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Pesticides, nourritures ultra-transformées et cancers, scandale Lactalis : l’ère de la sécurité ou de l’insécurité alimentaire ?

Les scandales sanitaires se multiplient à propos de l'alimentation. Ce mardi, ce sont les taux de pesticides dans les fruits et légumes qui ont créé un tollé.

Dans mon assiette

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Pesticides, nourritures ultra-transformées et cancers, scandale Lactalis : l’ère de la sécurité ou de l’insécurité alimentaire ?

L’affaire du lait infantile contaminé Lactalis a montré toute une chaîne de défaillance, qui donnent lieu à des plaintes. Personne n’en sort indemne, ni Lactalis bien sûr, ni les grandes surfaces, ni les pharmacies, ni les organismes de contrôle, ni l’Etat… Parallèlement une étude vient montrer un lien probable entre alimentation industrielle et cancer, et une autre la présence de résidus de pesticides dans un grand nombre de fruits et légumes. Trois occasions de réfléchir à nouveau sur ce que représente vraiment la sécurité alimentaire aujourd’hui.

Rappelons déjà que le mot sécurité alimentaire est fortement polysémique. Il recouvre en fait trois questions très différentes : vais-je manger demain ? Vais-je mourir après souper ? Vais-je attraper un cancer ou devenir obèse (à la fois en mangeant des produits transformés et des fruits et légumes) ?
 
Vais-je manger demain ?
 
Pour une bonne partie de l’humanité, de laquelle nous sommes en Europe heureusement sortis depuis quelques décennies, la sécurité alimentaire a un sens très précis : je n’ai pas assez mangé aujourd’hui comment vais-je faire pour manger demain ? Le nombre de sous-alimentés reste singulièrement et scandaleusement stable autour de 800 millions de personnes, quelle que soit la population de la planète. Nous avons à peu près le même nombre de personnes sous-alimentées en 2018 (825 millions) qu’en 2000, en 1950, ou en 1900 ! Et il convient de rajouter à ce chiffre le milliard de personnes qui arrivent à se remplir le ventre, mais ne mangent qu’un seul ingrédient jour après jour, par exemple que du riz, ou que du manioc, et dont la santé est gravement menacée par manque de protéines, vitamines, éléments minéraux, etc.

Or, contrairement à ce qu’il se passait en 1900, il n’y a plus aucune fatalité dans ces chiffres déshonorants ; nous n’étions alors performants ni en agriculture ni en transports internationaux, et très fortement dépendants des aléas climatiques, ce qui n’est plus le cas.

La faim dans le monde est aujourd’hui le pur produit de la cupidité, de l’incurie, du racisme et de l’indifférence des hommes. Or, ce que l’homme a fait, l’homme peut le défaire ; pourquoi trouvons-nous normal qu’un enfant de moins de cinq ans meure encore de faim toutes les 10 secondes ? On meurt aujourd’hui beaucoup plus de faim que de guerres ou d’assassinats, et il est plus que temps de lutter résolument contre cette vraie insécurité alimentaire. Car sinon la situation va s’aggraver considérablement avec l’augmentation de la population et le réchauffement climatique.

Indépendamment des actions d’urgence, indispensables, il faut en fait mettre en œuvre simultanément quatre types de mesures :

  • S’organiser pour produire suffisamment. En fait il faudra probablement augmenter de 70 % la production agricole mondiale d’ici 2050 pour que chacun puisse manger à sa faim. Pas en Europe, où on mange déjà trop et où on ne fait plus d’enfants, mais massivement en Afrique, le continent qui va avoir la plus forte croissance démographique au XXIe siècle, et en Asie. Et ce, tout en mettant en œuvre de façon très volontariste les techniques d’agroécologie qui doivent impérativement remplacer les techniques actuelles trop intensives en chimie et en combustibles fossiles, et donc à la fois peu durables et fort délétères
     
  • Manger moins et gâcher moins dans les pays riches. En particulier, chez nous, manger beaucoup moins de viandes et de produits laitiers, qui nécessitent de produire énormément de végétaux pour la production, et réchauffent trop fortement la planète. Et arrêter de jeter, jeter, jeter, par exemple nos restes, les fruits et légumes « moches » ou les produits arrivés proches des dates de péremption…
     
  • Produire dans toutes les régions du monde. Les africains doivent pouvoir manger majoritairement de la nourriture africaine, les asiatiques de la nourriture asiatique, etc. On ne pourra pas s’en sortir en transportant sur des dizaines de milliers de kilomètres des millions de tonnes de produits périssables pour tenter de les vendre à des gens qui n’ont pas d’argent pour les acheter. La lutte contre l’insécurité alimentaire commence par celle pour la souveraineté alimentaire et nous devons veiller à ce que nos exportations subventionnées à bas prix n’empêchent pas les paysans du Sud d’investir pour améliorer leur productivité. Avec une exception peut-être : la nécessaire solidarité autour de la Méditerranée, car les pays de la rive sud de cette « mer intérieure » ne pourront définitivement plus se nourrir, et si on veut y vivre en paix, il paraît sage que les pays de la rive nord contribuent activement à leur sécurité alimentaire.
     
  • Assurer un revenu minimum à toutes les mères de famille. On peut très bien mourir de faim dans des pays qui ont une agriculture qui exporte dans le monde entier ! On compte encore énormément de pays, en particulier en Afrique Noire et dans la péninsule indo pakistanaise, où la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de mal nutrition, ce qui compromet définitivement leur avenir. Les bonnes vieilles allocations familiales, ou le revenu minimum de subsistance, aujourd’hui rebaptisés par les Nations-Unies « Défi Faim Zéro », sont une condition absolument nécessaire si l’on veut vivre en paix dans l’avenir. Certains trouvent que ça coûte cher ? Et la guerre, les millions de réfugiés sur les routes et les mers, ils trouvent que c’est bon marché ?

Vais-je mourir après souper ?

 
Commentaires

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  • Par moneo - 21/02/2018 - 10:31 - Signaler un abus lecture pour lecture

    je conseille" non ce n'était pas mieux avant".là nous sommes dans le catastrophisme habituel

  • Par ajm - 21/02/2018 - 15:31 - Signaler un abus Castrophisme déplacé.

    L'espérance de vie continue à monter chaque année, y compris dans la plupart des pays pauvres, â l'exception de ceux qui sont plongés dans des guerres civiles effroyables S'agissant de Lactalis , on attends encore un bilan précis et sérieux de la situation des victimes, en particulier sur la gravité de l'état des enfants touchés par la contamination.

  • Par Ganesha - 21/02/2018 - 17:12 - Signaler un abus Grosse erreur stratégique !

    Grosse erreur stratégique ! Un article de sept pages, alors que l'immense majorité des abonnés de ce site ne lit que les titres ! Au moins, pour celui-ci, le titre est honnête ! Mais, il faut attendre la page 4, pour voir apparaître le mot ''cancer'', la 5 pour ''pesticide'' et la 6 pour ''perturbateur endocrinien''. Dommage : au moins Atlantico faisait une exception en nous livrant ici un article qui ne soit pas de la ''basse propagande'', niant farouchement toute pollution chimique de notre alimentation, et les conséquences au sujet du cancer, de l'obésité, etc... Autre petit regret : prétendre que c'est notre devoir de nourrir l'Afrique, dont le Maghreb, sans dire un mot sur le contrôle des naissances !

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Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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