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Pénurie de beurre : mais comment les producteurs en sont-ils arrivés là ?

C’est désormais le cas pratiquement partout en France : des affichettes fleurissent dans les grandes surfaces pour avertir d’une pénurie de beurre dans les rayons. Mais comment un pays producteur laitier comme la France en arrive à de telles extrémités ?

Agriculture

Publié le
Pénurie de beurre : mais comment les producteurs en sont-ils arrivés là ?

Lire le point de vue de l’éleveur (éleveuse en l’occurrence) en ligne sur WikiAgri

En faisant vos courses, vous avez probablement été étonné de lire une affichette dans le style « en raison d’une pénurie de matière première sur le beurre, nous sommes dans l’incapacité de vous proposer ce produit »... Comment peut-on, dans un pays comme la France connu pour sa production laitière, le pays aux 1000 fromages, manquer de beurre ? Et est-ce durable ?

Pour utiliser un mot à la mode, les causes sont multifactorielles. Plusieurs hypothèses sont élaborées, et la vérité se situe vraisemblablement dans un mix de l’ensemble.

Première cause, historique, dans les choix à l’échelle de l’Europe.

En 1984, les quotas laitiers ont été institués sur le continent car la production européenne de beurre était pléthorique. On ne savait plus, alors, qu’en faire, et les cours partaient à la baisse. Avec une production mesurée en quantité, ce problème fut circonscrit.

Mais cette baisse de quantité n’a pas suffit, d’où une deuxième cause. L’industrie laitière a appris à fragmenter le lait (regardez le rayon du lait en poudre pour bébés et vous comprendrez à travers le choix des laits différents ce que cela signifie : on sait ne récupérer que la partie du lait nous intéresse pour un produit fini donné). Et en progressant dans cette voie, des besoins se sont fait sentir plus pour une part du lait que pour l’autre : c’est là que les matières grasses sont devenues moins intéressantes. Cette demande redescend jusqu’au producteur, qui y répond en jouant sur deux leviers : la nutrition animale, et les choix des races productrices de lait. A tel point que les protéines sont devenues tellement importantes qu’elles ont dépassé l’offre : il faut désormais leur trouver des débouchés industriels nouveaux, y compris non alimentaires.

On a donc perdu des capacité de production de beurre d’une part à travers l’instauration des quotas laitiers en 1984, mais aussi d’autre part avec des fermes spécialisant leurs productions vers des laits avec moins de matières grasses.

Certes, les quotas laitiers ont été arrêtés en 2015. Pour autant, cela n’a rien changé à la tendance. D’une part parce que les troupeaux de laitières sont restés avec des vaches à dominante « protéines ». D’autre part en raison de la crise qui n’a pas manqué d’arriver dès la fin des quotas : très vite des mesures d’encadrement des productions ont été prises, de manière inégale en fonction des groupements de producteurs laitiers (il a fallu beaucoup de temps pour que l’Europe ne prenne une décision en ce sens, ce sont donc les éleveurs eux-mêmes qui ont tenté de trouver des solutions entre eux), mais visant tout de même globalement à éviter les surproduction.

Troisième cause, les habitudes alimentaires. Il fut un temps pas si lointain où l’on écoutait volontiers les nutritionnistes mettant en garde face à une consommation éventuellement trop importante de matières grasses. Il valait mieux de la margarine que du beurre, etc. Or cette tendance là s’est renversée : on redécouvre aujourd’hui les vertus du beurre. D’où une demande globale en hausse.

 
Commentaires

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  • Par moneo - 22/10/2017 - 10:45 - Signaler un abus Et pourtant

    Ne peut on acheter du beurre en Allemagne? en Hollande? Australie? s'il y a un déséquilibre entre l'offre et la demande , les prix vont monter c'est normal les éleveurs seront contents ( il n' y'a pas longtemps ils pleuraient sur les prix trop bas) et les consommateurs pas contents , mais c'est le marché qui est ainsi ou alors on se retrouve dans une situation soviétisée et à ma connaissance les plans de production ont tous abouti à la misère et à la disparition des produits Bref cet article est incomplet

  • Par vangog - 22/10/2017 - 13:56 - Signaler un abus Le socialo-Macronisme destructeur...

    d'abord la Nation, déchiquettée par le pantin de la finance internationale, puis les terroirs, les régions, le pluralisme, la créativité, l'identité française...Macron est un destructeur, pas un constructeur...naïfs, regardez ses résultats, après six mois!

