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Les patrons de TPE ont-ils bien raison de s'enthousiasmer pour Emmanuel Macron ?

Pour 66% des patrons de TPE/PME, l'exécutif est apte à améliorer la situation économique de la France et 61% considèrent qu'il peut améliorer la situation des PME. Mais les entrepreneurs ne devraient pas se réjouir trop vite...

Lune de miel

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Les patrons de TPE ont-ils bien raison de s'enthousiasmer pour Emmanuel Macron ?

Atlantico : Selon un sondage Ifop Fiducial, une large majorité (66%) de patrons de TPE considèrent l’exécutif apte à améliorer la situation économique de la France alors que 61% d'entre eux le jugent capables de favoriser le développement des TPE. Au regard des réformes prévues par l’exécutif, notamment la loi travail, les patrons de PME ont ils raison de se réjouir du quinquennat à venir ? 

Eric Verhaeghe : À ce stade, cet optimisme repose sur une duperie et un évident manque d'informations des patrons de TPE. Si certains perçoivent une embellie économique, celle-ci n'est pas due aux actions engagées par Emmanuel Macron. En revanche, il n'est pas à exclure qu'une reprise globale touche aussi la France dans les 5 prochaines années, et permettent d'attribuer à Emmanuel Macron les bienfaits de cette amélioration. Bref, pour l'instant, aucune mesure concrète ne permet d'attribuer le moindre changement à la nouvelle majorité.

La question est de savoir si les ordonnances sur la loi Travail bénéficieront aux patrons de TPE. C'est évidemment là que le bât blesse. Une large opération de communication a fait croire à un automatisme entre les ordonnances et l'intérêt des TPE. On attendra la parution des textes pour savoir. En l'état, on peut penser que la barémisation des indemnités de licenciement peut avoir un effet immédiatement bénéfique pour ces entreprises. En revanche, il faut avoir conscience qu'elles bénéficieront peu des libertés laissées aux entreprises par le développement des accords d'entreprise. En l'état, on ne peut donc induire aucune certitude sur les bénéfices que les petits entrepreneurs retireront de ces réformes. 

Quelles sont les réformes les plus urgentes pour les TPE ? En quoi le programme d'Emmanuel Macron peut il correspondre à ces urgences ? 

Deux réformes sont majeures. La première repose sur la simplification administrative, qui est essentielle. Les entrepreneurs sont étouffés par la complexité d'une réglementation souvent ubuesque. Cette lourdeur entrave le développement des entreprises et décourage beaucoup d'entrepreneurs, sans compter les aberrations où la France se trouve. On pense ici au RSI qui pousse beaucoup d'entrepreneurs au désespoir ne serait-ce que par ses erreurs de calcul. Il faut urgemment simplifier tout cela et faciliter la vie de ceux qui prennent des risques. Une autre réforme est importante: celle du statut fiscal de l'entrepreneur, qui est très dissuasif. Lorsqu'un entrepreneur dégage 100.000 euros d'excédent brut d'exploitation, il lui reste à peine 20.000 euros de revenus nets une fois que les impôts ont fait leur oeuvre. Cette oppression fiscale n'est pas seulement étouffante: elle constitue une pression forte sur la productivité et la trésorerie des entreprises. Pour vivre à peu près correctement, les entrepreneurs ont besoin d'épuiser la trésorerie de leur entreprise. Ce choix est absurde. Les entreprises pourraient par exemple améliorer le salaire des employés si les petits patrons n'étaient pas asphyxiés par l'impôt. 

Quelles sont les raisons expliquant que l'agenda des TPE , des PME, et des grandes entreprises pourrait diverger ? Est-il réellement possible de contenter l'ensemble des acteurs ? 

Je commence par le denier élément de votre question. Très souvent, la TPE est un sous-traitant de la grande entreprise, ou un nouvel entrant qui tire les prix vers le bas. Les grandes entreprises ou les entreprises matures ont donc très souvent besoin d'imposer des accords de branche difficiles à appliquer, avec des normes élevées, pour asphyxier ces petits acteurs. L'accord de branche agit alors comme de l'eau de Javel. De ce point de vue, il ne faut jamais oublier que le capitalisme est fondé sur la concurrence et que les grandes entreprises disposent de tous les atouts pour imposer leurs règles et fausser ce libre jeu. La seule façon de sortir de ces mécaniques infernales consiste donc à supprimer les branches professionnelles et les conventions collectives pour permettre aux TPE de se développer sans être prisonnières de règles collectives qui leur sont défavorables. On notera que l'Allemagne compte moitié moins de salariés couverts par des accords de branche que la France. C'est un indice fort...

 
 
Commentaires

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  • Par Anouman - 08/08/2017 - 12:13 - Signaler un abus Statut fiscal

    Les petites entreprises peuvent choisir entre l'IR et l'IS (EIRL/EURL). Parler d'EBE de 100000 et de revenu net de 20000 ne veut rien dire puisque l'EBE finance l'amortissement et les charges financières. Si les travailleurs indépendants ont une pression fiscale élevée, elle est à peu près identique pour un salarié à revenu équivalent.

  • Par vangog - 08/08/2017 - 21:05 - Signaler un abus @Anouman Il voulait évoquer le bénéfice imposable...

    qui est, lui, quasiment inexistant pour une PME, après avoir payé les fournisseurs, les organismes paritaires, les charges, le banquier...Quand aux salaires, le rêve de tout entrepreneur non marcheur est de les augmenter, en juste proportion des efforts fournis. Mais encore faut-il que les salariés répondent à ses attentes légitimes, ce qui nécessite une certaine souplesse de licenciement...

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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