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Le Pentagone abat ses cartes sur son objectif pour l’Europe : empêcher le rapprochement entre Europe et Russie à tout prix

L'absence de moyens et d'unités de vue des Européens vis-à-vis de la Russie empêchent la formation d'une véritable politique de défense européenne. La France et l'Europe sont donc condamnées à s'aligner sur les intérêts américains. Si Nicolas Sarkozy avait instauré un équilibre entre rapprochement avec l'OTAN et entente avec la Russie, François Hollande est engagé dans un atlantisme bien plus radical.

Le monde selon Washington

Publié le - Mis à jour le 16 Mai 2016
Le Pentagone abat ses cartes sur son objectif pour l’Europe : empêcher le rapprochement entre Europe et Russie à tout prix

Atlantico : Ash Carter, secrétaire d'Etat à la Défense aux Etats-Unis a présenté un projet de budget 2016-2017 qui multiplierait par quatre les moyens militaires engagés en Europe. A quels objectifs stratégiques répond ce redéploiement ?

Alexandre Del Valle : La logique globale des Etats-Unis est d'empêcher à tout prix un rapprochement entre l'Union européenne et la Russie.

Depuis au moins un siècle et demi, toute la stratégie anglo-saxonne (anglaise puis américaine) consiste à empêcher le rapprochement de la France, de l'Allemagne et de la Russie. Le cauchemar des Américains est incarné par ce que voulait le général de Gaulle: un axe Paris-Berlin-Moscou et une Europe des Nations souveraines de l’Atlantique à l'Oural.

Pour les stratèges atlantistes et américains, tout doit être fait pour empêcher la formation d'une grande Europe continentale réconciliée (la "Maison commune européenne" chère à Gorbatchev et Mitterrand), car si les Européens se réconcilient entre eux et si les Russes font partie d'une défense européenne, la domination américaine sur le continent européen n'aura plus de raison d'être et cela signifierait la mort programmée de l’OTAN telle qu’elle existe depuis sa fondation. Structurellement, la raison d'être de l’Alliance, y compris après la chute de l’ex-URSS, c'est d'accentuer le fossé avec la Russie post-soviétique. Cela ne veut pas dire que les Américains ne peuvent pas s'entendre directement avec les Russes s’ils y ont intérêt - et il y a même des responsables politiques américains qui ne sont pas antirusses comme Donald Trump ou d’autres "panoccidentalistes" ou adeptes du Reset, mais ils ne veulent pas que les Européens s'entendent trop bien avec les Russes...

Le redéploiement militaire des Etats-Unis en Europe intervient donc en réponse à une préoccupation des Polonais, des pays baltes, et même des Roumains, également très atlantistes et anti-russes, mais aussi de certains pays frontaliers de la Russie (Ukraine, Géorgie, etc) qui se sentent menacés par la réaction russe face à l'avancée européenne et atlantique vers l’Est ("étranger proche russe"). Un durcissement des positions américaines envers les Russes et inversement a d’ailleurs eu lieu à cause de la crise ukrainienne (et des "révolutions colorées" qui l’ont précédée) puis de la volonté de revanche de plusieurs pays de l'Est de l'Europe qui utilisent l'Union européenne, l'OTAN et les Etats-Unis comme des boucliers afin de se protéger contre les Russes et d’isoler la Russie de l’ensemble occidental.

