreprendre, dans aucun pays du monde. Une PME demande toujours une énergie démesurée pour passer de l’idée au projet, puis du projet à la PME. Il faut ensuite financer son amorçage, puis financer son développement, éventuellement en période de crise il faut aussi apprendre à survivre.

Un parcours du combattant en soi pour le meilleur et pour le pire, la récompense suprême pour un patron de PME étant de voir grandir sa PME, pas forcément en passant par la case "enrichissement", contrairement à beaucoup d’idées reçues en France, mais forcément en passant par la case "créer des emplois et de la valeur" pour éviter la case "The End".

Le décor ainsi planté, on serait en droit de croire que notre beau pays, la France, avec son chômage chronique et sa croissance en berne depuis 10 ans, aura compris qu’il faille "bichonner" ces millions de moteurs de croissance producteurs d’emplois que sont les PME françaises.

Le côté sombre

Pourtant ce n’est pas le cas. Pire, l’entrepreneur français doit se battre contre des forces contraires sur son propre terrain :
- l’administration et le droit français
- la fiscalité française
- la finance française
- peut-être le pire de tous : la mentalité et la culture anti-patrons françaises

L’administration et le droit français sont pénalisants par leur complexité et leur instabilité. Pour comparer avec le Royaume-Uni, un chef d’entreprise français consacre 3 fois plus de ressources (temps, argent, experts comptables, avocats, Commissaire aux comptes, locaux, …) que son homologue anglais pour gérer son entreprise.

Au Royaume-Uni, CompanieHouse.co.uk est le service en ligne qui réunit tous les services institutionnels qui interagissent avec l’entreprise. Il suffit d’y ajouter un site de comptabilité en ligne et vous gérez une PME de A à Z avec deux rapports annuels à produire, décalés de six mois, le tout étant prélevé à la source ou pré-calculé.

En France, nous avons pratiquement autant d’interlocuteurs institutionnels que de lignes dans nos fiches de paie, nous devons rendre des comptes 4 à 12 fois par an avec chacun (TVA, IS, URSSAF, FAFIEC, B2V, …), et anticiper les résultats de formules de calculs à plus de 5 variables pour prévoir les paiements à ces organismes. Pouvoir anticiper sa trésorerie à plus de 3 mois dans ce contexte demande presque un plein temps pour le gestionnaire (même pour une PME de moins de 10 salariés), lorsque les règles de gestion ne changent pas d’une année sur l’autre (35h, droit du travail, droit des affaires, élections, etc.).

La fiscalité française était connue pour son niveau et sa complexité, elle est tout simplement devenue légendaire depuis l’annonce de François Hollande d’un projet de loi de "confiscation fiscale" au delà de 75% pour les revenus de plus d’un million d’euros. Peu de patrons de PME, voire aucun, ne sont concernés mais pour ceux qui au moins l’espéraient et investissaient leurs capitaux personnels pour y parvenir plus vite, la motivation risque d’en prendre un coup et les tapis rouges volants de faire la navette de la France vers le Royaume-Uni pendant quelques temps.
 
La finance française est un sujet encore bien plus préjudiciable que les deux précédents. Les PME en création sont confrontées à une carence majeure de solutions de financement d’amorçage. Les Anglais ont des structures spécialisées pour la levée de fonds privés, entre 50 K€ et 250 K€. Paradoxalement en France, il est plus facile de lever 10 millions pour une entreprise qui tourne que 200 K€ pour créer une nouvelle PME innovante. Prenez rendez-vous chez Oseo, si vous réussissez à obtenir une garantie de prêt à 80% de 100K€, tentez de trouver une banque qui prendra le risque des 20% restant. A propos des banques, la PME française à un droit au Compte mais selon votre projet (ou plutôt votre capital initial) cette simple étape peut se transformer en véritable challenge, sauf si vous trouvez des fonds pour amorcer votre activité. Jusqu'en 2011, il y avait une possibilité de financement pour l’amorçage les jeunes PME, puisque la loi TEPA permettait aux plus riches (payant l’Impôt sur la fortune) de réduire de 75% leur impôt lorsque celui-ci était versé au capital d’une PME. L’instabilité des lois de finance en 2011 a eu pour conséquence l’immobilisme de ces dernières chances de l’amorçage, et à divisé par cinq les montants levés par ce biais en 2012.

 
Commentaires

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  • Par enzo31311 - 10/07/2012 - 09:24 - Signaler un abus Competitivite

    Vous soulignez les difficultés et les avantages d'entreprendre en France, concernant l'administration, les choses ont bien évoluées depuis ces dernières années.Par contre la fiscalité reste problématique. L'un des points les plus ardus reste le social, d'une part avec un niveau de charge très élevé,et avec un droit du travail trop rigide. C'est ce qui plombe la compétitive des petites entreprises Pour créer une entreprise en France il faut avoir la sante et ne pas chercher de la reconnaissance.

