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Pauvreté : cette France qui donne mal (et trop) en ne sachant pas du tout cibler ceux qui ont vraiment besoin

Les statistiques de l'Insee confirment une étude réalisée par le Secours catholique : en 2015, la pauvreté a augmenté en France et concerne près de 9 millions de personnes.

Mauvaise approche

Publié le
Pauvreté :  cette France qui donne mal (et trop) en ne sachant pas du tout cibler ceux qui ont vraiment besoin

Les pauvres de nationalité française sont un peu plus aidés par notre protection sociale officielle et s’adressent un peu moins aux ONG. Crédit Pixabay

Atlantico : Selon une récente étude du Secours catholique, la pauvreté en France aurait augmenté en 2015 pour concerner près de 9 millions de personnes. Comment expliquez-vous cette augmentation ?

Jacques Bichot : Le Secours catholique a fait un travail dont il indique les limites : les personnes qu’il aide ne constituent pas un échantillon représentatif de la population  des personnes qui résident en France et sont en situation de pauvreté.

Son apport à la connaissance de la pauvreté se situe davantage dans l’analyse des formes de pauvreté, des mécanismes qui conduisent à se trouver en situation difficile, et parfois désespérée.

Ceci étant, comme cette ONG réalise son étude chaque année depuis fort longtemps, à partir des fiches que remplit chaque bénévole pour chaque personne qu’il rencontre, il existe des évolutions que son étude met en évidence. Par exemple, il est frappant de voir que les personnes de nationalité étrangère, qui représentent 6,4 % de la population de la France, forment 36,4 % des personnes qui se sont adressées au Secours catholique en 2015. En 2000, ce pourcentage était seulement 20 %. Il existe donc un lien entre pauvreté et immigration, et plus précisément avec l’entrée de sans-papiers ou de demandeurs d’asile dont la demande est refusée, mais qui ne repartent pas pour autant.

N’en déduisons pas que, en l’absence de migrants venus plus nombreux de pays pauvres ou ravagés par la guerre, il y aurait eu une diminution de la pauvreté ! Certes, le Secours catholique nous indique que « malgré quelques fluctuations annuelles, le nombre de situations de pauvreté rencontrées reste d’un ordre de grandeur relativement stable depuis 15 ans ». Mais cela ne veut pas dire que, puisqu'il y a moins de Français qui viennent au Secours catholique, il y a moins de Français pauvres. Cela peut aussi vouloir dire que les pauvres de nationalité française sont un peu plus aidés par notre protection sociale officielle et s’adressent un peu moins aux ONG.

Pourtant, la part des dépenses consacrées par la France à la précarité, est, en termes de pourcentage de PIB, parmi les plus élevées des pays européens. L'allocation des ressources pratiquée actuellement est-elle la plus efficace ? 

Reconnaître une certaine efficacité à nos services sociaux ne signifie pas qu’ils soient merveilleusement organisés ! Si c’était le cas, la proportion de personnes envoyées par les services officiels parmi celles rencontrées pour la première fois par les équipes d’accueil du Secours catholique n'atteindrait pas 78 %. Ce chiffre incroyable – mais vrai, jusqu'à preuve du contraire – montre bien que les travailleurs sociaux payés par l’État, les collectivités territoriales ou des organismes sociaux comme les CAF sont assez mal armés pour résoudre les problèmes liés à la pauvreté. Le rapport du Secours catholique parle d’ailleurs des « limites des services sociaux et (de) leur potentielle insuffisance dans la prise en charge de l’ensemble des besoins, financiers mais également humains et psychologiques, exprimés par ces personnes. »

 
Commentaires

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  • Par Deneziere - 06/12/2016 - 13:02 - Signaler un abus Grâce à la gôche... nous en sommes là

    La complémentarité entre l'action publique et l'action privée, le libéralisme équilibré appliqué au social en somme, est un truc que la gauche rejette viscéralement. Le "care" de Martine Aubry était un concept purement étatique. Le gauchisme considère que les ONG ne sont qu'un indicateur de la faillite des gouvernements et que la charité n'a pas lieu d'être quand le système social fonctionne. J. Bichot démontre ici très bien que c'est un ânerie, mais bon. Au finale, l'action sociale est critiquée par le libéralisme parce que trop chère, ET par le socialisme parce que pas assez efficace.