En effet, les pays baltes et la Pologne étant membres de l'Union européenne, la crise ukrainienne a été utilisée comme prétexte pour demander une aide supplémentaire américaine dans le cadre de la solidarité des pays membres de l'OTAN ou alliés, ceci face au méchant ours russe accusé de dérive "néo-impériale" alors qu’en réalité l’Union européenne et l’OTAN agissent eux-mêmes comme de véritables empires en refusant de se fixer des limites à leur extension infinie jusqu’aux portes de la Russie. Dans ce contexte géo-stratégique et idéologique, les Européens atlantistes et leurs protecteurs américains ont donné des signes assez dangereux en encourageant une association bien trop hâtive de l'Ukraine avec l'Union européenne et l’OTAN. Ils ont ainsi fait très peur aux Russes et ont laissé pensé que l’Empire occidental se comportait en prédateur, certes au nom de belles idées… Ainsi, depuis les révolutions orange et autres en Ukraine et en Géorgie, les Occidentaux ont donné l'impression que l'OTAN avec les pays antirusses d'une part, et l'Union européenne d'autre part, voulaient "manger" un bout de territoire de l'étranger proche russe. Dans ce contexte, la crise s'est accentuée entre l'Occident et la Russie, et la Crimée a été récupérée par Moscou afin que la base militaire russe de l’île ukrainienne et anciennement russe ne soit pas supprimée par une adhésion ultérieure à l’OTAN ou à l'UE. La politique de reset avec les Russes est donc un échec total imputable aux deux camps mais dont le premier responsable est l’Occident qui n’a pas respecté le maintien d’une zone tampon entre les deux "empires".

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/02/2016 - 10:13 - Signaler un abus Oui à l'axe Paris-Berlin-Moscou!

    Pendant qu'Obama-le-dhimmi va dans les mosquées, Poutine se bat contre Daesch et ses succursales camouflées en fronts de la résistance, pour mieux entuber les crédules...et il se bat bien! Depuis des années que dure ce conflit déclenché par l'inanité des Kouschners, BHL, Sarko-le-parjure, Flamby-le-menteur, enfin les Russes et les Kurdes gagnent du terrain contre les islamistes! Les européens ont plus confiance dans la stratégie russe que dans la stratégie atlantiste, europeiste et immigrationniste. Dehors les américains!

  • Par Camtom - 04/02/2016 - 12:15 - Signaler un abus Les usa, un modèle culturel

    Les usa, un modèle culturel et comportemental ? Bof bof...le rap, le communautarisme, le mensonge d'état, la théorie du genre.............

  • Par Texas - 04/02/2016 - 13:58 - Signaler un abus Lire ou Relire...

    ..." Le Grand Echiquier " de Zbig Bzrezinski dans lequel la stratégie est parfaitement théorisé et sans grand changement depuis son édition . Un troisième élément vient rebattre les cartes....L' Islam , qui rend les peuples Européens et Américains , shizophréniques . Avec ce double choix entre L' Occident et les valeurs démocratiques et La Russie comme " garant " espéré de la civilisation Chrétienne face aux Musulmans .Cornélien .

  • Par Texas - 04/02/2016 - 13:59 - Signaler un abus Pardon !

    ...Vous avez déjà corrigé ...théorisée !

  • Par Texas - 04/02/2016 - 14:04 - Signaler un abus Mais...

    ...ne nous y trompons pas , Mr Del Valle , les Oligarchies ne sont pas une exclusivité Russe !

  • Par Gré - 04/02/2016 - 16:49 - Signaler un abus Les Européens, atteints du

    Les Européens, atteints du syndrome de la "volonté d’impuissance" ? Nuance : les dirigeants européens le sont. Les Européens, eux, sont impuissants parce que désarmés. On le voit bien avec la crise migratoire. la population subit parce qu'elle n'a pas les armes pour se défendre. Cela n'empêche pas la marmite de bouillir. Nous ne résoudrons le problème migratoire qu'en nous alliant avec les Russes car les USA d'Obama et la Turquie soutiennent ce flux migratoire. Leur objectif est le même : nous soumettre

  • Par MONEO98 - 04/02/2016 - 19:14 - Signaler un abus les Gaullistes premiers responsables

    Qui a tué la CED? le gaullistes et les communistes.. Toutes nos élites ont cru jusqu'au bout que nous serions LE modèle Européen et l'Allemagne que nous occupions pacifiquement resterait en l'état?Pompidou aimait tellement l'Allemagne qu'il aimait qu'il y en ait 2... Mitterrand n'a pas compris la chute du mur...et ce qu'elle signifiait... Donc sans armée digne de ce nom, toute l'Europe se met sous le parapluie américain et pourtant nous aurions tout à gagner à nous entendre avec les Russes ( ce ne seront pas nos agriculteurs qui diront le contraire) si nous le traitons comme des ennemis comment voulez vous qu'ils nous voient comme des amis?

