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Vous pensez être capable de détecter des “fake news”... N'en soyez pas si sûrs

Quelque soit le niveau d'études ou le degré d'intelligence, tout individu est confronté au problème de la détection des "fake news", et ce pour plusieurs raisons propres à la nature humaine, mais aussi à cause des conditions sociales actuelles de la transmission de l'information.

Remise en question

Publié le - Mis à jour le 13 Janvier 2017
Vous pensez être capable de détecter des “fake news”... N'en soyez pas si sûrs

Atlantico : Depuis la dernière élection présidentielle aux Etats-Unis, le phénomène des "fake news" n'a cessé de s'amplifier. Comment peut-on expliquer le fait que de plus en plus de personnes croient aux "fake news" alors qu'il est aujourd'hui pourtant simple de vérifier une information ? 

Pascal Engel : Il faut essayer de remonter aux origines de ce phénomène. Rumeurs, fausses informations, secrets et mensonges font partie de la vie sociale depuis que les humains se sont rendus compte qu’ils pouvaient manipuler leurs semblables en gardant pour eux des informations utiles ou en les trompant. L’invention de l’imprimerie, des medias de masse et de l’internet n’ont fait que multiplier les moyens par lesquels la production, la rétention, et la dissimulation de l’information sont possibles. Alors pourquoi trouverait-on quoi que ce soit de nouveau dans la manière dont les medias et les forces politiques ont été utilisés par des hommes politiques comme ceux qui ont fait la campagne du Brexit , par des dirigeants sans scrupules comme Poutine, et surtout  par ceux qui ont conduit à la marche triomphale de Trump?

On a dit qu’on était entré dans l’ère de la "post-vérité" : non seulement, les fausses nouvelles, le mensonge, et la désinformation deviendraient endémiques, mais elles seraient devenues la norme. Une journaliste admiratrice de Trump, Scottie Nell Hughes, a même déclaré, apparemment pour s’en réjouir: "Il n’y a même plus de faits”. Simple constat ou comble du cynisme? 

Depuis plusieurs années, le professeur en psychologie de l'Université de Brown, Steven Sloman, travaille sur un phénomène appelé "l'illusion de la connaissance". Pour quelles raisons avons-nous du mal à reconnaître notre ignorance sur certains sujets/domaines, etc. ? Jusqu'à quel point cette "illusion de la connaissance" peut-elle être préjudiciable ? 

On peut en effet parler d’illusion de connaissance. Et on peut tenter de l’expliquer en partie par la psychologie. Les humains ont une tendance spontanée à croire de prime abord ce qu’on leur dit, à prendre tout témoignage pour argent comptant, c’est-à-dire comme vraie. Le doute, l’attitude d’examen et  la recherche de preuves ne viennent qu’après. Ils ont aussi tendance à acquérir les croyances qui les intéressent, en négligeant les informations qui ne sont pas pertinentes pour eux ou qui choquent leurs convictions. Ils ont aussi une tendance à la certitude, c’est-à-dire à surestimer leurs capacités de mémoire et de raisonnement, bref à se croire plus rationnels et plus intelligents qu’ils ne le sont en fait. Les logiciens ont dressé la liste des sophismes et paralogismes que nous commettons dans la vie quotidienne, et la psychologie sociale a montré expérimentalement que nous sommes victimes de biais cognitifs : nous évaluons mal la probabilité d’un fait observé parce que nous ignorons sa probabilité antécédente, nous avons tendance à n’acquérir que les croyances qui confirment nos croyances antérieures. Enfin, nos émotions et nos affects exercent une influence indéniable sur nos jugements, et nous avons tendance à prendre nos désirs pour des réalités. Toutes ces causes concourent au renforcement des préjugés, à la faiblesse de notre vigilance vis-à-vis des faux positifs, et à la production d’opinions rarement mises en cause. On peut y résister, comme y insistèrent les hommes des Lumières, par l’examen des preuves et la critique des sources, mais force est de constater que l’exercice de la raison, qui seule peut conduire à la liberté véritable de jugement sur laquelle devrait s’appuyer une démocratie, reste rare et minoritaire.

