Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 02 Juillet 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Un père lance un jeu vidéo sur le cancer de son fils

Ryan et Amy Green ont développé un jeu vidéo interactif inspiré de leur combat contre le cancer de leur fils, décédé à l'âge de cinq ans. "That Dragon, Cancer", est disponible ce 12 janvier et brasse les souvenirs d'une famille déchirée par le deuil.

Jeu vidéo d'art

Publié le
Un père lance un jeu vidéo sur le cancer de son fils

Construire un monde virtuel pour échapper à la réalité ; ou du moins essayer d'y échapper, car "on n'y échappe jamais", assure Ryan Green.  Lorsqu'il apprend le cancer de son fils, Joel, en 2010, alors que celui-ci vient de fêter son premier anniversaire, l'homme décide de modéliser la vie de son petit garçon dans un jeu vidéo intitulé "That Dragon, Cancer". Malgré les souffrances provoquées par une maladie que sa famille a cru vaincre plusieurs fois, malgré les tumeurs très agressives qui empêchaient Joel de vivre normalement, Ryan a continué son projet, développé depuis trois ans avec une équipe de programmateurs et d'artistes, et enfin disponible ce 12 janvier 2016, comme l'annonce fièrement son site Internet.

Le jeu est conçu comme une aventure «point and click» : on se ballade dans un décor grâce à sa souris pour interragir avec les objets. Dans l'une des premières scènes, le joueur arrive devant le lit d'un bébé qui pleure. Il ne parvient pas à l'arrêter. Et pour cause : il n'y a aucun moyen de stopper les cris. D'autres scènes sont des discussions qui évoquent des moments du quotidien, des inquiétudes, des doutes... Pas de règles précises, donc, mais plutôt une sorte de bigraphie interactive et angoissante, comme si le jeu était une vaste pièce remplie de souvenirs de famille dans lequel le joueur est plongé. "On aimerait beaucoup que ce jeu ait un impact sur les gens et qu'il ait un succès commercial", raconte Amy Green, la femme de Ryan, que le magazine Wired a rencontré avec son mari. "Mais une part de moi me fait dire que ce projet n'est là que pour nous." Comme une catharsis nécessaire pour exorciser les douleurs de cette épreuve.

Regardez le trailer du jeu :

Retour en arrière. En 2010, hospitalisé en soins intensifs et atteint par une gastroentérite, Joel est affaibli par la maladie et les soins. Son père, Ryan, veille sur lui toute la nuit, sans rien pouvoir faire. Il a le sentiment que son fils s'éloigne, il se sent inutile et l'observe se cogner la tête contre les barreaux de son lit. "Ma réaction avait quelque chose d’extrêmement mécanique, révélateur de tout ce que nous vivions. J’essayais de trouver le bon levier à actionner pour que tout s’arrange", détaille Ryan Green au Guardian. "Peut-être que si je pouvais lui faire boire un peu de jus de fruit, il arrêterait de pleurer. Peut-être que si j’arrivais à ne faire que ça, tout irait bien." Toute son énergie ira dans ce jeu vidéo, qui deviendra son obsession.

Un jeu éprouvant et artistique

En novembre 2012, aidé par son ami Josh Larson, Ryan débute la conception du jeu vidéo. L'idée : permettre aux joueurs d'expérimenter la vie d'une personne atteinte du cancer, sa façon de vivre au quotidien, de surmonter les épreuves. Point essentiel : les personnages représentés n'ont pas de visage identifiable, ils sont dessinés par des traits grossiers, aux couleurs pastel, et dans un univers douillet quoi qu'un peu pixelisé. Tantôt huis-clos dans la maison, tantôt expérience onirique dans la nature, le jeu délivre des messages subliminaux, il suggère, dévoile, sans prendre le joueur par la main. C'est à lui de découvrir le sens du jeu.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jérémy Collado

Jérémy Collado est journaliste.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€