  • Par CHARPFREFRA - 22/10/2017 - 17:27 - Signaler un abus Les producteurs de Lait en profitent-ils ?

    Sans Quotas et donc un marché libre, le prix d'achat du lait adapté à la fabrication du beurre devrait monter en flèche et ainsi attirer les éleveurs qui cherchent depuis si longtemps à rentabiliser leur travail !!! Et pourtant on a l'impression que quelque chose ou pouvoirs fausse ce mécanisme essentiel à la régulation par le marché...

  • Par assougoudrel - 22/10/2017 - 18:42 - Signaler un abus Dans les années 80, on a eu la

    "montagne de beurre" car, en plus du trop plein, on en faisait venir de Nouvelle Zélande. Aujourd'hui, nous ne pouvons même pas en faire venir de l'UE. Il paraîtrait que les chinois en sont de nouveaux consommateurs et qu'aux USA, ils ont laissé tomber la margarine pour le beurre afin d'approcher le gout de la pâtisserie à celle de la France. En Bretagne, il en reste encore dans les grandes et moyennes surface. Pour ma part, j'en ai mis au congélateur (comme dans les navires) pour ma pâtisserie que je fais moi même.

  • Par moneo - 23/10/2017 - 10:55 - Signaler un abus @Assougoudrel

    Donc le prix devraient monter pour les producteurs ou alors on ne nous dit pas tout -:)

  • Par tapio - 23/10/2017 - 13:04 - Signaler un abus Allez donc dire à Zemmour ...

    ... qu'il y a "pénurie de beurs" ...

  • Par assougoudrel - 23/10/2017 - 15:33 - Signaler un abus @moneo

    C'est ce que j'ai entendu à la radio, il y a deux jours de cela (pour la Chine et les USA). On a vu les financiers s'emparer des céréales, alors, il ne faut s'étonner de rien. Si il y a tant de nouveaux consommateurs, la logique voudrait que les tarifs augmentent, ce qui est déjà le cas depuis quelques jours dans les Leclercs de Bretagne.

  • Par assougoudrel - 23/10/2017 - 15:37 - Signaler un abus @moneo

    Les fête de fin d'années arrivent et il faut beaucoup de beurre pour les bûches de Noël et pour la pâte feuilletée des galette des rois. Les prix risquent de grimper.

  • Par moneo - 23/10/2017 - 15:57 - Signaler un abus Que préférez vous?

    des éleveurs qui gagnent des sous avec de prix plus élevés ou des éleveurs qui se suicident qui arrêtent ou qui sont subventionnés? cad par no impôts

  • Par Atlante13 - 23/10/2017 - 16:58 - Signaler un abus Encore une fois,

    confiez à des fonctionnaires d'Etat la gestion du sable du Sahara, ... Merci Coluche.

  • Par moneo - 23/10/2017 - 17:46 - Signaler un abus ou alors

    En cette période troublée ; il y en a qui ont abusé du beurre avec trop de Dernier Tango -:)

  • Par Deneziere - 24/10/2017 - 11:04 - Signaler un abus Incorrigibles socialo-étatistes

    A l’origine de tout cela, il y avait une décision de type gosplan, prise par l’Europe agricole que le fonctionnaire français jacobin avait voulu à son image : je-sais-tout, je-peux-tout, et si je n’étais pas là, « qu’est ce que ça irait mal ». Dix ans après, on paye encore leurs balourdises de technocrates.

  • Par CasCochyme - 24/10/2017 - 16:09 - Signaler un abus Capables de tout

    Encore un coup de Sens Commun. Je les savais capables de tout!

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