Vue de Pékin, la campagne électorale
française semble passer
à côtés des vrais enjeux
Un séjour dans le gigantisme chinois peut changer la perspective sur les débats franco-français...
Un séjour dans le gigantisme chinois peut changer la perspective sur les débats franco-français...
«There are 9 million bicycles in Beijing ». Le titre de la chanson de Katia Melua est un peu dépassé aujourd’hui, les voitures ayant remplacé les vélos dans la capitale de l’Empire du Milieu.
Après une semaine de vacances passée à Pékin, on voit la campagne électorale française sous un autre angle, c'est-à-dire totalement en décalage par rapport aux enjeux du monde en train de se construire sous nos yeux.
La Chine est en effet en train d’exploser économiquement avec une population énorme, un niveau de vie qui a fortement augmenté depuis mon dernier voyage là-bas il y a à peine cinq ans et des perspectives exceptionnelles, l’Asie étant désormais LE pôle de croissance du monde. Ce grand bond en avant économique est en train de changer totalement la face de la planète sans qu’il en soit fait une quelconque allusion dans la campagne électorale actuelle alors que ce sujet est essentiel en termes géopolitique, géoéconomique et géostratégique.
Devenue le banquier du monde avec les plus grosses réserves de devises de la planète (la Banque Centrale Chinoise détenant plus de 3200 milliards de dollars de réserves de devises), la Chine retrouve des ambitions planétaires qu’elle avait abandonnées depuis des lustres. Tout le monde sait que parmi les éléments de mesure des ambitions d’un pays se trouve en position essentielle son budget de la défense. Les chinois l’ont compris puisque ils ont décidé de doubler leurs dépenses militaires d’ici 2015, passant celles-ci de 119 milliards dollars en 2011 à 238 milliards de dollars d’ici trois ans. Inutile de dire que ceci est censé redistribuer les cartes du monde, du moins sur les contours du Pacifique et en Asie.
Pour rentrer de Pékin, on survole l’immensité Russe. La Sibérie en hiver a quelque chose d’irréel, immensité immaculée qui parait sans fin, la distance entre villes russes se comptant en heures de vol. On comprend mieux pourquoi tous ceux qui ont tenté d’envahir ce pays gigantesque se sont, de Napoléon à Hitler, cassé les dents.
La Russie n’est pas non plus en reste pour retrouver son lustre passé. Ruinée dans les années 90 elle a depuis, grâce entre autre à l’explosion du prix des matières premières abondantes chez elle, retrouvé une aisance financière qu’elle avait perdue depuis longtemps.
En pleine campagne présidentielle elle aussi, le « candidat-Président » Vladimir Poutine a promis de passer 772 milliards de dollars de commandes à ses industries de défense dans les 10 années à venir avec, entre autre, la création d’un bouclier anti-missiles comparable au bouclier anti-missiles américain. Là non plus aucune réaction d’aucun candidat en France alors que c’est un sujet essentiel pour l’avenir du pays. Qui a entendu parler de défense, d’enjeux géostratégiques et géopolitiques dans la campagne en cours ? Personne, ce qui veut dire que soit nos candidats n’ont aucune notion des enjeux, ce qui serait catastrophique, soit qu’ils n’ont rien à dire dans ce domaine, ce qui serait également catastrophique, à moins que ce ne soient les deux…
Mots-clés: Asie | banque centrale chinoise | Chine | françois fill | Hitler | Napoléon | nucléaire | Pékin | Philippe Tesson | Russie | Sibérie | Vladimir Poutine
Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.
Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril, "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012).
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donc payée avec nos impots, contre Poutine, digne de la Prawda soviétique de la grande époque, au même moment où Arte fait du battage sur "le réveil démocratique de la Russie": nos médias publics ont donc déclaré officiellement la guerre au "maitre du Kremlin" (selon leur terminologie ridicule), mais comme il sera élu, ce n'est pas malin!
Vu des USA cela ne m'étonne pas, depuis le début je dis que le seul "G" qui vaille est le "G2"...
Le monde en (très) proche devenir n'est pas celui du G8 ou même du G20, c'est celui du G2. L'Amérique recentre lentement mais sûrement sa politique de défense sur le Pacifique, la Chine développe à tour de bras les moyens d'interdire son littoral proche aux Américains. L'Europe dans tout ça ? C'est l'Autriche-Hongrie de 1914, crédible sur le papier mais prête à tomber en poussière à la première chiquenaude. Nos candidats présidents le savent bien, tout comme ils savent qu'un pays de 65 millions d'habitants ne peut pas exister seul face aux deux nouveaux Grands. Ne cherchez pas plus loin les raisons de leur mutisme sur les vraies questions géostratégiques !
La guerre va redevenir la principale préoccupation des peuples. L'asie est la première concernée avec le moyen orient et l'Afrique. La France se réarmera en catimini puis dans l'urgence quand les banlieues africaines n'offirront plus d'autre choix que le temps de la cohabitation pacifique est résolu.
Si l'auteur attend que la campagne présidentielle française s'engage sur des objectifs visant à contrer ou à équilibrer les ambitions chinoises, il peut toujours attendre. ..
Nous pouvons avoir des ambitions de ce type au niveau européen mais pas à l'échelle nationale. Nos responsables politiques le savent bien mais en ce moment, parler de renforcer la construction européenne est plutôt risqué.
Songez que Le Pen et Dupont Aignan veulent quitter l'euro et revenir aux anciennes frontières!
Il faut savoir ce que l'on veut et ce n'est pas le cas du corps électoral français pour le moment.
Globalement d'accord avec vous, nos "élites" (les guillemets sont importants), n'ont plus aucune ambition économique (ils ont tout abandonné à la finance), politique (ils ont abandonné tous les pouvoirs à des gens non élus) ni culturelle (il est fou de voir que le fameux "prix de la carpette anglesse" est quasi toujours gagné par un politique...)!
je dirais que les français ont abandonné toute ambition pour la France, au niveau économique, militaire, et puis culturelle, puisque sans les deux premieres, la troisième n'a aucune chance de voir le jour. Je crois que Sarkozy a voulu remettre la France en ordre en 2007, mais les socialistes et les syndicats (et la parole erratique de Sarkozy aussi) ont tout fait pour empêcher ca. Le seule espoir pour l'avenir c'est d'attendre 5 ans et essayer de trouver mieux, avec l'espoir que la France ne s'est pas cassé dans trop de morceaux entre temps...
Merci et entièrement d'accord avec votre comentaire!
En ce qui concerne la Chine et la Russie, en France on ne connaît que les incantations ("ce sont des gros méchants qui ne respectent pas les droidlôm et ragnangni et ragnagna..."), car au fond on ne leur pardonne pas d'avoir abandonné le marxisme, de jure pour la Russie, de facto pour la Chine. Ou quand les nostalgiques du communisme se joignent aux ultralibéraux atlantistes, assez comique!