  • Par De France et de plus loin - 10/07/2012 - 11:18 - Signaler un abus Les patrons passent leur

    Les patrons passent leur temps à râler et à se plaindre. Si c'est trop dur, qu'ils deviennent fonctionnaires! Bien sure ils ne le feront pas car il vaut bien mieux être patron que salarié ou simple fonctionnaire même dans cette enfer qu'est la France..

  • Par kim yong zéro - 10/07/2012 - 12:35 - Signaler un abus coté sombre

    coté sombre:on me demande 112 euros pour le changement d'adresse de l'entreprise(j'ai déménagé de 7 km).la chambre de commerce et d'industrie evidemment

  • Par idaube - 10/07/2012 - 13:19 - Signaler un abus @ De France et de plus loin

    Qu'attendez vous pour devenir patron ?

  • Par benj117 - 10/07/2012 - 14:04 - Signaler un abus De France et de plus loin, moi, c'est le contraire

    j'ai tendance à penser que ce sont les fonctionnaires qui passent leur temps à raler et à se plaindre! mais surement, vous n'avez jamais été patron! moi, je n'ai jamais été fonctionnaire!

  • Par Charles25 - 10/07/2012 - 14:45 - Signaler un abus Moi non plus je n'ai jamais

    Moi non plus je n'ai jamais été fonctionnaire, mais je trouve quand même que ce sont les salariés du privé qui se plaignent le plus, notamment des "privilèges" des fonctionnaires.

  • Par esteld - 10/07/2012 - 20:37 - Signaler un abus De France et de plus loin

    Il est rare que je prenne le temps de répondre . Votre connerie me révolte . Qui crée la richesse ? l'entrepreneur ou le fonctionnaire ? J'ai créé mon entreprise ,j'ai embauché juqu'à 5 employés qui ont gagné un salaire sur leur valeur et l'idée de départ . Aujourd'hui je suis seul et parfois en difficulté. je regrette de ne pas etre fonctionnaire . 2500€ par mois pour 70h par semaine cest exténuant et à 55ans...

  • Par LSD - 11/07/2012 - 06:01 - Signaler un abus je confirme

    maintenant il n est pas plus difficile de monter une société en france qu aux usa grace aux efforts fournis sur les simplifications administratives. le point noir reste le financement et bien sur la fiscalité, pas tellement le fait qu elle soit elevée mais que les règles changent souvent

  • Par Cap2006 - 11/07/2012 - 07:54 - Signaler un abus 5 ans de division auraient si bien réussi...

    L'article pointe parfaitement les 2 gros pb de l'entrepreneur : le temps consacré et le risque lié à l'administratif d'une part, et le pb de financement d'autre part.... Il rend aussi hommage à la puissance de l'état, qui protège certaines filières, donne beaucoup de subvention... etc... Finalement ce serait facile de faire mieux et plus pour les entreprises avec le même "cout" administratif et fiscal.... Je veux ici pointer une souffrance partagée par beaucoup de français.... le besoin de reconnaissance... Notre ancien président avait cultivé le mépris systématique de l'autre...Alors que l'entrepreneur mérite d'être valoriser pour le risque qu'il prend, pour son role social de l'emploi qu'il crée pour produire du bénéfice... Mais le fonctionnaire mérite aussi d'être reconnu pour un travail nécessaire à l'épanouissement du business, et fier d'un travail dont les comparaisons public/privé ne sont pas aussi désavantageuse pour le pays... Alors, certes, il y a des fonctionnaires qui ne font pas de zèle (ils seraient saqués) ... et des patrons voyous... Il n'y a pas de patron sans salariés... et le pays a besoin d'un fonctionnariat pour garantir les règles du jeu...

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Alexandre Beauvois

Alexandre a débuté sa carrière comme Ingénieur chercheur en Intelligence Artificielle. Avant de fonder Entropic Synergies en 2005, il était Président d’OnVista France SAS, spécialiste de la conception de sites internet financiers, devenu Interactive Data (coté au NYSE:IDC).  Il a en parallèle cofondé divers entreprise en Europe comme Finroad.com, Newmanity.org et ES Services SA (cotée sur le marché Alternativa) à la pointe de l’innovation NTIC Européenne. Il accompagne de nombreux entrepreneurs de tous âges, toute maturité et dimension dans les processus de création, de croissance et de transformation de leur entreprise et apporte de nouveaux facteurs clefs de succès.

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