A ces causes naturelles analysées par les psychologues s’ajoutent les conditions sociales présentes de la transmission de l’information qui conduisent à une véritable dévalorisation de la vérité. Le développement des réseaux sociaux conduit à mutualiser les informations au sein de groupes d’opinion : on like les informations que l’on aime, ou qui confortent nos préjugés. Les gens tendent à ne plus lire les journaux, même sous forme électronique, et donc à recevoir leurs données uniquement de leurs friends. Ces pratiques renforcent la diffusion de rumeurs conspirationnistes et l’uberisation des informations, alors même qu’elles étaient supposées les rendre accessibles à tous. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Il suffit de penser au traitement de l’information pendant l’Affaire Dreyfus ou pendant la période de Vichy en France, ou au développement de la propagande nazie. L’art politique a toujours consisté à utiliser l’opinion pour ses fins propres. Mais quand il se conjugue à des phénomènes de saturation et de détournement de l’information comme ceux qui affectent le régime de la communication par internet, il atteint des seuils de dangerosité inédits. On dira : danger pour qui ? Certainement pas pour ceux qui savent s’en servir. L’idéologie de ce que l’on a appelé les "Anti-Lumières", celle des réactionnaires (religieux ou pas) et des penseurs qui, tels jadis Charles Maurras, s’étaient donnés comme objectif de "détruire la démocratie par tous les moyens", celle des conservateurs américains du Tea Party, celle de Trump et de ses alliés, a toujours considéré que l’exercice autonome du jugement libre et de la raison était un obstacle au seul régime politique valable à leurs yeux : un régime autoritaire, dans lequel la voix du plus grand nombre coïncide ( ô miracle !) avec celle du Chef qui le guide. 

 
Commentaires

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  • Par cloette - 07/01/2017 - 10:19 - Signaler un abus Article etonnant

    Qui prend ses lecteurs pour des débiles !

  • Par 2bout - 07/01/2017 - 12:46 - Signaler un abus Dieu existe !

    Voilà le plus gros "Fake" de l'histoire. Contre la crédulité, il n'y a pas vraiment de remèdes.

  • Par vacciné - 07/01/2017 - 21:51 - Signaler un abus Etonnant renversement

    Tiens donc , comme par hasard , dans les tenants de la post vérité , on ne cite pas les européistes sans vergogne , ceux qui annonçaient qu'après le brexit l'Angleterre allait revenir environ au 15 éme siécle les fumistes du parti démocrate , les guignols adeptes de la "mondialisation heureuse" , les tenants du relativisme culturel , de l'identité heureuse , etc... il est là , le vrai bullshit et la créme de la foutaise Article partial , orienté et assez représentatif de la propagande lui même

  • Par Lazydoc - 08/01/2017 - 02:27 - Signaler un abus Je suis d'accord avec l'auteur de cet article

    Il n'y a pas de réchauffement climatique Une femme ne peut être présidente de la république (surtout Rama Yade)

  • Par VALKO - 08/01/2017 - 06:56 - Signaler un abus QUI BIAISE QUI?

    "Post-vérité...Trump, Poutine , les utilisent.....Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Il suffit de penser au traitement de l’information pendant l’Affaire Dreyfus ou pendant la période de Vichy en France, ou au développement de la propagande nazie. L’art politique a toujours consisté à utiliser l’opinion pour ses fins propres...." Donc si je comprends bien le biais cognitif n'est utilisé que par les dictateurs , les totalitaires etl'extrême droite; les médias français presse et audio eux n'utilisent certes pas l'opinion à des fins propres? Ce philosophe biberonné au lait BHL ne voit-il pas que comme lui, il pratique ce qu'il dénonce? Comment se fait-il alors que toutes les agressions sexuelles en Allemagne en Finlande, Suède lors de concerts publics l'an passé , celles survenues en Angleterre et dénoncées par le praticien hospitalier qui n'en pouvait plus de devoir se taire et dernièrement celles en Autriche soient passées sous silence afin de ne pas stigmatiser? N'est-ce pas le début d'une post-vérité de faire comme si rien ne s'était passé...Allez arrête, petit...Ce genre d'analyse biaisée, on peut le trouver dans le Monde, Libé, l'Express, RTL, Europe, I télé etc...etc...etc..

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Pascal Engel

Pascal Engel est philosophe. Il est spécialisé dans la philosophie de l'esprit, de la connaissance, ainsi que dans celles de la logique et du langage.

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