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Les patrons de la Fed et de la BCE nous disent que la croissance à venir sera plus forte... mais anticipent l’inverse

Les politiques monétaires mondiales sont-elles déréglées ? Bien sûr que non : c’est inavouable ! Jamais Jerome Powell, patron de la Banque centrale américaine, qui a parlé le 13 juin, ni Mario Draghi, qui a parlé le 15, n’en conviendront. Tout est toujours sous (leur) contrôle, avec et grâce aux politiques monétaires ! Et pourtant !

Tout va bien, madame la marquise

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Les patrons de la Fed et de la BCE nous disent que la croissance à venir sera plus forte... mais anticipent l’inverse

Jerome Powell, Président de la Réserve fédérale des États-Unis Crédit Andrew CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Aux États-Unis, Jerome Powell ne tarit pas d’éloges sur l’économie américaine. Sa croissance est solide, allant vers 2,8% cette année, puis (quand même) 2,4% en 2019 et 2% en 2020. Elle est, en même temps, conforme aux deux objectifs de la banque centrale : les États-Unis sont en plein-emploi (avec un taux de chômage allant à 3,8% cette année, puis 3,6%, un record) et à leur cible d’inflation (2,1% pour les prix à la consommation des ménages, hors nourriture et énergie). C’est même pourquoi Jerome Powell monte les taux courts à 1,75 – 2% et annonce qu’il le fera, sans doute,deux autres fois dans l’année, portant les taux à 2,25-2,5% (2,3%).

Et ce n’est pas fini : les taux monteront en 2019, jusqu’à 3,1%, en attendant 2020 pour atteindre 3,4%. Donc 4 hausses en 2018, puis 3 en 2019 et 2 en 2020 ! Ce n’est qu’à mi 2019 que le taux monétaire sera « neutre », avant de devenir ensuite un peu « restrictif ».

Aux questions portant sur les salaires et l’inflation, Jerome Powell a répondu qu’ils montaient, bien sûr, et que ceci permettrait de faire baisser encore le taux de chômage, en attirant plus de main-d’œuvre sans emploi ou hors emploi. La politique fiscale expansionniste de Donald Trump, qui soutient la croissance (au bord de la surchauffe), est à l’origine du rehaussement de la série des taux courts, ceci afin de prolonger autant que possible l’expansion. Quant aux problèmes géopolitiques et aux hausses de tarifs douaniers, Jerome Powell ne les méconnaît évidemment pas. Il dit qu’il les prend en compte dans son scénario, un scenario qui demeure largement fonction de la dynamique interne du pays. Tout est donc au mieux.

Pour livrer les clefs de son pilotage, Jerome Powell a donc confirmé qu’il cherche le taux de chômage qui n’accélère pas l’inflation (Nairu - Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment), taux qui a baissé, afin d’établir le fameux taux d’intérêt d’équilibre (taux neutre, r*), taux qui équilibre les marchés, et qui a monté. La formule miracle est ainsi d’obtenir le plus bas Nairu possible avec un taux d’intérêt d’équilibre aussi bas que possible, pour poursuivre la croissance aussi longtemps possible. Il s’agit surtout d’éviter une inflation surprise qui ferait vite trop et trop vite monter les taux et pousserait l’économie en récession. Tout est donc clair et logique, mais avec deux problèmes : le Nairu n’est pas observable, pas plus que le taux neutre ! Jerome Powell veut donc aller toujours plus avant dans un monde non seulement inconnu, comme toujours, mais plus encore changé avec la révolution technologique en cours, plus Trump, avec des outils de pilotage non directement observables ! Jerome Powell veut aller toujours plus loin dans un monde toujours plus obscur avec une boussole floue ! Et donc il va aller pas à pas, plus lentement dans ses décisions de hausse de tauxquece que donneraient ses règlesde politique monétaire. Il se veut donc behind the curve, sans le dire aussi crûment.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 17/06/2018 - 10:40 - Signaler un abus Quoi d'étonnant ?

    Toujours la même chose avec les dirigeants: ils font croire qu'ils savent ce qu'ils font et qu'ils le font bien, alors qu'ils font n'importe quoi en s'appuyant sur des outils bidon, en espérant que la conjoncture (autre nom des dieux de l'économie) leur soit favorable. Et quand ça tourne mal (ça arrive inévitablement), ils accusent des impondérables mais ne reconnaissent jamais la moindre erreur. De toute façon, ils se foutent des conséquences de ce qu'ils font: ils savent qu'ils partiront les poches pleines, et jamais inquiétés par la justice.

  • Par Ajar - 18/06/2018 - 17:46 - Signaler un abus Avec eux c'est simple

    il faut prendre tout et en déduire le contraire facile non...

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Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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