  • Par Deudeuche - 05/02/2016 - 07:54 - Signaler un abus @Monéo

    et l'Europe de l'Atlantique à l'Oural, c'était qui? sinon le grand Charles! L'armée européenne ne peut exister car il ne peut y avoir de nation européenne, une armée ce sont d'abord des soldats prêts à combattre pour une nation (pas des insurgés civils armés). Cela n'empêche pas des coalitions permanentes structurées. Mais c'est pas demain que l'on mettra un drapeau européen sur le cercueil d'un soldat!

  • Par zouk - 05/02/2016 - 17:58 - Signaler un abus Paris-Moscou

    Attendez le prochain remaniement ministériel. Le remplaçant de L. Fabius saura y mettre bon ordre.... si?

  • Par zouk - 05/02/2016 - 18:04 - Signaler un abus Armée européenne

    A Monéo: bien sûr elle n'existe pas et ne peut exister, ni ne pourra exister même si l'UE décidait de s'organiser en fédération, c'est tellement commode de laisser cela aux Français et Britanniques. Y participer pourrait coûter beaucoup d'argent et des morts. Fi donc... laissons cela aux Français et Britanniques

  • Par zouk - 05/02/2016 - 18:08 - Signaler un abus Armée européenne

    A Monéo: bien sûr elle n'existe pas et ne peut exister, ni ne pourra exister même si l'UE décidait de s'organiser en fédération, c'est tellement commode de laisser cela aux Français et Britanniques. Y participer pourrait coûter beaucoup d'argent et des morts. Fi donc... laissons cela aux Français et Britanniques. Quant à cet atlantisme anti-russe de Fr. H., pouvez vous me citer une seule question majeure sur laquelle il ne se se soit pas radicalement trompé? La Syrie par exemple...

  • Par valencia77 - 06/02/2016 - 02:06 - Signaler un abus armes

    Les citoyens ne devraient jamais se laisser desarmer par leur gouvernement. Les politiciens savent que la populace ne va pas se revolter mais ils savent aussi qu'il ne faut pas trop pousser.

  • Par lémire - 08/02/2016 - 00:33 - Signaler un abus diaboliser

    La gauche de gouvernement n'a rien à proposer à quiconque, et pour exister, il lui faut diaboliser. A l'extérieur, ç'a été les USA et les Britanniques à un moment donné, et maintenant qu'on de nouveau a besoin d'eux, c'est la Russie, l'Iran... Je sais bien qu'on a besoin de ménager les états du Golfe, mais les postures à la Fabius sont-elles nécessaires ?

  • Par lémire - 08/02/2016 - 00:45 - Signaler un abus défense européenne

    Je ne pleure pas une politique de défense européenne qui n'a jamais été voulue pas les autres Européens, car ils n'ont jamais jugée crédible la dissuasion française. Même à l'époque de Giscard et des missiles Pluton, on hésitait à dire si on s'en servirait en cas d'attaque nucléaire tactique sur l'OTAN en Allemagne... Et quand on voit comment l'UE s'est attaquée à des intérêts stratégiques majeurs de la Russie en Ukraine, incapable d'anticiper leur riposte ou de la contrer, je suis content qu'on n'ait pas confié notre protection à ces gens. La dernière fois qu'une force multinationale européenne a dû s'impliquer dans un conflit armé sans les USA, ça a donné l'abominable fiasco de Srebrenica, et il a fallu que les Américains règlent ça à leur manière par la suite, via les Croates).

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

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