  • Par superliberal - 06/12/2016 - 15:33 - Signaler un abus Remplacer pauvres par Enarques...

    et vous saurez ou va l'argent !

  • Par jurgio - 06/12/2016 - 20:05 - Signaler un abus Le besoin dépend de la définition qu'on veut bien lui donner

    par exemple Le Roux avait grand besoin d'un poste ministériel, eh ! bien ! il l'a obtenu !

  • Par Anouman - 06/12/2016 - 20:36 - Signaler un abus Pauvreté

    C'est juste un effet de la surpopulation.

  • Par vangog - 06/12/2016 - 21:33 - Signaler un abus Plus la gauche "lutte" contre les inégalités...

    plus la pauvreté augmente! Les patriotes, les libéraux (les vrais, pas les frelatés par le système...) et les gens lucides le savent depuis la révolution socialiste de 1817 (cent ans déjà!), mais les gauchistes insistent, malgré l'échec, et trouvent des idéologues comme Piketty pour relancer ce délire mortel...un siècle d'échecs ne leur ont pas ouvert les yeux! Le simple bon-sens leur suffirait pourtant pour comprendre que la lutte contre la pauvreté est la seule cause valable, et cette cause passe par la création de richesse, pas par la chasse aux riches, ni par une "lutte" qui ne séduit que les syndicalistes déchirées de chemises et les belliqueux...peut-être un nouveau siècle d'échecs, avant d'en prendre conscience, un peu?...

  • Par Ganesha - 06/12/2016 - 21:44 - Signaler un abus Immense progrès pour l'humanité

    La phrase passionnante, c'est bien sûr : ''De nombreux candidats à l'élection présidentielle avancent l'idée d'un revenu universel pour remplacer les différentes prestations sociales''. Bien évidemment, cela ne résoudra pas tous les problèmes, et il faudra toujours des ''services sociaux'' pour s'occuper des cas spéciaux. Mais contrairement à ce qu'imaginent les vieux grincheux d'Atlantico, ce sera un immense progrès pour l'humanité. Un encouragement vigoureux pour l'initiative privée par la baisse des salaires. La seule solution réaliste face au chômage. Et, accessoirement, le remède miracle contre l'immigration, puisqu'il ne sera versé qu'aux citoyens français... Mais il y aura toujours un ''Dupont-La joie'' pour venir dire ''C'est impossible à financer'' !

  • Par lexxis - 07/12/2016 - 09:20 - Signaler un abus Y A PLUS QU'À ... PAR UN DUPONT LA JOIE

    Le problème c'est que ceux qui réclament n'ont pas les fonds de ceux qui financent. Et quand ceux qui réclament commencent à ponctionner par trop ceux qui financent, ces derniers ont une fâcheuse tendance à aller voir ailleurs ou à se défendre bec et ongles. Alors bien entendu, il reste la solution que ceux qui réclament s'efforcent de gagner assez d'argent pour mettre eux-mêmes et avec leurs propres moyens leurs généreuses idées en application. Y a plus qu'à...

  • Par Ganesha - 07/12/2016 - 10:15 - Signaler un abus Prix Nobel d'Économie

    Des responsables politiques de premier plan, de droite, comme de gauche, dans de nombreux pays, y croient. Plusieurs Prix Nobel d'Économie le recommandent. Des expériences pratiques ont déjà été tentées et elles ont eu des résultats favorables. D'autres vont débuter en Finlande et aux Pays-Bas en 2017. Un rapport du Sénat l'a recommandé en France . Mais les ''Dupont-La Joie'' savent toujours tout mieux que les autres ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_partisans_du_revenu_de_base

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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